Conflit au Yémen

« La guerre aux enfants » doit finir, exhorte l’UNICEF

Au Yémen, 400 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë. Alors que le conflit gagne en intensité, des centaines de milliers d’autres risquent de subir le même sort. L’UNICEF appelle à la fin de cette « guerre aux enfants ».

10 kg à 10 ans

Adam n’a que la peau et les os. Littéralement. Ses grands yeux tristes et son corps frêle ont marqué Juliette Touma. « Il était étendu sur le lit et ne pouvait dire un mot. Il ne faisait que pleurer de douleur », se désole la porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), de retour d’une visite au Yémen, pays dévasté par la guerre. Adam a 10 ans. Il ne pèse que 10 kg. « Il pourrait mourir à tout moment. »

Un enfant meurt toutes les 10 minutes

« Adam est l’un des 400 000 enfants yéménites qui souffrent de malnutrition aiguë », explique Juliette Touma depuis Amman, en Jordanie. « Au Yémen, un enfant meurt toutes les 10 minutes. Chaque fois, la mort aurait pu être évitée. » La guerre a provoqué la pire crise humanitaire du monde, plongeant des populations entières dans la famine. L’UNICEF a exhorté hier toutes les parties à cesser les hostilités, qualifiant le pays « d’enfer sur terre » pour les enfants.

Intensification des combats

Lorsque Juliette Touma a visité Adam, la semaine passée, le garçon était hospitalisé à l’hôpital Thawrah, dans la ville de Hodeïda, à quelques kilomètres de la ligne de front. « Aujourd’hui, l’hôpital est directement sur la ligne de front, en raison de l’escalade de la violence. » Depuis samedi, des dizaines de rebelles houthis ont été tués dans des frappes aériennes lancées par les forces progouvernementales qui cherchent à reprendre Hodeïda, ville portuaire stratégique de l’ouest du Yémen, rapporte l’Agence France-Presse.

Le ravitaillement menacé

L’intensification des combats à Hodeïda pourrait s’avérer catastrophique, prévient l’UNICEF. « Le port de Hodeïda est un point vital pour 70 à 80 % de la population yéménite […] parce que c’est seulement via Hodeïda que sont acheminées les livraisons commerciales et humanitaires qui nous permettent de fournir l’aide au nord du pays », a affirmé hier Geert Cappelaere, directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en conférence de presse à Amman.

Un pays brisé

La moitié des installations du Yémen ne fonctionnent plus parce qu’elles ont été endommagées ou par manque de budget ou de personnel, selon l’UNICEF. Les travailleurs de la santé n’ont pas été payés depuis… deux ans. Pas moins de 16 millions de personnes – sur une population totale de 28 millions – n’ont pas accès à l’eau potable. L’UNICEF craint la propagation du choléra et d’autres maladies d’origine hydrique.

Une crise économique

La chute vertigineuse de la devise a fait monter le prix de la nourriture de 25 % et de l’essence de 45 % depuis le mois de septembre, selon l’UNICEF. Au début du conflit, les prix des commodités de base avaient déjà augmenté de 140 % à 204 %. La crise économique menace de 1,8 million à 2,8 millions d’enfants de plus. « Le risque qu’ils souffrent d’insécurité alimentaire et de malnutrition sévère est important », prévient l’organisme.

Un appel au cessez-le-feu

Les Nations unies exhortent les belligérants à s’asseoir à la table des négociations dans un délai d’un mois, rapporte l’Agence France-Presse. La guerre oppose les forces progouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite aux rebelles houthis qui, appuyés par l’Iran, se sont notamment emparés de la capitale Sanaa et de la ville portuaire de Hodeïda. Depuis 2015, le conflit a fait 10 000 morts et 56 000 blessés, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Le rôle du Canada

La communauté internationale a été « honteusement lente à agir », a dénoncé hier l’actrice Angelina Jolie, envoyée spéciale du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Au sein du concert des nations, le Canada a un rôle à jouer, estime pour sa part Juliette Touma : « Nous espérons que les politiciens canadiens fassent pression sur les belligérants et sur ceux qui les influencent, afin de mettre un terme à la guerre aux enfants au Yémen. »

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