D’autres accusations récentes de plagiat

LE CAS ROBINSON

Il aura fallu 18 ans pour que se conclue le feuilleton judiciaire autour de l’œuvre du dessinateur québécois Claude Robinson, qui a commencé en 1996. La Cour suprême a finalement statué en 2013 que la firme Cinar avait plagié le dessin animé Robinson Curiosité, signé Claude Robinson, pour créer une série animée, Robinson Sucroé. Ce cas fait jurisprudence sur la façon d’aborder certains litiges de droit d’auteur. 

BLURRED LINES, DE ROBIN THICKE ET PHARRELL WILLIAMS

Le duo de créateurs a été accusé d’avoir plagié la chanson Got to Give It Up de Marvin Gaye avec son mégasuccès de 2013 Blurred Lines. Il aura fallu cinq ans pour qu’un jugement soit rendu dans cette affaire. Les auteurs ont été condamnés il y a quelques mois à verser 5 millions US et 50 % de toutes les recettes futures de leur chanson aux enfants de Marvin Gaye.

ED SHEERAN

L’interprète de Thinking Out Loud n’en était pas à sa première accusation de plagiat lorsqu’il a été poursuivi pour des similitudes avec Let’s Get It On de Marvin Gaye. Le chanteur Matt Cardle l’avait également accusé d’avoir copié sa chanson Amazing pour composer le titre Photograph. Les deux artistes ont finalement conclu une entente à l’amiable. De plus, le succès Shape of You est très inspiré de No Scrubs de TLC, si bien qu’Ed Sheeran a crédité le groupe R&B pour sa chanson. 

FEAR THE WALKING DEAD

Les films et séries télé n’échappent pas au risque de controverse. L’auteur de la bande dessinée Dead Ahead, Mel Smith, prétend qu’une scène de la saison 2 de la série Fear the Walking Dead, dérivée de l’univers de la franchise The Walking Dead, est inspirée par son œuvre. Notons ici que la poursuite de l’écrivain se base surtout sur le fait que son ancien agent, David Alpert, est l’un des coproducteurs délégués de la série, ainsi que l’agent de l’auteur de la saga de livres originale The Walking Dead.

VIDÉOCLIP

CALVIN HARRIS A-T-IL PLAGIÉ DES ARTISTES MONTRÉALAIS ?

De nombreux éléments du plus récent clip du renommé DJ Calvin Harris, Giant, ressemblent à l’univers créé quelques mois plus tôt par le réalisateur Adrian Villagomez et le producteur Apashe pour la chanson de ce dernier, Majesty. Les créateurs montréalais dénoncent un plagiat. Il reste que ces litiges, fréquents dans le milieu artistique, sont difficiles à prouver. Explications.

Le vidéoclip de Majesty est sorti en novembre dernier. Adrian Villagomez, Apashe et le rappeur Wasiu, qui collabore à la chanson, ont eu toute une surprise quand, deux mois plus tard, le producteur Calvin Harris a dévoilé le vidéoclip de Giant, un titre sur lequel chante le Britannique Rag’n’Bone Man.

« Quand j’ai regardé [le clip de Harris], ça a été un peu dur à digérer », révèle Apashe.

Des protagonistes en survêtements colorés à cheval, la forêt et une carrière en guise de décor, des tons rosés et bleutés dans l’étalonnage des couleurs… Seules quelques scènes de Giant ressemblent à la vidéo de la chanson d’Apashe et de Wasiu. Mais les ressemblances « flagrantes » retrouvées dans le clip de Harris, réalisé par Emil Nava, ont eu vite fait de convaincre les artistes montréalais qu’il ne s’agissait pas d’une simple coïncidence.

« C’est tellement évident qu’ils ont fait plus que s’inspirer », estime Wasiu.

« Il n’y a aucun hommage, ils font juste prendre [le concept] et se dire que personne ne va le voir. »

— Apashe

« On n’a pas de brevet sur les scènes à cheval ni sur les tracksuits ou le décalage des couleurs », lance Adrian, qui avoue avoir été « un peu plus flatté qu’amer » de voir sa création possiblement imitée par Calvin Harris et Emil Nava. « Notre vidéo elle-même est remplie d’inspirations. Mais toutes ces choses en même temps, avec les mêmes sortes de plans… Trop de similitudes, ça peut devenir insultant. »

CALVIN HARRIS RÉPLIQUE

Las de voir la création d’un artiste moins connu être calquée par un autre qui a beaucoup plus de notoriété, Apashe a décidé d’interpeller Calvin Harris sur Twitter. Dans des tweets maintenant supprimés pour la plupart, le DJ écossais a démenti qu’il s’agissait de plagiat.

« Jette un coup d’œil à la référence, qui date de 2014, et arrête d’insulter les légendes », a écrit Harris à Apashe, en publiant un lien vers un article de VICE à propos d’adolescents irlandais qui se promènent à cheval dans des milieux urbains vêtus de leurs survêtements Adidas et Nike. 

Après quelques échanges entre les deux producteurs, alors que des dizaines d’internautes se sont joints à la conversation, Harris a conclu : « C’est bien qu’on aime les mêmes choses, c’est une joyeuse coïncidence. »

« Il a tout nié, c’est ce qui m’a le plus énervé, affirme Wasiu. Il aurait pu dire qu’ils avaient vraiment aimé et qu’ils avaient été inspirés. »

Les relationnistes de Calvin Harris et du réalisateur Emil Nava n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

DES CAS DIFFICILES

Le groupe de créateurs québécois ne compte pas porter cette histoire devant les tribunaux. Pourtant, l’avocat spécialisé en droit d’auteur Bertrand Menon croit qu’il y a là une cause pour laquelle « les avocats doivent se bousculer ».

« Je comprends qu’il y ait un malaise, soulève-t-il après avoir visionné les deux vidéos. On voit qu’il y a une ressemblance claire entre les deux. »

En musique, des histoires de plagiat défraient souvent la chronique. Le groupe Led Zeppelin a été visé par plusieurs accusations du genre, notamment pour la mythique Stairway to Heaven. Ed Sheeran se bat présentement en cour contre les héritiers du producteur Ed Townsend, coauteur de la chanson Let’s Get It On avec Marvin Gaye, qui accusent le Britannique d’avoir repris plusieurs éléments du titre de 1973 pour sa populaire Thinking Out Loud, sortie en 2014.

Un jury aura le dernier mot dans cette affaire, mais, « la plupart du temps », ces litiges se concluent à l’amiable, explique Me Menon.

« Personne n’a vraiment intérêt à aller devant un juge et à faire un pile ou face. Chaque cas est différent. Il y a une analyse substantielle à faire chaque fois. »

— Bertrand Menon, avocat

« REBONDIR ET CRÉER AUTRE CHOSE »

Le cas récent de l’humoriste Gad Elmaleh, qui aurait repris les blagues de plusieurs autres artistes dans ses propres spectacles, illustre que les questions de plagiat s’étendent à toutes les sphères de création.

« La question à 100 piastres, c’est de déterminer où est la ligne entre l’inspiration et le plagiat », explique Bertrand Menon.

Il y a deux conditions pour qu’une œuvre soit protégée par le droit d’auteur, explique-t-il : d’abord, elle doit être originale, donc, à la base, ne pas être une copie d’une autre création ; il faut ensuite qu’elle soit fixée sur un support. Une idée n’appartient à personne tant qu’elle n’a pas été concrétisée.

Pour qu’on puisse parler de plagiat, « on doit se demander si c’est une œuvre originale et si une partie importante de l’œuvre a été reprise, soutient Me Menon. Dans le cas [des clips d’Apashe et de Calvin Harris], la réponse est oui, aux deux. »

Un autre critère à considérer est l’accès à l’œuvre originale, poursuit l’avocat. Des personnes se défendent souvent en affirmant n’avoir eu aucun moyen d’accéder à la création prétendument pillée. « Dans le cas de deux artistes dans la même industrie, dans le même style musical et à deux mois d’intervalle, au sens du droit d’auteur, il y a quelque chose ici », note-t-il.

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