Critique

Une randonnée en montagnes russes

Thriller
Gemini Man (V.F. : L’homme gémeau)
Ang Lee
Avec Will Smith, Clive Owen, Mary Elizabeth Winstead
1 h 47
3 étoiles

D’un côté, il y a le réalisateur de films comme Garçon d’honneur, Salé, sucré, The Ice Storm, Tigre et dragon, Lust, Caution, bref, celui qui, deux fois déjà, a obtenu l’Oscar de la meilleure réalisation (Brokeback Mountain en 2006 et Life of Pi en 2013). De l’autre, il y a celui qui s’attaque à des productions typiquement hollywoodiennes comme Hulk ou, plus récemment, Billy Lynn’s Long Halftime Walk. Gemini Man (L’homme gémeau en version française), produit par le nabab Jerry Bruckheimer (Top Gun, la série Pirates of the Caribbean), fait résolument partie de la seconde catégorie.

Féru de nouvelles technologies, le cinéaste taïwanais a tourné son film d’action en repoussant encore les limites de la haute définition (Gemini Man a été tourné en 4K et en 3D), ce qui, pour finir, donne un résultat un peu étrange. Indéniablement, le film impressionne sur le plan technique, d’autant qu’ici, un « vrai » Will Smith âgé de 23 ans, mélange d’images de synthèse et de captures de mouvements, donne la réplique au Will Smith d’aujourd’hui, maintenant quinquagénaire.

Même si ces images visent une nouvelle forme de réalisme en permettant au spectateur de vivre une expérience immersive, elles font paradoxalement ressortir l’aspect artificiel, factice du cinéma. Dans ce contexte, les acteurs semblent avoir un peu plus de mal à offrir un niveau de jeu crédible. Et les scènes d’action, souvent vertigineuses, nous font rarement oublier toute la logistique qu’il aura fallu pour les mettre au point.

Des sensations fortes

Ce film, que le producteur traîne dans ses tiroirs depuis 22 ans, ne brille pas non plus par l’originalité de son récit, mais Ang Lee en tire quand même le maximum. Le cinéaste utilise en fait cette histoire déjà maintes fois déclinée en plusieurs films – celle d’un tireur d’élite qu’on veut éliminer quand sonne l’heure de la retraite – comme un prétexte pour faire vivre au spectateur des sensations fortes. Dans ce cas-ci, le mentor et patron du franc-tireur établit un plan pour éliminer ce dernier en lui envoyant dans les pattes un clone de lui-même, d’une trentaine d’années plus jeune. La logique ? On ne peut venir à bout d’un être d’exception à moins de lui faire affronter un être tout aussi talentueux, mû de surcroît par l’énergie de sa jeunesse.

Comment en est-on arrivé là ? Quel chemin tortueux de la science et du destin aura-t-on arpenté pour créer un tel clone ? Dans quel but ? Rien de tout cela, ou à peu près, ne sera expliqué. On préfère plutôt nous entraîner dans un monde où cette réalité existe, et où la frontière entre le réel et la création artificielle est déjà tombée. Point de grande discussion philosophique sur la nature éthique et morale du phénomène, même si le personnage du mentor, interprété avec la froideur requise par Clive Owen, est l’incarnation de la déshumanisation dans laquelle le monde semble s’être engagé inéluctablement.

À l’arrivée, Gemini Man emprunte davantage les allures d’une enlevante randonnée en montagnes russes, à vivre préférablement en 3D.

Noble, nécessaire et soporifique

Documentaire
La langue est donc une histoire d’amour
Andres Livov
Avec Fulvie Loiseau et ses élèves
1 h 29
3 étoiles

SYNOPSIS

Dans une classe anonyme du Centre William-Hingston de la Commission scolaire de Montréal, l’enseignante Fulvie Loiseau enseigne le français à des immigrants adultes. Son principal outil pédagogique : des textes où l’on parle d’amour. Une excellente méthode pour faire délier les langues de son groupe.

Ils sont pareils aux enfants d’une école primaire. Il y a celle qui est gênée, celle qui a des opinions sur tout. Il y a le bagarreur, le « jemenfoutiste », le gars en manque d’attention. Il y a celle qui, soudain, s’allume en jouant de la musique.

Plusieurs viennent de pays en guerre, ils ont subi de la violence ou ont été oppressés, comme cette transsexuelle mexicaine.

Et ici, ils sont tous unis par le même but : apprendre le français pour s’intégrer à la société québécoise, trouver un travail, aider leurs enfants à faire leurs devoirs. Voir l’enseignante Fulvie Loiseau leur montrer l’a b c du français en utilisant des écrits parlant d’amour est attendrissant et réjouissant.

Ce long métrage documentaire est d’une grande noblesse. Le réalisateur Andres Livov l’a tourné avec beaucoup d’humanité. Il ne brusque pas ses sujets, mais ne cache pas non plus les aspérités auxquelles les élèves de la classe font face.

Son film est tout aussi nécessaire. On entend souvent parler des classes d’immersion au français pour les immigrants et, ici, nous sommes plongés dans la marmite, comme dirait l’autre. Voilà une belle façon de se connecter à la réalité des nouveaux arrivants.

Malheureusement, le film est un brin soporifique. Pas facile de conserver une dynamique en restant presque 90 minutes dans ce huis clos. Parfois, on s’y ennuie aussi.

Heureusement, il y a quelques sorties, comme à l’incontournable cabane à sucre (ça fait un peu convenu) et en croisière sur le Saint-Laurent. Une belle façon de nous rappeler que tous nos ancêtres sont aussi venus d’ailleurs.

Quelle famille !

Film d’animation
The Addams Family
(V.F. : La famille Addams)
Conrad Vernon et Greg Tiernan
Avec les voix de Charlize Theron, Oscar Isaac, Finn Wolfhard
1 h 27
3 étoiles

synopsis

L’excentrique famille Addams coule des jours heureux dans son manoir hanté. Elle se prépare à accueillir la parenté lorsqu’une designer vedette d’une émission de télé, qui veut construire une cinquantaine de maisons dans les environs, manigance pour l’expulser.

À l’approche de l’Halloween, la célèbre famille Addams effectue un retour. Morticia, Gomez, leurs enfants Pugsley et Wednesday, l’oncle Fester et Grandma sont issus de l’imagination fertile du bédéiste américain Charles Addams, qui leur a donné vie dans les pages du New Yorker à compter de 1938. Quatre séries télévisées, dont deux animées, trois films et une comédie musicale ont contribué à populariser les personnages. Les voilà pour la première fois dans un film d’animation, inspiré de l’œuvre originale.

Pour plaire à un vaste public, les réalisateurs Conrad Vernon (Shrek 2) et Greg Tiernan (Sausage Party) ont exploité le côté singulier et macabre des différents membres de la famille avec humour et finesse. Même s’ils habitent dans une demeure en ruine où le majordome a des airs de Frankenstein et où le serviteur est une main, les parents sont aux prises avec des défis universels lorsque leurs enfants atteignent l’adolescence et aspirent à une plus grande liberté.

Morticia (Charlize Theron) est bouleversée lorsque sa fille Wednesday (Chloë Grace Moretz) veut s’aventurer au-delà des grilles pour aller à l’école secondaire. Gomez (Oscar Isaac) finit par accepter que son fils Pugsley (Finn Wolfhard) soit plus habile avec les explosifs qu’avec un sabre, l’arme privilégiée des Addams depuis 300 ans.

Alors que la facture visuelle est raffinée, avec une utilisation judicieuse du noir, du gris et de la couleur, le message est beaucoup moins subtil. Le thème de l’acceptation de l’autre est exploré de façon très évidente. Un peu plus d’originalité dans le script, à la hauteur des personnages, aurait enlevé une impression de déjà vu, à certains moments.

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