ÉTHIQUE ET ÉTIQUETTE

Faire ou ne pas faire les devoirs

Une question morale titille votre conscience ? Chaque semaine, Pause répond à vos questions. Cette semaine : les devoirs de nos enfants.

La question

Ça nous arrive tous. Un soir de semaine, un léger moment de panique. Votre aîné a complètement oublié qu’il avait un exposé à préparer. Il se sent si mal que vous ne pouvez pas vous en empêcher : vous l’aidez. Un peu, beaucoup, peut-être même un peu trop. Que ce soit de manière exceptionnelle, parce que parfois, la charge est trop lourde, ou peut-être plus régulièrement, si les sciences de 3e secondaire nous passionnent, il nous arrive tous, de temps en temps, de faire les devoirs à la place de nos enfants (non, pardon, avec eux). Est-ce grave ?

La réponse

Avant de répondre, Julien Bureau, professeur adjoint à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, s’interroge : « À quoi servent les devoirs ? »

De manière générale, on considère que les devoirs servent à favoriser un apprentissage de la matière. D’où la sous-question : « Est-ce qu’ils y parviennent ? » Rien n’est moins sûr, en tout cas pas au primaire. La plus vaste étude jamais réalisée sur la question (regroupant huit méta-analyses) le confirme : au primaire, les devoirs ne favorisent pas la réussite scolaire. « Donc si on les fait pour eux, on ne nuit pas à leur réussite scolaire », résume le professeur.

Mais attention avant de vous ruer sur les cahiers d’exercices de votre cadet. Car ce n’est pas tout. « Ce n’est pas parce que ça ne nuit pas à leur réussite que ça n’a pas d’effet néfaste », enchaîne le spécialiste, membre de l’Institut d’éthique appliquée. Selon lui, en s’ingérant, on prive ici l’enfant de l’occasion d’être autonome, et surtout de prendre ses responsabilités, s’il rend son travail en retard, incomplet, voire pas du tout. C’est un fait : les sanctions, parfois, nous font apprendre bien davantage qu’on ne le pense.

« Mieux vaut parfois les laisser [les enfants] apprendre des conséquences logiques de leurs actions [ou inactions]. »

— Julien Bureau, professeur adjoint à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval

Au secondaire, de surcroît, les devoirs, c’est prouvé, favorisent les apprentissages. On peut donc en déduire qu’en s’immisçant ici, le parent fait doublement fausse route.

Devoirs notés

Si vous vous impliquez non pas dans les devoirs dits « formatifs » (exercices, etc.), mais carrément dans un exposé oral, généralement noté, la question éthique prend une tout autre dimension, poursuit le professeur. Car l’implication (ou non) du parent aura ici une influence directe sur la note de l’enfant. « Mais est-ce que ce sera un juste score ? », s’interroge Julien Bureau. Ce « juste score » ne découle-t-il pas aussi de sa capacité à gérer son temps ?

Trois conséquences sont ici à prévoir, en matière d’apprentissages (l’enfant qui ne fait pas le travail risque de douter de ses propres compétences), d’émotions (une éventuelle culpabilité) et de tricherie (puisqu’on montre à l’enfant un certain non-respect des règles).

Conclusion ? Évidemment, une foule de nuances s’imposent : peut-être est-ce la seule et unique fois que vous osez une petite correction sur un devoir de maths, peut-être votre enfant est-il en crise de panique, et la note de son oral ne compte que pour une infime partie de sa note finale. Le choix d’intervenir, ultimement, reste entre vos mains. Mais gardez ceci en tête : « La question de la gravité reste entière selon les apprentissages scolaires que l’on souhaite que l’enfant fasse », suggère Julien Bureau. En un mot : si vous voulez que votre enfant apprenne quelque chose, ne serait-ce que l’importance de mieux gérer son temps, mieux vaut ici vous abstenir d’intervenir. Ce qui ne veut pas dire que vous ne pouvez pas être présent, et multiplier les encouragements…

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