Entrevue avec le nouvel ambassadeur du Mexique au Canada

« Nos relations sont essentielles l’un pour l’autre »

Ottawa — Devant un président des États-Unis toujours aussi imprévisible, le Mexique souhaite resserrer considérablement ses liens stratégiques avec le Canada afin d’assurer une stabilité accrue au continent nord-américain, affirme le nouvel ambassadeur du Mexique à Ottawa, Juan José Gómez Camacho.

Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, souhaite par conséquent faire une toute première visite officielle au Canada au cours des prochains mois, dès que l’occasion sera propice, a indiqué l’ambassadeur Camacho dans une entrevue accordée à La Presse dans les bureaux du centre-ville d’Ottawa de la mission diplomatique mexicaine.

Selon lui, le premier ministre Trudeau et le président du Mexique ont déjà de nombreux atomes crochus, d’autant qu’ils défendent bec et ongles des politiques dites progressistes, a-t-il insisté. Des liens plus étroits doivent être tissés dans tous les secteurs – économique, politique, culturel, environnemental, etc.

« Déjà, le Mexique et le Canada sont en train de devenir des partenaires stratégiques. Nous sommes en train de tisser des relations plus étroites encore. Nos relations sont véritablement essentielles l’un pour l’autre. Le dialogue entre nos deux pays est extraordinaire », a affirmé M. Camacho, qui était en poste aux Nations unies à New York avant d’obtenir « une promotion » au Canada.

« Notre volonté de travailler de concert afin de consolider le concept nord-américain, malgré les défis que nous connaissons, est très forte. »

— Juan José Gómez Camacho, ambassadeur du Mexique

Des efforts concertés

Selon lui, les efforts concertés du Mexique et du Canada ont récemment permis de convaincre l’administration Trump d’abolir les tarifs douaniers de 25 % sur les exportations canadiennes et mexicaines d’acier vers les États-Unis et de 10 % sur les exportations d’aluminium.

Le dialogue entre les deux pays a aussi permis d’accoucher d’une nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain : l’ACEUM. Si certains ont pu avoir le sentiment que le Mexique avait cherché à s’entendre avec les États-Unis en isolant le Canada durant ces négociations, c’est tout le contraire qui s’est produit, selon le diplomate. Il a affirmé que certains enjeux devaient être réglés de manière bilatérale entre Mexico et Washington, en particulier dans le dossier de l’industrie automobile. Mais jamais les autorités mexicaines n’ont cherché à larguer le Canada, a-t-il assuré.

M. Camacho a dit avoir bon espoir que le nouvel accord conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique sera ratifié au cours des prochaines semaines. Au Mexique, le président doit simplement soumettre l’accord au Sénat pour qu’il soit ratifié. « C’est assez simple, la ratification. Seul le Sénat doit l’entériner et il faut une majorité simple », a-t-il souligné.

« Nous croyons que l’ALENA a été très profitable déjà pour les trois pays signataires. Et nous croyons que le nouvel accord est une très bonne entente, et c’est pour cette raison que les trois pays déploient des efforts pour le ratifier. Dans le cas du Mexique, nous pensons que le Sénat pourra prendre une décision à la mi-juin, vers le 18 juin », a-t-il dit.

Au sujet des demandes des élus démocrates au Congrès américain qui souhaitent rouvrir l’entente pour améliorer les dispositions touchant les travailleurs, par exemple, l’ambassadeur Camacho soutient que ce n’est pas nécessaire. Il a expliqué que le Congrès mexicain avait adopté il y a quelques semaines une réforme du Code du travail qui améliore grandement les conditions et les droits des travailleurs.

« Nous expliquons aux hauts dirigeants démocrates les grands changements que nous avons adoptés. »

— Juan José Gómez Camacho, ambassadeur du Mexique

Des allégations « sans fondement »

Durant l’entrevue, l’ambassadeur a tenu à nier catégoriquement les informations publiées dans un quotidien montréalais selon lesquelles quelque 400 criminels liés aux cartels mexicains auraient profité de la levée du visa frappant les ressortissants mexicains pour établir leurs pénates au Canada.

« Ces allégations n’ont aucun fondement. C’est absolument faux. Il n’y a aucun fait qui permet de soutenir ces allégations. Le gouvernement canadien a lui-même dit que ces allégations n’étaient pas fondées. Tout cela est absurde », a-t-il insisté.

« Affirmer que des criminels mexicains marchent dans les rues de Montréal, de Québec ou de Toronto est ridicule. Le risque de tout cela, c’est de créer de la stigmatisation », a-t-il dit, disant avoir soulevé ces allégations avec les autorités canadiennes et le Parti conservateur, qui a posé des questions à ce sujet aux Communes.

« Je regretterais beaucoup de voir que des Mexicains pourraient être utilisés à des fins politiques. Déjà, nous voyons cela aux États-Unis et je ne souhaite pas voir cela au Canada, simplement parce que cela est faux. Bien au contraire, il y a une communauté mexicaine florissante au Canada qui contribue à l’économie du pays. Ceux qui sont ici sont venus légalement pour travailler », a-t-il dit.

Il a précisé que l’on dénombrait environ 80 000 ressortissants mexicains au Canada.

Washington et Mexico satisfaits de leur accord sur l’immigration

Le président des États-Unis Donald Trump s’est félicité hier de l’accord trouvé avec le Mexique sur l’immigration clandestine, y voyant la validation de sa manière forte, faite de menaces économiques. Vendredi soir, à l’issue de plusieurs jours de négociations ardues, Washington et Mexico ont arraché un accord sur l’immigration comme le souhaitait Donald Trump, qui avait une nouvelle fois agité son arme favorite pour parvenir à ses fins : les droits de douane. « Le Mexique va faire de gros efforts, et s’il le fait, ce sera un accord très fructueux pour les États-Unis et le Mexique ! », a tweeté hier le président républicain, avant de remercier son homologue mexicain Andrés Manuel López Obrador. M. Trump a annoncé que le Mexique allait prendre « des mesures fortes pour endiguer le flux migratoire » venu d’Amérique centrale vers la frontière avec les États-Unis, où la police et la douane se disent débordées par le nombre d’arrivées. Mais le New York Times a rapporté hier que la plupart des mesures annoncées par le Mexique dans l’accord avaient déjà été convenues lors de négociations antérieures.

— Agence France-Presse

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