FRANCE

Paris se dessine un nouveau visage

D’ici 2024, une dizaine de tours vont pousser dans Paris. Ces nombreux projets sèment la controverse chez les Parisiens encore sous le choc à la vue de la tour Montparnasse construite à partir de 1969, critiquée pour son décalage avec l’architecture de la ville. Afin de ne pas reproduire la même erreur, la mairie a choisi d’épargner le centre.

La première pierre avant 2020

Une tour en forme de triangle de 180 m de haut verra le jour d’ici 2024 à Paris. Le tribunal administratif a validé lundi dernier le projet de construction de la tour Triangle du côté de la porte de Versailles, dans le 15e arrondissement, après plusieurs mois de contestations judiciaires. Plusieurs associations, dont le parti politique Europe Écologie les Verts, ont tenté de bloquer la voie à ce projet de 500 millions d’euros (753 millions CAN). Le chantier qui avait débuté il y a deux ans avait dû être suspendu en 2017 après l’annulation de son permis de construire. Depuis lundi, le chantier a repris et l’édifice devrait voir le jour avant le début des Jeux olympiques de 2024. La mairie promet la création de 5000 emplois grâce à cette tour.

Nouveau visage

Paris semble peu à peu prendre goût aux immeubles en hauteur ; une dizaine de projets sont actuellement dans les cartons. La Ville a décidé d’implanter ces tours aux portes d’entrée de la capitale. Pour certains, ces projets gâchent le patrimoine architectural de Paris, pour d’autres c’est une bonne solution au manque d’espace de la ville : « Regardez le 30 St Mary Axe, à Londres, il s’est très bien intégré dans l’architecture. Aujourd’hui, il est cité au même titre que le palais de Buckingham quand on demande les plus beaux monuments de Londres », estime Théophile Arlet, un Parisien interrogé par La Presse. « Il faut construire à Paris, mais pour ça, il faut soit étaler, soit monter. La ville est déjà hyper connectée avec sa périphérie, alors je trouve que des tours aux portes sont une bonne solution. »

Un enjeu d’urbanisation

Paris connaît une pénurie de logements et la mairie dit travailler afin d’y trouver des solutions. Construire des immeubles en hauteur aux portes de la ville apparaît ainsi comme une façon de trouver un compromis entre les besoins d’infrastructures et la protection du patrimoine. Paris souhaite toutefois éviter de reproduire l’erreur de la tour Montparnasse, très critiquée. « La Défense [le quartier des affaires, construit en hauteur] fait du bien à Paris. Elle n’est que peu critiquée. Depuis Montparnasse, nous avons exclu l’idée d’implanter des tours dans le Paris intramuros. Alors nous avons pensé aux portes de la ville », explique Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire. D’ailleurs, le nouveau tribunal de grande instance, une tour de 160 m, inaugurée en avril à la porte de Clichy, a reçu beaucoup de critiques positives de la part des Parisiens.

Les associations mettent un frein

Pour des associations comme SOS Paris, les tours sont une catastrophe autant pour le paysage que pour l’écologie. « Paris a réussi à trouver une harmonie reconnue dans le monde entier. Y toucher est très risqué. C’est une bêtise », estime Christine Nedelec, secrétaire générale de SOS Paris, association de protection du patrimoine architectural et du cadre de vie de la capitale. Pour elle, il faudrait d’abord commencer par remplir les bureaux vides avant d’avoir recours aux tours. De plus, les tours créent des îlots de chaleur importants : « Les tours vont à l’encontre des problématiques climatiques, alors s’il faut étaler la ville, c’est en périphérie qu’il faut le faire et arrêter de construire en hauteur », ajoute-t-elle.

Le traumatisme de Montparnasse

En 1973, Georges Pompidou est au pouvoir en France et la tour Montparnasse est inaugurée à Paris. À l’époque, il s’agit de l’immeuble de bureaux le plus haut d’Europe. Elle gardera ce titre pendant 17 ans. Malgré cette renommée, elle reste la risée de beaucoup de Parisiens, qui la jugent en décalage avec les fresques et moulures de l’architecture de Paris. Un projet de restructuration a été lancé en 2016. Le concours international d’architectes nommé « Demain Montparnasse » a été remporté par une équipe française qui promet une « métamorphose bioclimatique de la façade ». Les travaux devraient débuter en 2019 et s’achever en 2023.

Un enjeu autour des Jeux olympiques ?

Si plusieurs de ces nouvelles tours doivent voir le jour d’ici 2024, « il n’y a pas de lien entre les projets d’immeubles de grande hauteur et les Jeux olympiques », assure Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire. Certains de ces projets ont été lancés avant la candidature de Paris aux Jeux. En revanche, la tour Triangle, collée au parc des expositions où se dérouleront des épreuves des Jeux olympiques, servira d’infrastructure. Les spectateurs pourront par exemple profiter de son hôtel et de son bar panoramique.

De nombreux projets pour les cinq prochaines années

La tour Triangle

Hauteur : 180 m

Lieu : porte de Versailles (15e arrondissement)

Installations : hôtel, restaurants, bureaux

Budget : environ 500 millions d’euros (753 millions CAN)

Échéance : 2024

The Link

Hauteur : 244 m

Lieu : La Défense

Installations : siège social de Total

Budget : non déterminé

Échéance : 2022

Tours Jumelles

Hauteur : 320 m

Lieu : La Défense

Installations : hôtel, restaurants, bureaux, appartements, salle de concert, galerie d’art

Budget : environ 3 milliards d’euros (4,5 milliards CAN)

Échéance : 2024

Tours Duo

Hauteur : 180 et 122 m

Lieu : secteur Masséna-Brunesseau (13e arrondissement)

Installations : bureaux, hôtel, commerces

Piloté par Ivanhoé Cambridge, division de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Échéance : 2020

Nouveau palais de justice

Hauteur : 160 m (plus grand édifice judiciaire d’Europe)

Lieu : porte de Clichy (17e arrondissement)

Budget : 2,3 milliards d’euros (3,5 milliards CAN)

Livré le 16 avril 2019

ZAC Bercy-Charenton

Hauteur : six tours, dont une de 180 m de haut

Lieu : Bercy-Charenton (12e arrondissement)

Installations : logements, bureaux, commerces et hôtel

Budget : non déterminé

Échéance : 2030

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