ENTREVUE AVEC Ziggy Marley

« Le reggae est le fondement spirituel de mon expression »

Fils aîné de Bob et de Rita Marley, couple mythique s’il en est, David Nesta Ziggy Marley aura 50 ans en octobre. Sa carrière professionnelle remonte à la préadolescence, sa discographie compte 16 albums studio, en incluant ceux créés aux côtés des Melody Makers (de 1985 à 2001), sans compter une haie de trophées, dont huit Grammy. La vie continue, et voilà que Ziggy s’amène à Montréal, mercredi.

Joint à son domicile américain, le musicien, auteur, compositeur et chanteur se montre plutôt beau joueur et répond aux questions sans s’étendre de long en large sur les paradoxes qui l’habitent, mais qui ne semblent pas le hanter ou l’obséder outre mesure.

Prenons d’abord son attachement à son île natale. Reggaeman reconnu, exhibant des dreads longs comme ça, il affiche néanmoins une certaine tiédeur face à la culture jamaïcaine.

« J’écoute de tout, je ne me préoccupe pas particulièrement de l’évolution de la musique jamaïcaine. Je veux faire l’expérience de tout ce qui est à ma portée, je reste l’esprit ouvert à l’exploration », fait valoir Ziggy Marley.

« La vie est pour moi un éternel processus d’apprentissage, qui me mène à rejoindre différents publics. J’aime rester libre de toutes catégories. »

— Ziggy Marley, en entrevue à La Presse

Ainsi donc, notre interlocuteur souhaite ne pas être confiné à un seul type d’expression ; mission particulièrement complexe dans le cas qui l’occupe !

« Je suis né en Jamaïque, mais je ne me sens pas exclusivement jamaïcain, insiste-t-il. Je ne rentre pas régulièrement au pays… si je dois y aller, j’y vais, mais je n’entretiens aucune nostalgie. J’accepte ma vie et mon parcours, je me considère aujourd’hui comme un être humain de la planète Terre. Je vis en Californie, à Los Angeles plus précisément, mais je pourrais vivre n’importe où… »

Un reggae aux multiples influences

Ziggy Marley ne croit pas non plus sa musique nostalgique, même si le roots reggae en demeure la charpente.

« Le reggae est le fondement spirituel de mon expression, l’esprit reste le même pendant que le corps change. Ainsi, on y trouve des racines rock, des racines africaines et d’autres influences. En fait, je ne sais pas exactement où je me trouve musicalement, je ne tends pas à m’analyser », estime-t-il.

« J’aime bien mon dernier album, par exemple, mais je ne peux vous en dire plus. Je reste ouvert à tout, je peux retourner dans mon passé ou encore innover. À ce stade de ma vie, j’ai tendance à incorporer dans mes chansons toutes sortes d’éléments tirés de mon parcours, selon les humeurs et inspirations du moment. »

— Ziggy Marley

Ziggy Marley collabore essentiellement avec des musiciens californiens, leurs origines importent peu, selon lui… À condition, bien sûr, qu’ils servent ses chansons.

« Je travaille avec des musiciens jamaïcains établis à L.A., un autre de Saint Thomas, un Japonais, etc. Je ne me soucie pas de leurs origines, de leurs préférences stylistiques. Il m’importe de travailler avec de bons musiciens, point barre. »

C’est idem pour le texte : les thématiques de ses chansons récentes ne sont pas foncièrement rastafariennes, on y observe plutôt un point de vue humaniste, empathique, non-violent.

« Je témoigne de ce qui me touche. Je me sens connecté aux êtres humains et à ce qui les fait souffrir, à ce qui les mène à combattre ou résister. C’est ce dont traite mon dernier album, Rebellion Rises. Je suis particulièrement préoccupé par le sort des enfants de la guerre, en Syrie par exemple. Ça me rend triste, ça me met aussi en colère. Ceux qui se trouvent actuellement au sommet de la pyramide humaine n’assurent pas notre émancipation et notre bien-être. Il nous faut d’autres voix qui parlent au nom de l’humanité. »

L'ombre de Bob

La matière principale de la prochaine escale montréalaise, annonce le principal intéressé, sera puisée dans son plus récent opus studio, soit son septième depuis l’époque révolue des Melody Makers, dont il était la figure de proue.

« La majorité des chansons de Rebellion Rises prennent vie sur scène, aisément, sans problème aucun. Comme d’habitude, je reprends également du matériel de mes albums précédents et des classiques de mon père. »

De son célébrissime paternel, bien évidemment. D’ailleurs, comment Ziggy Marley a-t-il traversé les décennies de son existence avec le fantôme de Bob, passé à une autre dimension en 1981 ?

« Depuis mon enfance, confie-t-il, on a toujours fait allusion à mon père en me regardant. Je mange un fruit, il se trouve quelqu’un pour dire que ça lui rappelle la manière dont mon père mangeait un fruit. Si j’éternue, on fera des comparaisons avec ses éternuements ! C’est naturel, je sais bien que Bob demeure une très forte personnalité de la musique populaire moderne, mais il y a une limite ! »

Et quelle est cette limite ?

« J’essaie de me tenir hors de cette perspective où les gens voient mon père en moi, sans tenir compte de mon propre travail. Il me faut en rire, me distancier de tout ça, me mettre dans un état d’oubli, essayer d’ignorer. Parfois, l’ignorance est une bénédiction. »

Au MTelus, mercredi 19 septembre, 20 h 30

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