Personnalité de la semaine 

Louise Lemieux Bérubé

Son œuvre intitulée Henri Richard, un grand parmi les grands, accrochera le regard des gens qui visiteront la Place Bell de Laval pour un match de hockey ou un spectacle. Louise Lemieux Bérubé, pionnière du tissage contemporain, est notre personnalité de la semaine.

C’est à la Place Bell que nous avons rencontré l’artiste Louise Lemieux Bérubé, quelques jours après le vernissage de son œuvre. Le hockey n’est pas son sport préféré, mais il occupe une place importante dans sa vie.

« Mon mari, Jacques Bérubé, était réalisateur à La soirée du hockey, raconte-t-elle. L’œuvre de la Place Bell réunit nos deux passions. »

Adolescente, Louise Lemieux Bérubé voulait être artiste et enseignante. Avant de réaliser son rêve sur le tard, elle a fait son cours de secrétariat pour dénicher un boulot à l’agence de publicité McLaren, qui détenait les droits publicitaires de La soirée du hockey. « C’est là que j’ai rencontré Jacques. »

Après leur mariage et la naissance de leurs deux enfants, la Montréalaise a pu enfin se consacrer à sa passion pour l’art. Elle a étudié en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal, puis elle a fait une formation en tissage au métier Jacquard à la Rhode Island School of Design.

« Ma vie artistique a commencé alors que j’avais 40 ans. »

Tissage et technologie

Si l’artiste est associée à une forme d’art traditionnel, le tissage, son approche est résolument contemporaine, y compris sur le plan technique. La Montréalaise s’illustre sur la scène artistique internationale pour ses œuvres tissées à la main sur un métier Jacquard électronique à partir de photos numérisées.

En d’autres mots, ses tissages reconstituent des images intégrées par ordinateur, grâce à un logiciel appelé Pointcarré, à la création duquel elle a participé.

L’artiste avait toujours rêvé de pouvoir reproduire des images ou des dessins tissés, et non pas seulement des motifs.

« Pour en faire des œuvres », résume-t-elle.

Louise Lemieux Bérubé aime se retrouver dans un cocktail et répondre à qui lui demande ce qu’elle fait : « Je suis tisserande. » « Des gens pensent à leur grand-mère sans m’en demander plus, alors que d’autres me posent plus de questions sur ma démarche. »

À la Place Bell

De loin, on peut penser que sa création tissée Henri Richard, un grand parmi les grands – choisie parmi 17 candidatures –, n’est qu’une photo reproduite sur une banderole. Un échantillon accroché au bas du mur d’entrée de la Place Bell permet toutefois aux visiteurs de constater de près qu’il s’agit d’un tissage. « Je voulais que les gens puissent toucher. »

Louise Lemieux Bérubé a retravaillé et converti en noir et blanc des photographies d’archives, en plus d’utiliser une photo de foule d’aujourd’hui et de reprendre un extrait du poème inscrit sur le mur du vestiaire du Canadien de Montréal.

« C’était une demande de Jacques. »

Pour elle, avoir reproduit avec des chaînes de fils de couleur plusieurs nuances de noir et blanc relève de  l’« exploit technique ».

Renommée internationale

Pionnière dans son domaine et passionnée par le partage des connaissances, Louise Lemieux Bérubé a cofondé en 1989 le Centre des textiles contemporains de Montréal, qu’elle a dirigé pendant plus de 20 ans. « Le programme était basé sur l’utilisation des technologies nouvelles dans le textile. »

Louise Lemieux Bérubé a exposé un peu partout dans le monde, notamment en Chine et au Japon.

En 2013, elle a reçu la médaille de chevalière de l’Ordre national du Québec et, en 2015, celle de l’Ordre du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Elle a aussi été conseillère municipale pendant plus de 12 ans à LaSalle, en plus de présider le Conseil des métiers d’art et d’être membre de plusieurs conseils d’administration, dont celui de la Place des Arts. C’est là qu’est né son grand intérêt pour la danse.

En haut de l’escalier du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, on peut par ailleurs admirer son œuvre Le dernier déjeuner sur l’herbe, qui renvoie bien sûr à Manet, mais qui fait surtout un clin d’œil à la fresque de Léonard de Vinci La Cène. Elle y a combiné une photographie de Ronald Labelle – du spectacle de danse Cérémonie présenté en 1972 – à une photo de paysage qu’elle a prise elle-même.

« Mes œuvres qui se vendent le plus portent sur la danse », souligne-t-elle.

La tisserande a aussi créé des œuvres tissées avec du relief, voire tridimensionnelles – dont sa fameuse série « Rodin et Claudel » –, grâce à des semblants de fils en acier inoxydable, cuivre ou laiton. « Il a fallu faire beaucoup d’expérimentation. C’est compliqué ! »

Louise Lemieux Bérubé, qui a réalisé son rêve de devenir artiste et enseignante plus tard que prévu, le répétait à ses étudiants : « Il faut vouloir jusqu’au bout ».

Or, son parcours lui a servi. Avoir travaillé à l’agence McLaren lui a permis d’apprendre l’anglais et de rencontrer son mari à travers les coulisses de La soirée du hockey.

« De faire une œuvre sur Henri Richard boucle la boucle », conclut-elle.

Louise Lemieux Bérubé en quelques choix

Une auteure

Magaret Atwood

Un film

Harold et Maude

Un personnage historique

Léonard de Vinci

Un artiste visuel que vous admirez

Nadia Myre

Une phrase

« Ne tuons pas la beauté du monde. »

Une cause qui vous tient à cœur

Le vivre-ensemble

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