Musique et cinéma

La connivence des frères Bélanger

Au cours de l'été, La Presse vous présente des frères et sœurs de création. Cette semaine : Guy et Louis Bélanger.

Le cinéaste Louis Bélanger a fait appel au talent de compositeur et de musicien de son frère Guy afin de créer la trame sonore d’une dizaine de ses films, dont Gaz Bar Blues, Route 132 et Mauvaises herbes. Visiblement complices en entrevue, les créateurs sont persuadés que la qualité de leurs collaborations s’explique par les innombrables références musicales datant de leur enfance. 

Réunis autour d’une bière, quelques heures avant de rencontrer le musicien Steve Hill pour réfléchir à la trame sonore du prochain film, les frérots s’entendent pour dire que leur lien familial les sert énormément.

« On a partagé la même chambre et le même système de son durant des années, se souvient Louis. On a donc des références communes très fortes. Quand je dis que je voudrais que ça sonne comme le drum de Fred Gallo, Guy comprend exactement ce que je veux dire ! »

Accordant une place prépondérante à la musique dans ses films, le réalisateur sait exactement ce qu’il désire entendre dans chaque scène.

« Ses connaissances musicales sont très fortes. En tant que compositeur de trames sonores, j’ai compris qu’il fallait être au service. »

— Guy Bélanger, musicien

Louis suggère parfois à Guy de collaborer avec certains musiciens pour le déstabiliser. Et il adore être lui-même surpris par son frère. « Parfois, je demande à Guy de me faire rêver et de m’amener quelque part. Je ne contrôle pas tout, même si j’ai le dernier mot, car je sais ce que je veux dans la salle de mixage. »

respect mutuel

Cela dit, il affirme avoir de la difficulté à critiquer le travail de son grand frère. « Je ne suis pas musicien, même si je peux dire si un passage musical va se battre avec un dialogue ou un sanglot dans le montage. C’est difficile de faire des commentaires à mon frère. » Ce dernier réagit aussitôt. « Moi aussi, au début, j’avais peur de te décevoir ! C’était terrible. La signature de Louis est tellement forte. »

Le réalisateur a toujours voué un énorme respect à son aîné. Au tout début de l’entrevue, il a d’ailleurs pris soin de raconter que Guy était le pourvoyeur de culture pour l’ensemble de la famille, en faisant découvrir à ses six frères et sœurs des bandes dessinées, des revues culturelles ou le dernier album de l’heure. « Je n’ai pas eu à fournir d’efforts pour tomber dans la marmite culturelle, révèle Louis.

« Tout ce que j’avais à faire, à partir de mon lit, c’était de mettre la main par terre pour sélectionner une BD ou un exemplaire des revues Photos ou Cinéma Québec. »

— Louis Bélanger

Il ajoute qu’il doit carrément sa carrière à son aîné. « Chez nous, on ne jouait pas aux cow-boys et aux Indiens, on faisait des films. Guy nous mettait en scène dans la cour et on répétait jusqu’à ce que ce soit parfait. Plus tard, je prenais sa caméra super 8 en cachette, à laquelle je n’avais pas le droit de toucher, et je faisais semblant de faire des films avec. Je fais du cinéma à cause de lui. »

dévier de sa trajectoire

Pourtant, Guy Bélanger ne se destinait ni au septième art ni à la musique. « À 14 ans, je voulais être bédéiste, raconte-t-il. Je fumais des cigarettes en papier et j’avais inventé le bureau d’une salle de rédaction au sous-sol. » Son petit frère se remémore l’époque en riant. « Il parlait à la française ! Il disait “Les rotatives tournent !” et “On est à la bourre !” »

Étudiant en dessin publicitaire à la polyvalente de Beauport, Guy Bélanger a finalement bifurqué vers la musique, sous le regard admiratif de Louis. « Quand j’étais ti-cul, j’allais dans les bars et je le voyais revirer la place à l’envers. Avec mes chums, j’étais fier de dire que c’était mon frère. »

« J’ai essayé, moi aussi, de jouer de l’harmonica, mais je me suis rendu compte que je n’arriverais jamais à la cheville de Guy ! J’ai décidé que la musique ne serait pas pour moi, parce qu’il le faisait trop bien. »

— Louis Bélanger

Enregistrant par la suite avec une multitude d’artistes de renom (Céline Dion, Les Colocs, Jean-Pierre Ferland, Véronic DiCaire, La Chicane, Lynda Lemay, le Cirque du Soleil et tant d’autres), le musicien a sorti un premier album de son propre matériel en 2008.

« Je me rappelle qu’en entrevue, je n’arrivais pas à trouver la phrase parfaite pour décrire mon travail, relate Guy Bélanger. Puis, je me suis souvenu d’un truc que disait Louis : on est des ouvriers, comme des bijoutiers ou des cordonniers. On travaille fort. On est minutieux. Et on aime travailler en équipe. »

Le grand public pourra découvrir le fruit de leur prochaine collaboration à l’automne 2019, lorsque sortira le prochain film de Louis Bélanger.

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