Chronique

La CAQ, le climat et les sceptiques

Qui a fait cette déclaration verte ? Est-ce le ministre démissionnaire français de l’Écologie Nicolas Hulot ? L’ex-directeur d’Équiterre Steven Guilbeault ? Ou la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé ?

« La réalité des changements climatiques est confirmée année après année par les différents travaux réalisés à l’échelle mondiale et soutenue par de nombreuses analyses scientifiques. Les changements climatiques [nous] touchent directement et constituent l’un des plus grands défis de l’humanité. »

Alors ? Réponse : aucune des trois suggestions, chers lecteurs. Cette déclaration, elle se trouve dans Le point sur la situation économique et financière du Québec présenté hier par la Coalition avenir Québec (CAQ) et son ministre des Finances, Éric Girard.

À défaut de mesures vertes musclées du gouvernement de François Legault, ce paragraphe du Point donne une bonne indication des intentions de la CAQ. La nouvelle formation au pouvoir, en tout cas, peut difficilement être taxée de climatoscepticisme à la Donald Trump, Doug Ford ou même Andrew Scheer.

Le défi d’accroître les investissements du Québec « tout en favorisant la transition vers une économie plus verte » vient d’ailleurs au deuxième rang des « engagements » pris dans le Point hier, après le renflouement du portefeuille des familles.

Certains diront que ce sont des vœux pieux, que l’urgence climatique exige bien davantage. Moi, je pense plutôt que ce sont de bonnes nouvelles pour cet enjeu majeur.

Hier, d’ailleurs, le bureau de François Legault a poliment fermé la porte à la réouverture du projet de pipeline Énergie Est, que les leaders politiques de l’Ontario (Ford), du Nouveau-Brunswick (Higgs) et du Parti conservateur fédéral (Scheer) s’affairent à réactiver. Cette convergence pro-pétrole de la droite ne trouvera pas d’échos à la CAQ.

« Notre gouvernement a l’ambition d’augmenter le niveau de richesse du Québec, mais dans une perspective qui respecte l’environnement », a indiqué hier le porte-parole de François Legault, Ewan Sauves, à mon collègue Martin Croteau.

Dans sa mise à jour financière, justement, le ministre des Finances a annoncé qu’il permettrait, aux fins fiscales, de déduire totalement les dépenses d’investissement dans l’année, et il englobe l’équipement de production d’énergie propre dans la mesure. Une déduction additionnelle de 30 % est même ajoutée, ce qui se traduit par une baisse des impôts pour les entreprises qui investissent.

Autre intention verte : Québec veut consulter le secteur industriel afin d’évaluer les moyens les plus efficaces pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). « Au besoin, précise le document, le gouvernement mettra en place des mesures additionnelles ou bonifiera des mesures existantes afin de permettre au secteur industriel de réduire ses émissions de GES. »

Autos vertes : 106 millions en subventions

Enfin, le gouvernement a accepté d’allonger immédiatement 20,7 millions de dollars de plus pour financer l’achat de voitures électriques d’ici au 31 mars prochain. De cette somme, 2,9 millions sont réservés aux véhicules électriques d’occasion.

Le Québec est victime de son succès avec ce programme Roulez électrique, financé par le Fonds vert. Le gouvernement, rappelons-le, verse 8000 $ de subventions aux ménages qui achètent un véhicule électrique ou hybride rechargeable.

Les ventes ont décollé ces derniers mois. Ainsi, au cours du seul troisième trimestre de 2018, il s’est vendu presque autant de véhicules électriques et hybrides rechargeables neufs (5089) que durant toute l’année 2017 (6291). À ce rythme, l’année 2018 pourrait se conclure avec la vente de plus de 13 000 véhicules électriques.

En ajoutant 17,8 millions aux sommes déjà budgétées, Québec prévoit maintenant que le programme de subventions lui coûtera 106 millions pour l’année financière 2018-2019. Il s’agit d’une hausse de 77 % sur les 60 millions de l’an dernier.

Québec juge que les 17,8 millions de nouveaux fonds favoriseront l’achat de 3350 véhicules de plus, et qu’au 31 mars 2019, les routes du Québec compteraient alors quelque 39 250 véhicules électriques ou hybrides rechargeables. L’objectif de 100 000 à l’horizon 2020 – pourtant réputé inatteignable il y a peu – semble désormais réaliste.

Les subventions ne seront pas éternelles, cependant. Le but d’un tel programme est de créer une masse critique de voitures et un réseau de bornes étendu pour que le marché se suffise à lui-même, sans subventions. Actuellement, faut-il le rappeler, l’aide financière pour les véhicules électriques revient à 207 $ la tonne de carbone économisée, selon des données du gouvernement, ce qui est environ 10 fois plus coûteux que l’achat d’une tonne de carbone sur le marché.

Dans son Point sur la situation financière, justement, le gouvernement a indiqué qu’une « réflexion sera entreprise d’ici le prochain budget quant aux paramètres du programme Roulez électrique, au montant de l’aide à verser et aux types de véhicules visés ».

Je serais très surpris que les subventions soient abolies, puisque le volume n’est pas encore suffisant. Néanmoins, les voitures électriques luxueuses – comme certaines Tesla – pourraient être exclues du programme. Actuellement, le prix admissible d’une voiture pour une subvention de 8000 $ va jusqu’à 75 000 $ (à 125 000 $, la subvention est de 3000 $).

De plus, les subventions aux véhicules électriques d’occasion sont en fait un projet-pilote et il n’est pas clair qu’il sera reconduit.

Mais bon, quoiqu’il arrive, on est loin des gestes de Doug Ford, qui a non seulement aboli les subventions aux autos électriques, mais aussi retiré l’Ontario du marché du carbone, comme si le réchauffement n’existait pas.

Revue de l’année 2018

Francis Vailles sera présent, aux côtés de nombreux chroniqueurs et journalistes de La Presse comme Philippe Cantin, Nathalie Petrowski, Marie-Claude Lortie, Yves Boisvert et Hugo Dumas, lors d’une soirée spéciale qui présentera les coulisses des grands reportages qui ont marqué l’année 2018. Directeurs de l’information, photographes et artisans qui créent chaque jour La Presse+ seront également dans la salle avec vous, pour échanger sur leur métier et répondre à vos questions. La rencontre aura lieu au M TELUS, à Montréal, le jeudi 6 décembre à 19 h 30. 

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