Eaux de cologne

Le beau splash !

Victimes d’une réputation de « parfums qui sentent le démodé », les eaux de Cologne sont plus que jamais dans l’air du temps. Elles sont également une arme redoutable alors que le printemps fait son entrée. À lire aussi : entrevue avec le parfumeur Carlos Huber, qui présente la plus récente création d’Arquiste, et les dernières actualités parfumées.

UN DOSSIER DE MARIO GIRARD

Les eaux de Cologne décryptées 

À quand remonte l’eau de Cologne ?

En 1695, le parfumeur italien Giovanni Paolo Feminis, de passage au couvent Santa Maria di Novella, à Florence, découvre une eau parfumée à base d’agrumes. De retour à Cologne, où il a une maison de transit de marchandises, il ajoute cette formule à son catalogue qui contient déjà l’Aqua Mirabilis et l’Eau de la reine de Hongrie.

À sa mort, en 1736, il offre à son petit-neveu, Jean-Marie Farina, les secrets d’une formule composée d’esprit-de-vin, de romarin, de mélisse, d’essences de bergamote, de néroli, de cédrat et de citron.

Rachetée par Roger & Gallet en 1862, l’ancienne maison de Jean-Marie Farina offre au tandem de parfumeurs la fameuse formule. C’est cette composition que l’on retrouve en partie dans L’Extra-Vieille.

Pourquoi l’eau de Cologne plaît-elle ?

L’eau de Cologne connaît son apogée à Versailles sous Louis XV. Les courtisans l’utilisent pour se parfumer, mais aussi pour se soigner. En effet, l’eau de Cologne est considérée comme un médicament.

Napoléon adore l’eau de Cologne et ne s’en prive pas. Dans un seul mois, il peut utiliser pas moins de 30 L du précieux parfum. Avant d’aller rejoindre Joséphine au lit, il se fait frictionner tout le corps avec cette eau.

Vers 1850, l’eau de Cologne connaît ses heures de gloire. La maison Guerlain lance Eau Impériale (1853). Eau du Coq (1894), Eau de fleur de cédrat (1920) et Eau de Guerlain (1970) donneront à l’eau de Cologne ses lettres de noblesse.

Qu’est-ce qui caractérise une eau de Cologne ?

Deux choses définissent une eau de Cologne. D’abord sa composition. Même si les parfumeurs contemporains donnent diverses directions à leur formule, une eau de Cologne est essentiellement basée sur un accord de citron, d’orange, de bergamote, de romarin, de bigarade et de néroli. Il y a aussi le degré de concentration des essences dans l’alcool. La concentration de l’eau de Cologne varie de 2,5 % à 5 % –  à titre comparatif, l’eau de toilette a une concentration de 10 % et le parfum, de 18 % à 30 %.

Les eaux de Cologne sont-elles des parfums de grands-pères ?

Absolument pas. Les plus grands parfumeurs de l’heure créent des eaux de Cologne résolument modernes. Respectueux d’une tradition, ils intègrent leur savoir-faire et leur créativité. Parmi les plus belles créations des dernières années, notons les eaux de Cologne de Chanel et Dior.

Quels sont les usages de l’eau de Cologne ?

L’eau de Cologne tonifie. Achetée en gros format dans les grandes surfaces, on peut s’en servir pour se frictionner après la douche. Durant un bain, elle offre un délicieux moment de détente. Les grandes maisons créent aujourd’hui des eaux de Cologne qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre. Elles deviennent alors des parfums subtils et raffinés.

Nos suggestions

Cinq classiques

No 4711 de Wilhem Mülhens

Eau Impériale de Guerlain

English Fine Cologne de Yardley

Blenheim Bouquet de Penhaligon’s

Extra-Vieille de Roger & Gallet

Cinq modernes

Eau de Cologne de Chanel

Cologne Royale de Dior

Cologne Indélébile de Frédéric Malle

Cologne de Mugler

Eau de Mandarine Ambrée d’Hermès

Pour toutes les bourses

Eau de Cologne Bella Vita (Thé vert, Lavande) 14,50 $ pour 250 ml ou 24 $ pour 500 ml. Offerte dans les pharmacies

Eau de Cologne Nature (Fraîcheur naturelle, Fraîcheur lavande, Fraîcheur provençale) 9,99 $ pour 250 ml ou 12,99 $ pour 500 ml. Offerte dans les pharmacies

Eau de Cologne Mont St-Michel (Naturelle Classique, Ambrée Authentique, Fraîcheur Intense) 14 $ pour 250 ml ou 24 $ pour 500 ml. Offerte dans les pharmacies

Architecte des odeurs

Carlos Huber menait paisiblement une carrière d’architecte lorsqu’il a eu envie de prendre un virage important. Alors qu’il ne connaissait strictement rien à la parfumerie, il a décidé de se consacrer entièrement à cet art qui garde pour lui mille et un secrets.

« J’ai eu la chance de rencontrer un parfumeur qui m’a offert de me former pendant un an et demi. Cela m’a permis de découvrir les matières premières et les rudiments de la formulation », dit Carlos Huber.

Si Carlos Huber s’en remet aujourd’hui à deux créateurs, Rodrigo Flores-Roux et Yann Vasnier, cet apprentissage lui a permis de mieux comprendre le travail des chimistes et de pouvoir entretenir un dialogue sérieux avec eux. Sept ans après ce changement de cap, Carlos Huber possède sa propre maison de parfums, Arquiste. Celle-ci offre à ce jour une collection de 13 parfums et d’une demi-douzaine de bougies.

La Presse a rencontré Carlos Huber il y a quelques jours à la boutique Etiket où il était invité en tant que conférencier durant le week-end L’art du parfum. Celui-ci est revenu sur ses origines mexicaines, ses études en architecture qui l’ont mené en Europe et son installation aux États-Unis en 2011. Mais il a surtout parlé de sa passion pour la parfumerie et de l’histoire qui entoure chacune de ses créations.

« Pour moi, un parfum doit raconter une histoire. Dans mon cas, cette histoire est rattachée à un lieu, un moment. »

— Carlos Huber, propriétaire de la maison Arquiste

« J’ai toujours trouvé décevant la communication qu’il y a autour des parfums, ajoute-t-il. Je n’ai pas peur de le dire, mon concept est intellectuel. »

Le parfumeur se met alors à évoquer un petit pavillon en bois éphémère qui se trouvait dans un îlot à la frontière des Pays basques. C’est là que l’infante d’Espagne et le roi Louis XIV se sont rencontrés avant leur mariage. Ce moment historique chargé de romantisme a donné les parfums Fleur de Louis et Infante en flor.

Carlos Huber fait ensuite allusion à l’Opéra Comique, à Paris, et aux effluves de gardénia que laissaient les hommes à l’entracte. Cela a fait naître Boutonnière No 7. Il parle aussi des virées nocturnes qu’effectuait son père dans les années 70 dans les clubs d’Acapulco et qui lui ont donné l’idée du duo El et Ella.

C’est en 2011 que Carlos Huber a lancé officiellement sa marque. Il l’a fait avec six créations. « J’ai voulu que les gens aient, dès le départ, une idée claire de mon style et de ma signature. »

Puis, à un rythme d’environ un parfum par année, il a enrichi sa collection. 

« Un parfum, pour moi, doit susciter une émotion, J’aime l’idée que les gens puissent avoir les larmes aux yeux quand ils découvrent un parfum. » 

— Carlos Huber 

Le parfumeur était de passage à la boutique Etiket pour lancer sa 13e création. Sydney Rock Pool a vu le jour il y a deux ans lors d’un séjour en Australie. On a demandé à Carlos Huber d’imaginer un parfum qui illustrerait cette capitale.

« J’ai toujours été obsédé par le parfum naturel qui se crée sur la peau quand on sort de la mer. Il y a le sel, un fond de crème solaire… Je trouve cette odeur très sensuelle. »

Après avoir retravaillé la formule initialement lancée en édition limitée en Australie, Carlos Huber a décidé de rendre accessible ce parfum dans tous ses points de vente. En effet, Sydney Pool Rock fait voyager. Des effluves marins et de lait de coco émanent du flacon. On est transporté. On est en été.

Les parfums Arquiste sont offerts en exclusivité à la boutique Etiket (1832, rue Sherbrooke Ouest, Montréal).

Actualités parfumées

Du nouveau chez Parfums H

Juste à temps pour l’été, Parfums H, de la boutique Henriette L., accueille trois créations de la maison Via Dei Mille Sicilia. Inspiré par les souvenirs olfactifs de la distillerie de fleurs d’oranger qu’avait son grand-père, Stefano Alderuccio a imaginé des parfums tout en poésie. D’abord Zagara, qui célèbre la fleur emblématique de sa famille. Puis Madorlo qui, grâce à l’amande, réinvente le style poudré romantique. Finalement, Gelsomino, qui s’empare d’abord du jasmin avant de le remettre entre les mains du vétiver et du santal. 

220 $ pour 100 ml, offerts chez Parfums H (1031, avenue Laurier Ouest, Montréal)

Le nouveau Nez est arrivé !

Le cinquième numéro du passionnant magazine Nez est en kiosque. On y détruit le fameux mythe qu’un bon parfum est essentiellement fait de matières premières naturelles. Cela est archifaux. Tous les grands parfums, même s’ils incluent des matières nobles, sont également composés de matières synthétiques. Parmi les autres sujets, une entrevue avec le créateur Michel Almairac, qui nous dit que la plupart de ses créations contiennent moins de 30 matières, parfois seulement cinq. À lire absolument.

Vuitton pense aux hommes

Après avoir lancé, en 2016, sept créations féminines, Vuitton propose maintenant cinq parfums pour hommes. Le parfumeur maison, Jacques Cavallier Belletrud, est le maître d’œuvre de ces créations qui invitent au voyage. L’Immensité, Nouveau Monde, Orage, Sur la route et Au Hasard racontent des périples imaginaires grâce à des odeurs rares comme le baume du Pérou, le chocolat maya ou le bois d’oud d’Assam. À découvrir très bientôt dans les boutiques Louis Vuitton.

Des parfums pour orienter les malvoyants

Une expérience hors du commun est menée en ce moment à Rennes, en France. Dans chacune des stations de métro de la ville, un parfum a été créé afin d’aider les malvoyants à s’orienter. Une odeur iodée indique que vous êtes dans la station Poterie, une autre de menthe poivrée marque le territoire de la station Kennedy. Les organismes responsables de cette étude présenteront leurs conclusions dans quelques mois. D’ici là, ce sont tous les usagers qui peuvent bénéficier de cette aventure olfactive.

La séduction selon Gucci

Le nouveau Gucci Bloom est maintenant en magasin. Avec ses notes vertes, de tubéreuse, de jasmin, d’iris et de quisqualis indica – une fleur indienne –, ce floral capiteux d’Alberto Morillas offre un sillage enivrant. Il est le premier parfum créé par la maison italienne depuis l’arrivée du directeur artistique Alessandro Michele. Ce dernier décrit cette fragrance comme « un parfum audacieux » et « un bouquet abondant ». Ça sent déjà le succès. 

102 $ pour 50 ml ou 138 $ pour 100 ml, offert chez Holt Renfrew et Ogilvy

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