Adoptions

Un pont canin de l’Inde vers le Québec

Dans l’enclos d’un parc à chiens de Rosemont, ils courent en rond comme s’il n’y avait pas de lendemain. Sûrement sans savoir qu’il a bien failli, effectivement, ne pas en avoir pour eux. Car outre leur condition de fougueux pitou, Chizo, India, Gamick et Anu ont autre chose de particulier en commun : ils ont tous vu le jour en Inde, où ils furent chiens errants, avant d’être adoptés par des foyers québécois. Aussi doivent-ils une fière chandelle à la Montréalaise Marilou David, qui a établi une passerelle entre des refuges indiens et les adoptants d’ici.

Tout a commencé en 2017 lors d’un séjour à Dharamsala, dans le nord de l’Inde, pendant lequel Marilou s’est investie auprès d’un refuge local pour animaux. Elle en est revenue avec le fruit d’une expérience humaine marquante mais aussi, dans ses valises, deux chiens secourus et une dizaine de photos de canidés candidats à l’adoption.

De fil en aiguille, elle a monté un réseau et une plateforme, dont une page Facebook baptisée « Stand By Me », pour faciliter le placement de ces chiens et dispenser des conseils sur l’adoption internationale.

La nouvelle a tôt fait de se répandre de truffe à oreille : à ce jour, une vingtaine de chiens sauvés en Inde font désormais partie d’une famille québécoise, certains transitant par des familles d’accueil en attendant de trouver leur foyer définitif.

« Travail complémentaire »

Stand By Me, qui officie en tant que « refuge virtuel », assure la coordination avec des organismes indiens fiables, organise les transports et ses formalités, et s’assure de sélectionner les meilleurs points de chute pour les rescapés. Le suivi médical et le processus d’adoption sont effectués avec le plus grand sérieux.

Très engagée dans sa cause dont elle ne tire aucun bénéfice (pécuniaire, s’entend), Marilou David, qui travaille dans l’immobilier et dans une clinique vétérinaire à temps partiel, se retrouve face à cette question récurrente : pourquoi faire adopter des chiens d’Inde alors que des refuges locaux existent ?

« Pourquoi d’Inde ? J’ai une douzaine de réponses à ça, notamment qu’il y a une demande réelle au Québec et une quantité infinie de chiens à aider en Inde. »

— Marilou David

« Je ne veux pas envoyer le message comme quoi il n’y a pas de chiens adoptables dans les refuges au Québec. Leur travail est nécessaire et parfois il faut être patient pour trouver le bon animal. Mais ce que je fais est complémentaire, j’aide d’autres chiens », dit-elle, soulignant que bien des adoptants potentiels ont du mal à trouver un compagnon idéal au Québec, surtout de taille moyenne, et finissent parfois par se tourner vers les petites annonces ou les éleveurs.

Ce fut le cas de la famille Dumais, qui a finalement pris sous son aile India, après avoir sondé les refuges québécois pendant 16 mois. « Ce fut très difficile, parce que nous avons deux enfants et nous ne trouvions pas de chien qui convenait à notre situation », se souvient Sandra, mère de la famille. Idem pour Gilles Aubin, qui a adopté Gamick, après avoir sérieusement cherché pendant des mois sans trouver la perle rare.

Et pour ceux qui pensent que cette initiative « vole la place » des chiens locaux, sachez que certaines SPCA font elles-mêmes venir des animaux de l’étranger, comme la branche Laurentides-Labelle, qui importe des chiens de Corée du Sud ou du Mexique, notamment.

« Pour nous, ça ne change rien. Selon les périodes de l’année, ces chiens occupent nos places excédentaires, ça n’enlève pas de la place à d’autres. En ce moment, l’un n’empêche pas l’autre », explique Corinne Gonzalez, directrice générale de la SPCA Laurentides-Labelle, qui confirme une très forte demande pour les chiens de taille moyenne à Montréal et dans sa périphérie.

Enjeux canins et humains

Quiconque a visité l’Inde a pu constater le problème endémique des chiens errants et leurs conditions de vie souvent misérables. De cette surpopulation canine découlent des enjeux sanitaires et sociaux, la rage sévissant toujours en Inde, aggravant l’attitude de méfiance envers les chiens et entretenant un cercle vicieux de maltraitance et d’abandons.

Marilou David aspire ainsi à aider, par la bande, les populations locales aux prises avec ces difficultés.

« Tous les chiens que nous faisons venir ne survivraient pas en Inde : bébés sans leur mère sur le bord d’une autoroute, chiens blessés, etc. »

— Marilou David

Beaucoup sont victimes d’accidents, comme Anu, le dernier en date débarqué au Québec avec Stand By Me, qui a dû être amputé d’une patte arrière après avoir été renversé par une voiture.

Pour Marilou, ces rescapés indiens présentent des caractéristiques recherchées par de potentiels adoptants : taille moyenne, absence de tare génétique, entretien facile. Elle prévient aussi qu’ils présentent un caractère plutôt indépendant.

Bientôt en OBNL

Il en coûte entre 550 $ et 1000 $ environ par adoption, selon le mode de transport et la taille de l’animal, les chiens vaccinés et stérilisés arrivant par avion-cargo ou avec un accompagnateur bénévole. Stand By Me et les refuges partenaires indiens s’occupent des formalités juridiques de traversée des deux frontières. Une fois à destination, ils sont remis à leur adoptant ou placés dans une famille d’accueil en attendant d’en trouver un. « Les adoptants paient uniquement ce que ça a coûté : transport, vétérinaire », assure Marilou David.

L’instigatrice du réseau songe à transformer son initiative en OBNL à mesure que les demandes se multiplient. Elle cherche également plus de familles d’accueil au Québec et d’accompagnants revenant d’Inde prêts à voyager avec un animal enregistré.

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