La Falla de la TOHU

Le cirque pour trouver sa voie

La TOHU lance aujourd’hui la Falla, trois jours de festivités autour du cirque, de la musique, de la danse, mais aussi d’un projet social. Depuis 10 semaines, quatre jeunes Montréalais en démarche d’intégration socioprofessionnelle s’affairent à concevoir une impressionnante structure de bois, qui sera brûlée samedi soir. Rencontre.

Sous un chapiteau, Tanya Maillé, 22 ans, vêtements tachés de peinture, s’active. Elle vient de sabler une sculpture et s’apprête à la peindre. Celle-ci sera accrochée en haut d’une sculpture géante qui a nécessité 10 semaines de travail.

Tanya est l’une des quatre jeunes qui participent au projet de la TOHU. Depuis 2004, ce haut lieu des arts du cirque à Montréal propose une fête populaire : la Falla. Un festival de musique, de danse et de cirque qui donne lieu à la construction d’une gigantesque œuvre en bois et en papier.

Les festivités, qui débutent aujourd’hui, se clôtureront samedi par l’embrasement de la structure. Un événement qui puise ses origines dans les traditions carnavalesques de Valence, en Espagne.

Cette année, ce carrousel s’érige à 9 m de hauteur et fait 6 m de largeur. L’œuvre est un clin d’œil au 250e anniversaire du cirque contemporain et aux 20 ans de l’installation du Cirque du Soleil au cœur de Saint-Michel. Quelque 200 bénévoles, principalement des habitants du quartier, ont mis la main à la pâte pour la concevoir.

Prendre confiance

Tout au long du projet, quatre jeunes en démarche d’intégration socioprofessionnelle et appuyés par le Programme d’information sur le travail et la recherche d’emploi de Montréal (PITREM) ont participé à la conception de l’œuvre. Ils reçoivent une prime du PITREM, lié à Emploi-Québec. On les appelle les falleros.

Il y a quelques mois, Tanya cherchait un emploi en attendant de commencer une formation pour devenir éducatrice à la petite enfance. Le PITREM lui a alors proposé de s’investir dans le projet.

Même si cette expérience n’a rien à voir avec le métier auquel elle se destine, elle est sûre que cela lui servira. Pas forcément le fait d’avoir des connaissances en menuiserie, en peinture ou en modelage, mais plutôt humainement. « Je suis une fille assez timide, qui n’a pas confiance. Mettons, si on me propose une affaire, je vais me dire que ce n’est pas pour moi, que je ne réussirai pas. Je vais plutôt me rabaisser. Là, j’ai appris à avoir confiance en moi. »

« Joie et plaisir »

Les quatre falleros sont épaulés par des préposés en construction. Parmi eux, Louis Allard-Gaudreau, 22 ans. Il y a quatre ans, lui aussi était fallero. À l’époque, il finissait des cours à l’école pour adultes et entamait des démarches auprès d’Emploi-Québec pour trouver un emploi d’été. « J’étais un peu perdu, je ne savais pas trop quoi faire plus tard, je n’avais pas de projet professionnel. Je passais mon temps à jouer aux jeux vidéo au sous-sol de mes parents », se souvient-il. Emploi-Québec l’oriente vers le festival, son premier emploi.

Au fil des semaines, Louis se rend compte qu’il apprécie ce projet « le fun », qui apporte « joie et plaisir ». Et surtout, il se découvre un vif intérêt pour tout ce qui touche à la construction, notamment à la structure en bois. « J’ai compris à ce moment-là ce que je voulais faire dans la vie. Après ça, j’ai commencé des études en génie civil. »

Le directeur artistique Charles-Hugo Duhamel loue les bienfaits du projet pour ces jeunes. « On les voit s’ouvrir. Ils sont fiers d’apprendre. Ils développent une rigueur de travail, dans les horaires, travaillent en équipe… Pour certains, c’est la première fois qu’ils réalisent un projet du début à la fin. » Ceux pour qui les cours à l’école étaient un pensum s’épanouissent dans ce travail manuel, concret et de grande ampleur.

Mais après tant de labeur, n’est-ce pas décevant de voir l’œuvre partir en fumée ? Laurent Koudou, fallero de 21 ans, masque antipoussière autour du cou, avoue que c’est le cas. Mais il préfère relativiser. « Le projet, ce n’est pas seulement la structure en bois, c’est aussi la structure de nous-même sur laquelle on travaille. La structure va brûler, mais nous, on va ressortir avec de nouvelles aptitudes. »

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