ANALYSE

Une équipe fragile

Franchement, ça commence à ressembler à un vieux vinyle qui aurait joué trop souvent et qui « saute » parce qu’abîmé au fil du temps et des trop longues soirées. En d’autres mots, c’est pas mal toujours la même affaire dans le cas qui nous préoccupe : le Canadien qui perd à cause de quelques erreurs trop coûteuses… et peut-être aussi, serait-on tenté d’ajouter, à cause d’un manque de talent.

Bien sûr que le club d’en face, en ce petit vendredi frisquet à Pittsburgh, c’était les Penguins. Bien sûr. Il s’agit d’un pas pire club, comme on le sait, avec aussi quelques pas pires joueurs sur son banc. On comprend tout ça.

Mais les Penguins n’ont pas dominé de manière outrageuse, et n’ont pas non plus dicté le tempo du match pendant 60 minutes. En fait, les Penguins ont profité des erreurs de l’adversaire, de la moindre erreur, pour marquer des buts.

C’est ce que les bonnes équipes font. C’est ce que le Canadien est incapable de faire.

« Nous leur avons donné un but à la fin de la deuxième période, il ne restait presque plus de temps au cadran… On n’a pas pu s’en remettre et on doit être meilleurs que ça. »

— Victor Mete

C’est justement ça, le problème : le Canadien est rarement meilleur que ça. Pourquoi ? Ce serait très long de tenter quelques réponses ici, alors on se contentera d’une seule piste : ce club est fragile, et les clubs fragiles ont tendance à s’écrouler face au moindre obstacle.

Cette fois, lors de cette défaite de 4-1 au PPG Paints Arena, ce fut ce but, le but de Jason Zucker en fin de deuxième, alors qu’il ne restait plus que 18 secondes au cadran. Le Canadien en a fait une habitude cette saison, de ces mauvais buts dans les mauvais moments, et n’importe quel joueur vous le dira : ces buts accordés en fin de période ont la capacité de couper le souffle.

Rien qu’à voir les épaules tomber au banc du Canadien à la suite de ce but de Zucker, son deuxième de la rencontre, on se doutait bien que c’était terminé à cet instant précis.

On peut souvent parler des problèmes en défense, mais en attaque, il manque aussi quelque chose, ce petit quelque chose. Il manque le joueur d’impact, par exemple, celui qui peut changer le cours d’un match à lui seul. Ilya Kovalchuk ressemble à ce type de joueur, mais à bientôt 37 ans, on ne peut espérer de lui des coups d’éclat chaque soir. L’autre joueur d’impact potentiel, Jonathan Drouin, n’est probablement pas remis à 100 % de sa blessure à un poignet.

Avec tout ça, ce n’est pas une grande surprise de constater que, soudainement, l’attaque de ce club est à sec. Au cours des quatre derniers matchs, le Canadien n’a marqué que six buts, et la fiche du club lors de cette période (1-3) ne saurait mentir. Au hockey – et de nombreuses recherches universitaires viennent appuyer ce constat –, il est impossible de gagner des matchs quand on marque moins de buts que l’autre équipe.

Alors, peut-on encore vivre d’espoir au Centre Bell après tout ça ? Pas vraiment, non. Cette semaine amorcée avec le match de lundi soir était une semaine de quatre matchs. Il en reste un, celui de samedi soir à Montréal contre les Stars de Dallas. En trois matchs depuis le début de la semaine, le Canadien a récolté… zéro point.

On croit entendre le thème de Mission impossible qui résonne au loin.

« On continue à avoir de l’aide extérieure de la part des autres équipes au classement, a expliqué Claude Julien vendredi soir avant de rentrer à Montréal. Ça nous donne toujours un peu d’espoir, mais à un moment donné, il faut que tu prennes soin de ta propre situation. Ça, c’est de gagner des matchs. »

C’est très vrai, et on en profite pour rappeler que le Canadien de 2019-2020 n’a jamais pu faire mieux que trois victoires de suite depuis le début de la saison.

Ça aussi, c’est le propre des équipes fragiles.

Ils ont dit

« Des erreurs clés »

« Selon moi, l’analyse de ce match est simple : on a fait des erreurs clés qui nous ont coûté cher, et on n’a pas été capables de marquer avec nos chances. On a eu des chances, des poteaux, des choses comme ça. C’est là que ça s’est décidé […]. Des erreurs clés, c’est des erreurs clés. Peu importe, ça reste des erreurs. Ça nous a fait mal défensivement. Tu regardes le match, je ne crois pas que c’était seulement d’un côté. Ça reste qu’ils ont des vedettes. On a 35 lancers au but, on a un but marqué, on a eu des chances, des poteaux. Il fallait rester dans le match et garder la rondelle hors de notre filet. Le troisième but nous a fait mal. »

 — Claude Julien

« Nous avons quand même bien bagarré, mais nous leur avons donné trop de d’avantages numériques, et c’est à mon avis ce qui a fait la différence. On ne peut pas leur offrir autant d’occasions. »

— Tomas Tatar

« On savait à quel point ce match était important pour nous. Mais maintenant, c’est terminé, et il faut se concentrer sur le prochain. Il faut revenir à la base, lancer au filet, épuiser nos adversaires. »

— Victor Mete

« On ne peut pas changer le passé, ce qui est arrivé est arrivé… Il faut maintenant penser au futur et trouver une façon d’obtenir les deux points la prochaine fois. »

— Max Domi

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Problème en fin de période

Quand ce sera le temps de faire le bilan du Canadien cette saison – et, à moins d’un énorme revirement de situation, on le fera bien assez vite au début du mois d’avril –, il faudra assurément regarder du côté d’une statistique qui fait mal : les buts accordés dans la dernière minute d’une période. Vous trouvez que le Canadien en a accordé souvent, des buts de cette manière ? Eh bien, vous avez parfaitement raison. Ainsi, le troisième but des Penguins vendredi soir, celui de Jason Zucker à 18 secondes de la fin de la deuxième période, représente le 21e but accordé cette saison par le Canadien en fin de période, si on inclut les buts dans un filet désert (sans les buts dans un filet désert, ça donne 16). C’est souvent le genre de but qui fait très mal… comme ce fut le cas vendredi soir. « Ce sont des buts qui peuvent tuer », a indiqué Tomas Tatar après la rencontre. « C’est ce qui est arrivé ici. Ce but-là en fin de période nous a vraiment fait mal, et on n’a pas été en mesure de revenir dans le match ensuite. »

En français, s’il vous plaît !

Les Penguins ont une fière tradition de joueurs québécois, de Pierre Larouche à Mario Lemieux, de Kristopher Letang à Marc-André Fleury, et c’est un peu pour souligner ce lien francophone que le club de Pittsburgh a tenu sa soirée franco vendredi soir au PPG Paints Arena. Parmi les nombreux bons moments : l’ancien joueur Max Talbot qui s’est retrouvé dans la chaise de l’annonceur pour annoncer tous les buts en français, après que l’annonceur maison l’eut d’abord fait en anglais. Comme si c’était arrangé d’avance, le premier but de la soirée est allé à Letang, qui a failli s’étouffer dans sa bouteille d’eau quand il a entendu son ami prononcer son nom au micro pour annoncer ce but, lors de la deuxième période. Un grand moment, sans l’ombre d’un doute.

Enfin un but en avantage numérique

On devine que les entraîneurs du Canadien ont dû pousser un gros soupir de soulagement vers la fin de la deuxième période, quand Tomas Tatar a, enfin, réussi un but en avantage numérique pour le Canadien. Car avant ce but de Tomas Tatar – son 21e de la saison, en passant –, le Canadien avait une fiche de 0 en 13 à ses quatre plus récents matchs dans ces circonstances. Ces récents ratés en avantage numérique expliquent aussi bien des choses… dont l’actuelle position de l’équipe au classement.

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