Réforme de l’immigration 

Les étudiants étrangers diplômés au Québec expulsés de la voie rapide

Sans faire de bruit, le gouvernement de François Legault vient de suspendre un programme qui permettait aux étudiants étrangers diplômés d’une université québécoise d’immigrer par la voie rapide.

L’annonce a été faite par le truchement de la Gazette officielle du Québec, publiée hier. On apprend dans ce document hautement technique la suspension temporaire immédiate du programme qui permet depuis 2010 aux nouveaux diplômés d’obtenir en quelques semaines seulement un certificat de sélection du Québec, premier pas vers l’obtention de la résidence permanente au pays.

Interrogée par La Presse, l’attachée de presse de Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, a expliqué que la suspension se terminera le 1er novembre et fait partie de la refonte du système d’immigration par le gouvernement de la Coalition avenir Québec.

Un autre volet du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) – nom donné au processus d’immigration accéléré –, qui vise les travailleurs étrangers occupant un emploi au Québec depuis plus d’un an, est maintenu. 

« Étant donné la pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement a décidé de donner la priorité aux travailleurs qui occupent déjà un emploi au Québec. Ils répondent rapidement à nos besoins. »

— Élisabeth Gosselin, attachée de presse du ministre Simon Jolin-Barrette

Lorsque La Presse a demandé comment des travailleurs déjà embauchés pouvaient avoir un plus grand impact sur les 120 000 postes à pourvoir au Québec que des étudiants fraîchement diplômés, l’attachée de presse de Simon Jolin-Barrette a affirmé que la pénurie de main-d’œuvre serait « pire si ces travailleurs [déjà en poste] quittent » le Québec.

Mme Gosselin ajoute que malgré la suspension, ceux qui ont obtenu un diplôme récemment n’ont pas nécessairement à déménager hors du Québec. Ces derniers peuvent demander un permis de travail temporaire, fait-elle valoir.

« En catimini »

L’annonce de la suspension du programme a fait bondir l’opposition officielle à Québec. « Le gouvernement a fait ça en catimini. Il y a eu des annonces la semaine dernière sur l’immigration : pourquoi ne pas avoir parlé de la suspension d’une partie du Programme de l’expérience québécoise, un programme qui fonctionne très bien ? », tonnait hier Dominique Anglade, députée de Saint-Henri–Sainte-Anne et candidate à la direction du Parti libéral. « C’est un gouvernement qui pense à court terme, sans vision. Cette annonce va être dommageable pour l’image du Québec à l’international à long terme », dit celle qui a été présidente et directrice générale de Montréal international avant de faire le saut en politique.

Président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI), Guillaume Cliche-Rivard était incrédule hier. « Tout ça est une conséquence des seuils d’immigration revus à la baisse par le gouvernement. Couper dans le programme destiné aux étudiants étrangers avec un diplôme du Québec et qui parlent français n’a aucun sens », se désolait hier l’avocat. 

« Toutes les sociétés occidentales veulent que les étudiants formés chez eux restent. On envoie vraiment le mauvais message à ceux qui veulent venir étudier au Québec. »

— Guillaume Cliche-Rivard, président de l’AQAADI

Selon lui, la suspension du programme rendra les universités québécoises – qui recherchent sans cesse de nouveaux étudiants étrangers – moins attrayantes.

À Montréal international, l’une des organisations mises à profit par le gouvernement précédent pour convaincre un plus grand nombre d’étudiants étrangers de rester et de travailler au Québec après leurs études, on disait ne pas s’inquiéter de l’annonce gouvernementale. « Ce qui a été annoncé nous réjouit. Les étudiants étrangers peuvent toujours obtenir un visa de travail. Ce qui est important pour nous, c’est que les travailleurs et les étudiants étrangers qui viennent au Québec ne soient pas freinés lorsqu’il est temps d’obtenir un permis temporaire », a dit hier Christian Bernard, vice-président aux affaires économiques et aux communications.

un Programme populaire

C’est le gouvernement de Jean Charest qui avait mis sur pied le Programme de l’expérience québécoise en 2010 afin de donner rapidement un statut d’immigration permanent aux travailleurs qualifiés temporaires et aux étudiants étrangers qui ont terminé leurs études dans la province. Pour y être admissibles, les demandeurs doivent avoir une bonne connaissance du français.

Depuis 2015, le gouvernement du Québec a déployé des programmes spéciaux pour convaincre davantage d’étudiants étrangers de s’installer au Québec après leurs études, notant un retard important sur la rétention des diplômés par rapport à d’autres provinces, dont l’Ontario, ou encore en se comparant à d’autres pays d’immigration, dont l’Australie et les États-Unis.

En 2018, 10 711 personnes ont été sélectionnées pour l’immigration par le Québec grâce au PEQ, soit près du cinquième des 55 000 immigrants reçus dans la province l’an dernier. De ce nombre, la moitié – soit 5146 – était composée de récents diplômés. En 2019, 8052 personnes ont déjà reçu le feu vert du Québec par le truchement du PEQ, dont 3226 diplômés. Or, le gouvernement de la CAQ a abaissé à 40 000 le seuil d’immigration du Québec pour 2019.

Deux fois plus d’étudiants étrangers

De 2009 à 2018, le nombre de permis d’études délivrés à des étrangers a doublé au Québec. En 2018, ils étaient 70 060. De ce nombre, 5146 ont fait une demande d’immigration auprès du gouvernement du Québec. En général, le Québec retient environ 20 % des étudiants étrangers après l’obtention d’un diplôme. Le gouvernement libéral voulait doubler ce pourcentage.

« Des candidats de choix »

« Par leur expérience préalable au Québec, [les diplômés et les travailleurs qualifiés temporaires] ont déjà amorcé leur processus d’intégration au marché du travail et à la société québécoise, ce qui en fait des candidats de choix à l’immigration permanente. »

— Extrait du document Planification de l’immigration au Québec pour la période 2020-2022 produit en 2019 par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion

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