Le tour du propriétaire

Le défi de la conservation

Des propriétaires nous ouvrent les portes de leur demeure d'exception, offerte sur le marché de la revente.

Rien ne destinait Robert Bergeron à devenir propriétaire d’un joyau patrimonial. Lorsqu’il a acheté un modeste duplex, à Laval, il y a presque 40 ans, il ne se doutait pas que la maison en pierre des champs avait été construite par Pierre Joseph Desjardins entre 1726 et 1736.

La demeure ne payait pas de mine lorsqu’il en a fait l’acquisition, le 12 septembre 1979. En avant, elle était défigurée par un portique en vinyle et un escalier en fer forgé, qui cachaient en partie la façade principale. L’intérieur était des plus ordinaires. C’est en commençant à enlever le gypse, qui recouvrait tous les murs, qu’il a découvert ce qu’il avait entre les mains.

Le lustre d’antan

Pendant cinq ans, de 1982 à 1986, il s’est consacré à redonner à la demeure son lustre d’antan. Les murs de pierre, nettoyés au jet de sable, ont revu la lumière du jour. Les planchers d’origine, couverts de panneaux de contreplaqué sur lesquels avaient été posés de la céramique ou du prélart, ont refait surface. Des fenêtres avec un cadre de bois et de la quincaillerie à l’aspect antique, confectionnées par une entreprise de Saint-Georges, en Beauce, ont remplacé celles en aluminium.

Habile de ses mains, M. Bergeron a effectué les travaux lui-même, en y mettant cœur et énergie… et une bonne part de ses revenus.

Dans la demeure redevenue unifamiliale, dotée de trois chambres, dont deux à l’étage, il s’est entouré d’antiquités sans pour autant négliger son confort. Il a ainsi installé un foyer à bois, à combustion lente, dans le salon. Il a déplacé la cuisine afin qu’elle soit plus spacieuse et plus pratique. En 1994, il a aussi fait aménager un solarium à l’avant de la maison, où la lumière entre à flots.

La modernité l’a toutefois rattrapé. Dans les environs, à Auteuil, non loin de la rivière des Mille Îles, à l’ouest de l’autoroute 19, les vastes champs voisins ont été acquis par des promoteurs. Des habitations ont été construites tout autour, sans aucune considération pour la maison patrimoniale.

Robert Bergeron essaie de la vendre depuis cinq ans, sans succès. « Les familles avec trois enfants recherchent une maison avec quatre chambres et un sous-sol fini, explique-t-il. Les gens de la ville, qui veulent vivre à la campagne, me demandent où se trouvent les magasins et s’étonnent qu’ils ne soient pas accessibles à pied. Les jeunes veulent des comptoirs en granit. Les moins jeunes n’aiment pas l’escalier. Je suis découragé. »

Sa maison possède un charme indéniable avec ses épais murs de pierre et ses poutres, où l’on peut discerner les coups de hache. La cuisinière est encastrée dans l’âtre d’un ancien foyer. À côté, une ouverture dans le mur servant autrefois à corder le bois est devenue une armoire. Pour aller à l’étage, l’escalier au fond du salon rappelle l’ancienne échelle, qui a longtemps rempli cette fonction. Il faut par ailleurs encore soulever une trappe pour se rendre dans la cave, bien ordonnée, au plafond de six pieds de hauteur et au sol en terre battue.

M. Bergeron en prend bien soin. Mais pour combien de temps ? Il aimerait bien passer le flambeau.

La propriété en bref

Prix demandé

324 000 $

Toutes les antiquités

5000 $

Année de construction

entre 1726 et 1736

Maison

32 pi2 x 27,9 pi2

Terrain

116 pi x 55 pi (irrégulier)

Description

9 pièces incluant 3 chambres (dont 2 à l’étage), une salle de bains, une salle d’eau, une salle de lavage, solarium, foyer à combustion lente, garage distinct

Évaluation municipale

331 100 $

Impôt foncier

2905 $

Taxe scolaire

732 $

Courtière

Nicole Paquin, Re/Max 2001

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.