Gourmand

Le réveil du Dragon

Bien rares sont les restaurants dont le succès est tel qu’ils doivent composer avec des files d’attente tous les week-ends. À l’Auberge du Dragon rouge, c’est comme ça depuis plus de 25 ans, ou du moins ça l’était jusqu’en juillet dernier, quand l’institution montréalaise a été contrainte de fermer à la suite de l’incendie d’un bâtiment voisin. Mais il en fallait plus pour terrasser la bête. Le restaurant a rouvert ses portes ce vendredi après avoir subi une cure de rajeunissement complète.

Le 1er juillet dernier, le restaurant de la rue Lajeunesse, dans le nord de l’île de Montréal, a subi d’importants dommages à cause de l’eau aspergée par les pompiers appelés pour éteindre un incendie dans le triplex voisin. Le genre de drame qui peut être catastrophique pour bien des restaurateurs s’est plutôt avéré une occasion pour le propriétaire de l’Auberge du Dragon rouge, Martin Gauthier. « On a un problème : le resto était plein, on n’en a plus, ça nous en prend un », nous résume celui qui a lancé son restaurant à thématique médiévale fantastique en octobre 1992, alors qu’il avait tout juste 20 ans.

Alors qu’il aurait pu simplement se contenter de nettoyer et de refaire le décor à l’identique en utilisant les sommes versées par son assureur, Martin Gauthier a plutôt décidé d’investir 150 000 $ de plus pour refaire son auberge à neuf. L’escalier a été reconfiguré, la toilette a été déplacée et une deuxième a été ajoutée, les colonnes et murets de soutien ont été remplacés par des poutres, au rez-de-chaussée et à l’étage. Quant à la finition, exit les murs de bois, on a plutôt choisi le crépi, les colombages apparents et le fer forgé. « On s’est inspiré de maisons de la Bretagne du haut Moyen-Âge, c’est beaucoup plus léger, plus clair », nous dit Martin Gauthier en nous faisant faire le tour du proprio.

La clientèle ne devrait toutefois pas être dépaysée, car on promet la même expérience que celle qui a assuré le succès du restaurant depuis si longtemps. « Le menu est bien arrimé avec l’offre thématique, c’est confortable et enrobant, explique Martin Gauthier. On n’essaye pas d’impressionner, on ne veut pas réinventer la roue. On cuisine des intemporels sans prétention, avec soin et doigté. » Outre les plats d’inspiration médiévale, on retrouvera bien sûr les galettes de bœuf, de poulet ou de sanglier, tout comme les épicées frites saxonnes ou les sucrées pétaques, des classiques inimitables de l’Auberge.

Repaire de bons vivants

Au-delà de l’expérience culinaire, c’est l’ambiance de l’Auberge du Dragon rouge qui la place dans une classe à part.

« Si tu peux en donner 1 % de plus que ce que le client demande, il va dire wow ! Nous, on en donne 20 % de plus. C’est pourquoi les gens reviennent pour vivre de nouvelles expériences, ils ont d’autres souvenirs à se faire. »

— Martin Gauthier, propriétaire de l’Auberge du Dragon rouge

D’ailleurs, le volet animation développé à son établissement a incité Martin Gauthier à démarrer Oyez Oyez !, devenue au fil du temps la plus importante entreprise d’animation et de gestion d’évènements historiques au Québec. « On compte surtout sur l’hospitalité et la convivialité de la table, nous dit l’entrepreneur de 48 ans. On sert les clients avec un costume, ça peut parfois faire rire, mais ça permet aussi de décloisonner les codes de la restauration où les serveurs sont des fantômes. Ici, l’aubergiste te connaît, il s’assoit à ta table, il t’accueille. L’idée de recevoir et de faire bombance et ripaille a toujours été là. » On invite donc les clients à chanter, à cogner sur la table ou à se mettre debout sur les chaises – les anniversaires sont célébrés ici comme nulle part ailleurs.

L’aubergiste, justement, est arrivé au Dragon rouge il y a cinq ans après avoir étudié en hôtellerie et en sommellerie. Celui que tout le monde connaît ici sous le nom d’Alistair voulait « porter autre chose que des nœuds papillon » et voulait faire « quelque chose de plus créatif et de plus spécial ». Il est bien servi. « Quand un client est prêt à jouer le jeu, c’est lui qui donne le rythme, on doit donc aussitôt se mettre dans la peau de notre personnage, explique le jeune homme de 31 ans. Mais on a l’avantage de pouvoir rester anonyme derrière le costume, ça permet de garder une saine distance avec les clients, et ça nous donne aussi l’occasion d’aller plus loin quand c’est pertinent ou nécessaire, sans conséquence. » Voilà pourquoi on nous a demandé de ne pas dévoiler la réelle identité d’Alistair et de ses collègues.

De son côté, le musicien et conteur Fulgence trépigne à l’idée de recommencer à aller travailler à l’Auberge, surtout que les rénovations vont dorénavant permettre aux animateurs de voir tout le public d’un seul coup d’œil. « Pour moi, ce travail n’est jamais un petit lundi au bureau et ce n’est pas ça que je recherche, explique-t-il. Si j’avais le goût d’avoir un petit job pépère, je ne serais pas ici. Faut aimer le chaos ! Mais surtout, il faut s’adapter à toutes sortes de publics, des enfants aux gars qui fêtent fort pour célébrer un enterrement de vie de garçon. L’Auberge du Dragon rouge appelle à la fête, elle appelle à lâcher son fou ! »

Autres restos festifs

L’Auberge du Dragon rouge a été le tout premier établissement à vocation médiévale au Québec, avant même l’arrivée des Médiévales de Québec, en 1993. Il a inspiré quelques autres établissements à thématique médiévale ailleurs en province.

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