HOCKEY

Go, Finlande !

TORONTO — C’est dur d’épater la galerie quand ses yeux sont encore écarquillés par ce qu’elle vient de voir. En anglais, l’expression dit « tough act to follow ».

C’est un peu ce qui s’est passé, hier soir à la Coupe du monde. Le Canada – censé être la pièce de résistance de la journée chaque fois qu’il joue – a dominé l’Europe sans partage, celle-ci en faisant juste assez pour empêcher le talent canadien de trop jouer les virtuoses.

On entend parfois que « les tirs au but n’indiquent pas l’allure de la rencontre ». Eh bien dans ce cas-ci, oui. À 46 tirs contre 20, on ne peut pas dire que le gardien Corey Crawford a eu un baptême de hockey international des plus chargés.

Le dénouement n’a jamais vraiment fait de doute, si bien qu’on s’est vite ennuyé du palpitant match que s’étaient livré en après-midi Suède et Amérique du Nord.

Une fois de plus, les jeunots ont capté l’imaginaire et donné à cette Coupe du monde une plus grande raison d’être.

« Je ne pensais pas que nous aurions un aussi gros impact sur le monde du hockey que celui qu’on a eu jusqu’à maintenant », a admis l’entraîneur-chef Todd McLellan.

À la suite de sa victoire de 4-1 face à l’Europe, le Canada pourrait être en position d’affronter l’Amérique du Nord en demi-finale... pourvu que la Finlande y mette du sien et boute la Russie hors de la Coupe du monde cet après-midi.

« Je vais envoyer un message texte à Patrik Laine, a rigolé le jeune Mark Scheifele à propos de son futur coéquipier chez les Jets de Winnipeg.

« Je vais lui dire de sortir un gros match contre la Russie et de préparer ses poignets pour qu’il décoche deux ou trois bombes. »

Dommage qu’on doive autant croiser les doigts : si Todd McLellan avait souligné à ses joueurs qu’une victoire en temps réglementaire augmenterait sensiblement leurs chances d’accéder à la demi-finale, les jeunots auraient sûrement cherché à être plus expéditifs.

Sauf qu’ils l’ignoraient. En déculottant Henrik Lundqvist sur le but vainqueur, Nathan Mackinnon croyait que le billet de sa jeune formation était acheté.

DE LA MAGIE ?

L’équipe d’Amérique du Nord est présentée comme l’avenir de la Ligue nationale, mais d’une certaine manière, elle en est aussi le présent. Son influence sur le hockey risque d’être immédiate, car son attaque se déploie à une vitesse jamais vue. Dans la salle de presse, on évoquait la révolution qu’ont représentée les Oilers d’Edmonton des années 80.

Quand une équipe dirige 49 tirs sur le filet de la Suède, qui est protégé par possiblement la meilleure défense du monde, c’est qu’il se passe quelque chose !

« Ça va prendre quelque chose de magique pour que quelqu’un sorte le Canada du tournoi », a dit l’entraîneur-chef d’Équipe Europe Ralph Krueger, hier soir.

Intéressant.

En cherchant de peine et de misère à cette Coupe du monde un prétendant au trône du Canada, on constate que la vitesse est au moins un aspect du jeu où un rival pourrait avoir le dessus. Tiens, tiens. Bon, ce n’est pas la seule composante d’un match de hockey, mais c’est quand même une brèche possible dans l’armure canadienne.

À tout le moins, les U24 forceraient leurs grands frères à aiguiser leurs patins mieux que jamais.

VIVEMENT L’ÉMOTION

Hier soir, l’Europe a joué du hockey de survie. Qui peut lui en vouloir ? Elle sait qu’elle ne peut rivaliser de talent et qu’elle n’a peut-être pas les jambes pour suivre la cadence bien longtemps. De toute façon, sa mission était accomplie avant même qu’elle ne se fasse dépeigner par le trio de Jonathan Toews dont c’était le tour d’infliger des sévices à l’adversaire.

Dans les circonstances, l’entraîneur-chef canadien Mike Babcock a reconnu que ses hommes avaient manqué d’émotion. Que, même s’ils avaient eu le contrôle de la rondelle, ils n’avaient pas marqué autant de buts qu’ils auraient pu. Quand l’émotion n’est pas au rendez-vous, l’exécution en pâtit toujours.

Or l’émotion ne manquerait pas dans un choc des générations.

Si le Canada est jusqu’à preuve du contraire la meilleure équipe à la Coupe du monde, ce sont les jeunots de l’Amérique du Nord qui sont les plus excitants à regarder. C’est pourquoi tout le monde espère qu’on ira au bout de l’exercice et qu’on verra les fruits d’une confrontation entre les deux.

Les surdoués en vacances, personne n’a envie de voir ce film-là.

Go, Finlande !

Aujourd’hui

15 h

Finlande c. Russie

20 h

États-Unis c. République tchèque

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