71e Festival de Cannes

Nouvelle décennie, nouveau départ

En annonçant les films retenus dans la sélection officielle du 71e Festival de Cannes, qui aura lieu du 8 au 19 mai, le délégué général, Thierry Frémaux, a évoqué un « renouvellement ». Si plusieurs des cinéastes invités ont déjà concouru pour la prestigieuse Palme d’or, aucun d’entre eux ne l’a encore obtenue. La sélection est alléchante, mais réserve néanmoins des surprises, notamment au regard de pointures attendues – comme Xavier Dolan ou Jacques Audiard – qui, finalement, n’y seront pas. Quelques faits saillants.

Le Québec, absent de la sélection officielle

Interrogé en conférence de presse sur l’absence de The Death and Life of John F. Donovan, Thierry Frémaux a dit avoir souhaité inviter Xavier Dolan au bal. « Mais il est reparti en montage, a-t-il déclaré. Du coup, il nous a dit qu’il ne voulait pas présenter ce film-là [dans cette version]. Cela dit, l’invitation n’était pas formelle. C’est comme un petit frère, on se parle tout le temps. Donc, vous retrouverez ce film-là à l’automne. Il n’y a de sa part, ni de la part de ses producteurs, aucun refus d’aller à Cannes. »

Le retour de Lars von Trier ?

Sept ans après Melancholia, et une fameuse déclaration qui lui a valu le statut de persona non grata sur la Croisette, plusieurs attendaient le grand retour du trublion danois, grâce à The House That Jack Built. Or, point d’annonce à cet égard hier. Thierry Frémaux a toutefois laissé entendre que le film pourrait être ajouté à la sélection au cours des prochaines semaines. « Nous le saurons bientôt, j’espère », a-t-il déclaré. Rappelons que l’an dernier, The Square fut inscrit à la dernière minute et a gagné la Palme d’or.

Trois femmes

Seulement trois des 18 films en lice pour la Palme d’or ont été réalisés par des femmes. « Il n’y aura jamais de sélection en discrimination positive », a déclaré le délégué général, tout en évoquant une réorganisation au sein des comités de sélection afin d’atteindre une parité. Cela dit, la position du festival reste toujours aussi affirmée à propos de la qualité des films inscrits dans la compétition, et ne veut tenir compte d’aucun autre critère. « Les films qui ont été sélectionnés l’ont été pour leur qualité propre. »

Égoportraits interdits sur le tapis rouge

C’est bien vrai. Les distingués invités des soirées de gala ne pourront plus s’arrêter au beau milieu de la montée des marches pour se « tirer » le portrait. « Les selfies, ou égoportraits comme disent nos amis québécois, retardent l’entrée de 2200 personnes dans le Théâtre Lumière, a fait remarquer Thierry Frémaux. Donc, on a décidé de faire un acte d’autorité beaucoup plus fort que celui que nous avions pris il y a quatre ans. À Cannes, on vient pour voir, pas pour se faire voir ! »

Une visite papale ? Probablement pas…

Parmi les films sélectionnés en séances spéciales figure le plus récent documentaire de Wim Wenders, Pope Francis : A Man of his Word. Dans ce film, dont la sortie en Amérique du Nord est prévue le 18 mai, le réalisateur des Ailes du désir présente le pape François comme s’il avait accès à un journal intime. Est-ce que Sa Sainteté elle-même pourrait gratifier la Croisette de sa présence ? « Nous ne sommes pas certains que le pape vienne monter les marches, a lancé le délégué. Mais nous présenterons le film un dimanche ! »

Aucun film Netflix cette année

« Nous avons un dialogue fructueux avec Netflix, a déclaré le délégué au lendemain de l’annonce du retrait du géant américain. Mais tout film sélectionné doit être ouvert à la distribution en salle [en France]. Nous avons fait deux offres pour deux films [produits et/ou distribués par Netflix], l’un en compétition, l’autre hors compétition. Dommage qu’Orson Welles ne puisse venir à Cannes ! », a-t-il conclu en faisant allusion à The Other Side of the Wind, film inachevé du réalisateur d’Othello, finalisé par Netflix.

Deux cinéastes assignés à résidence

Jafar Panahi est assigné à résidence depuis quelques années à Téhéran. Pourra-t-il venir présenter lui-même son nouveau film Three Faces ? Rien n’est moins sûr. La direction du Festival compte toutefois envoyer une invitation formelle au gouvernement iranien en joignant aussi les efforts des autorités françaises. Le dernier voyage international de Jafar Panahi remonte à 2009. Cette année-là, le cinéaste était venu présider le jury du FFM de Montréal. Une démarche semblable sera faite en faveur du cinéaste russe Kirill Serebrennikov, aussi assigné à résidence à Moscou.

Des annonces à venir

Seulement 18 longs métrages sont inscrits dans la compétition officielle ; 15 dans Un certain regard. C’est dire que Thierry Frémaux bénéficie encore d’une marge de manœuvre pour ajouter certains titres. Outre le film de Lars von Trier, celui de Terry Gilliam, The Man Who Killed Don Quixote, pourrait peut-être aussi avoir droit à une présentation s’il se sort de l’imbroglio juridique dans lequel il est plongé. Les noms des membres du jury que présidera Cate Blanchett seront aussi bientôt dévoilés.

La sélection

En compétition

Todos lo saben (Everybody Knows) d’Asghar Farhadi (ouverture)

En guerre de Stéphane Brizé

Dogman de Matteo Garrone

Le livre d’image de Jean-Luc Godard

Netemo Sametemo (Asako I & II) de Ryusuke Hamaguchi

Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré

Les filles du soleil d’Eva Husson

Ash Is Purest White de Jia Zhang-ke

Shoplifters de Hirokazu Kore-eda

Capharnaüm de Nadine Labaki

Buh-Ning de Lee Chang-dong

Blackkklansman de Spike Lee

Under the Silver Lake de David Robert Mitchell

Three Faces de Jafar Panahi

Zimna Wojna de Pawel Pawlikowski

Lazzaro Felice d’Alice Rohrwacher

Leto (L’été) de Kirill Serebrennikov

Yomeddine d’A.B. Shawky

Hors compétition

Solo : A Star Wars Story de Ron Howard

Le grand bain de Gilles Lellouche

Séances spéciales

10 Years In Thailand d’Aditya Assarat, Wisit Sasanatieng, Chulayarnon Sriphol et Apichatpong Weerasethakul

The State Against Mandela and the Others de Nicolas Champeaux et de Gilles Porte

O Grande Circo Místico de Carlo Diegues

La traversée de Romain Goupil

À tous vents de Michel Toesca

Les âmes mortes de Wang Bing

Pope Francis – A Man of his Word de Wim Wenders

Séances de minuit

Arctic de Joe Penna

Gongjak de Yoon Jong-bin

Un certain regard

Gräns d’Ali Abbasi

Sofia de Meryem Benm’Barek

Les chatouilles d’Andréa Bescond et Éric Métayer

Long Day’s Journey Into Night de Bi Gan

Manto de Nandita Das

À genoux les gars d’Antoine Desrosières

Girl de Lukas Dhont

Gueule d’ange de Vanessa Filho

Euphoria de Valeria Golino

Mon tissu préféré de Gaya Jiji

Rafiki de Wanuri Kahiu

Die Stropers d’Étienne Kallos

In My Room d’Ulrich Köhler

El Angel de Luis Ortega

The Gentle Indifference of the World d’Adilkhan Yerzhanov

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