Serge Fiori et Richard Séguin

La liberté

FOLK
Deux cents nuits à l’heure XL
Fiori-Séguin
Sony Music
Disponible en formats CD, vinyle 180g deluxe et numérique

Le classique Deux cents nuits à l’heure de Serge Fiori et Richard Séguin est réédité pour son 40e anniversaire. Avec de la musique folk progressive aussi libre d’esprit, serait-il possible aujourd’hui que six des sept pièces de l’album tournent à la radio comme à l’époque ? Permettez-nous d’en douter. Si un mot résume Deux cents nuits à l’heure, c’est « liberté ».

« Le mot-clé de tout cela, c’est vraiment la liberté, lance Richard Séguin. La liberté de la rencontre, de la création des musiciens, des radiodiffuseurs. À l’époque, des animateurs faisaient jouer des albums au complet. »

« C’était une époque où les musiciens étaient libres », renchérit Serge Fiori.

« Et la fin d’une décennie importante », ajoute Séguin.

Pendant la création de l’album, Serge Fiori sentait la fin d’Harmonium alors que Richard Séguin voulait s’éloigner du folk des Séguin. Résultat : le folk progressif à la fois québécois et international de Deux cents nuits à l’heure. « Michel Rivard devait être là, mais il est tombé amoureux d’une fille en Belgique », raconte Fiori.

Deux cents nuits à l’heure, sorti en 1978, s’est vendu à 200 000 exemplaires. Six des sept chansons, dont Viens danser et Chanson pour Marthe, ont joué à la radio.

De Magog à Sainte-Adèle

« Tout part du Café du Quai », signale Richard Séguin.

C’est au Café du Quai, ouvert à Magog en 1971, aussi fréquenté par Jim et Bertrand, Michel Garneau et Raôul Duguay, que Fiori et Séguin sont devenus amis. « C’était un endroit où on décompressait de nos groupes et où on explorait », relate le deuxième.

Au fil du temps, Fiori et Séguin ont fait des expérimentations musicales et des séances d’écriture. Puis est venue l’idée de faire un album. Or, il fallait trouver un endroit pour l’enregistrer. « On avait demandé à un agent immobilier de nous trouver une maison », raconte Séguin.

« Finalement, on s’est retrouvés à Sainte-Adèle dans un club abandonné appelé Playboy. Il y avait des pièces avec des poles, des miroirs et des lits en cœur. »

— Serge Fiori

La rumeur veut que Séguin soit parti à la fin de l’enregistrement parce que le projet était devenu trop ambitieux. « Cette rumeur a été amplifiée », dit-il aujourd’hui.

Une chose est certaine : Fiori et Séguin n’ont fait que quelques spectacles ensemble, en Europe et en Gaspésie, bien que la demande ait été très forte.

« On aurait pu faire une criss de run », lance Fiori qui, encore aujourd’hui, a des troubles anxieux qui l’empêchent de monter sur scène.

Un album d’espoir

Pour Fiori et Séguin, Deux cents nuits à l’heure est un album lumineux et d’ouverture.

« Il y avait beaucoup d’espoir. Surtout quand je pense à la chanson Ça fait du bien, celle qui me touche le plus sur l’album », dit Séguin.

« Je la faisais même à la fin des rappels de la tournée de L’Heptade avec Harmonium, car elle me faisait du bien », raconte Fiori en riant.

Pour Richard Séguin, Deux cents nuits à l’heure constitue « un tournant », à la fois musical et social, avant le référendum. L’album incarne aussi le Québec comme « un foyer des influences françaises, de la tradition française, mais aussi du rock britannique ».

« C’était la fin des bands, note Serge Fiori. La fin d’Octobre, des Séguin, de Beau Dommage et d’Harmonium. Il y avait un essoufflement… »

« Se retrouver »

Le texte de la chanson La moitié du monde aurait pu être écrit en 2018. Il porte sur les fausses apparences et pourrait être une critique des réseaux sociaux.

« Y’a la moitié du monde qui mord dans le présent […]/Qui cachent leur douleur derrière des mots qui résonnent faux/D’autres qui se trouvent vraiment trop beaux qui font mal à regarder. »

— Paroles de La moitié du monde

« À la fin de la tournée de L’Heptade, c’était les arénas, les effets spéciaux… J’étais complètement disjoncté. C’était l’événementiel avant tout et cela m’éloignait de l’écriture. Je ne voulais pas me perdre là-dedans et c’est pour cela que ça me faisait du bien de retrouver Richard », raconte Fiori.

Éloge de la créativité

Et s’ils avaient à décrire leur rôle respectif au sein du tandem ?

« Lui, c’est l’alchimiste. Moi, le magicien », lance Séguin, faisant éclater de rire Fiori.

« C’était un titre d’un article dans le journal », rappelle ce dernier.

« Dans la magie, il y a un côté chamanique. Dans l’alchimie, il y a la compréhension des équations, précise Séguin. Serge a une vision orchestrale. »

« Et toi, c’est l’envolée, lui répond Fiori. Puis on se rejoint dans le cœur. »

C’est connu, Fiori a eu des hauts et des bas. Il se dit encore en « burn-out ». Dans un monde idéal, la musique ferait toujours en sorte que « le poil des bras [lui] lève ».

Fiori voudrait pouvoir rester à 100 % dans la création sans se préoccuper des aspects du métier plus commerciaux ou reliés à la performance.

C’est par ailleurs ce qui sauvera l’industrie de la musique, croit Richard Séguin. « Il faut rester dans la créativité. C’est le seul espoir. »

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