La Presse à Ottawa

« Tout le monde à Kanata essaie de digérer la nouvelle »

L’enquête sur l’accident d’autobus s’annonce « longue, détaillée et complexe », prévient la police d’Ottawa. La conductrice a été relâchée, mais l’identité des victimes n’avait toujours pas été révélée hier.

« Kanata est une petite communauté. Il ne peut pas y avoir une tragédie de cette ampleur-là sans que des dizaines de familles soient touchées de près ou de loin. »

Le téléphone du conseiller municipal du quartier Kanata-Sud, Allan Hubley, n’a pas dérougi depuis vendredi. M. Hubley a passé sa journée à multiplier les appels chez les uns et les autres. L’autobus à impériale d’OC Transpo qui a embouti un abribus à la station Westboro en pleine heure de pointe vendredi à Ottawa se rendait, en trajet express, du centre-ville à la banlieue de Kanata, dans l’ouest de la ville.

La tragédie routière a fait trois morts et 23 blessés. Hier encore, l’Hôpital d’Ottawa faisait état d’un patient qui reposait dans un état critique et de six autres victimes qui se trouvaient dans une « condition médicale sérieuse ». Les circonstances entourant le drame qui a secoué la capitale nationale demeurent à ce jour totalement inexpliquées.

« Je pense pouvoir dire sans me tromper que tout le monde à Kanata essaie de digérer la nouvelle. Et pour ceux dont les proches sont toujours à l’hôpital, eh bien, ils sont inquiets », a illustré M. Hubley. « [Hier], la priorité était surtout que les autorités policières et les intervenants sociaux arrivent à faire leur travail comme il se doit. »

Une proche du conseiller municipal du secteur de Kanata, qui compte quelque 90 000 habitants, figure d’ailleurs au nombre des blessés. L’élu n’a pas voulu fournir de détails sur son état de santé, ni même préciser leur lien de parenté. C’est qu’hier, Ottawa se relevait difficilement des évènements alors que l’enquête policière s’amorçait à peine.

Le Service de police d’Ottawa n’a d’ailleurs pas révélé l’identité des trois victimes, pas plus que leur âge ni leur sexe. « Nous travaillons avec le Bureau du coroner et nous voulons être certains des identités avant de les révéler. […] La démarche d’identification est complexe », a indiqué le chef de police, Charles Bordeleau, devant la presse en début d’après-midi.

Par l’entremise du lancement d’une campagne de sociofinancement en ligne, La Presse a pu retrouver les amies d’une jeune femme grièvement blessée . La victime aurait perdu l’usage d’une jambe et aurait été plongée dans un coma artificiel. Il a été impossible de confirmer ces informations et ses proches nous ont expliqué souhaiter vivre cette épreuve dans l’intimité.

Scène désolante

Les enquêteurs de l’Unité d’enquête sur les collisions du Service de police d’Ottawa ont passé la nuit de vendredi à hier sur les lieux de l’accident à passer au crible chaque détail de la scène, et ce, par un froid extrême. À l’arrivée de La Presse en matinée, l’autobus à impériale n’avait pas bougé d’un pouce. À la lumière du jour, on pouvait mieux constater l’ampleur des dégâts.

Toute la partie supérieure droite avant de l’autobus a été défoncée lors de la collision avec l’abribus, notamment par l’auvent de l’installation. L’accident s’est produit vers 15 h 50 dans une voie de transit, réservée aux autobus, de la station Westboro. Les abribus à auvent situés à cet endroit se trouvent tout juste en bordure de la voie d’accès, qui décrit une légère courbe.

Ce n’est qu’en fin de journée hier que l’autobus accidenté a été déplacé par un remorqueur plus loin sur la voie de transit. Une fois le flanc droit du véhicule dégagé, les enquêteurs ont pu approfondir leurs recherches. D’autres autobus à impériale ont été appelés en renfort hier pour réaliser une série de tests sensiblement à l’heure à laquelle la collision est survenue la veille.

« Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça », a confié Tran, qui avait été témoin de la scène. « Je m’en allais prendre l’autobus, j’allais au centre-ville, et tout juste avant que j’atteigne la passerelle [qui surplombe la voie de transit], j’ai entendu un fort bruit. Il y a des travaux pas loin, je croyais qu’une grue avait laissé tomber quelque chose. »

« Quand j’ai entendu les cris, j’ai compris qu’il s’agissait d’une catastrophe. »

— Tran, témoin de la scène

Gabriel Rivett-Carnac, qui habite tout près de là, a été alerté lorsqu’il a entendu le son soutenu des sirènes. « Il devait y avoir au moins une trentaine de voitures d’urgence », a-t-il relaté à La Presse. « Les pompiers avaient coupé le pare-brise et essayaient de briser la vitre de l’étage. Ils coupaient aussi des sièges. C’était évident qu’il y avait plusieurs blessés. »

Enquête « longue, détaillée et complexe »

La police d’Ottawa s’est faite avare de commentaires sur l’état d’avancement de l’enquête policière. La conductrice de l’autobus, qui avait été arrêtée directement sur la scène de l’accident, a été relâchée hier matin, « sans condition ». Le chef de police n’a pas voulu expliquer les circonstances ayant mené à l’arrestation de la femme.

« C’est un fait qu’elle a été arrêtée hier soir et amenée au poste de police », a réaffirmé M. Bordeleau. « Mais c’est important qu’on n’arrive pas à des conclusions qu’à partir de ce fait-là », a-t-il ajouté, sans toutefois exclure la possibilité que des accusations soient portées au terme de l’enquête. « Les faits seront examinés à savoir si des infractions ont été commises. »

Impossible pour l’heure de savoir quelle thèse est privilégiée ni même lesquelles sont écartées à ce stade par les enquêteurs. À quelle vitesse circulait l’autobus ? Quel était l’état de la chaussée ? Autant de questions qui sont demeurées sans réponse hier. « C’est certain que nous avons des théories, mais nous allons prendre cette enquête une étape à la fois. »

Par ailleurs, les autorités préviennent que l’enquête sera « longue, détaillée et complexe », promettant que « toutes les facettes » de la collision seront examinées. « Nous voulons déterminer la cause de la collision afin de tirer des leçons et prévenir d’autres tragédies », a expliqué le chef Bordeleau, qui était accompagné de l’un de ses enquêteurs, Cameron Graham.

Appel à témoins

La police d’Ottawa estime que l’autobus à impériale était « à pleine capacité ou presque » et qu’il devait donc transporter environ 90 personnes. Un nombre indéterminé d’usagers de la station Westboro se trouvait aussi dans les environs. Hier encore, les autorités policières cherchaient à retrouver des témoins de l’accident et même des passagers de l’autobus.

C’est que plusieurs passagers ont fui dans un mouvement de panique après la collision. « Nous voulons parler à tout le monde », a insisté le chef Bordeleau. Le nombre élevé de témoins et de blessés complexifie notamment le travail d’enquête. Transports Canada et le ministère des Transports de l’Ontario agissent en soutien à la police d’Ottawa.

Les équipes policières ont finalement libéré la scène de l’accident vers 19 h. Les drapeaux des édifices municipaux d’Ottawa et de Gatineau ont été mis en berne par égard pour les victimes et les familles endeuillées. Un livre de condoléances sera disponible à l’hôtel de ville d’Ottawa à compter de demain.

« Nous savons ce qui s’en vient aussi », a rappelé le conseiller Hubley. « Il y aura des funérailles et des familles auront possiblement besoin d’aide pendant un bon moment. Notre devoir sera de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’elles passent à travers cette épreuve. Nous serons là pour elles, peu importent leurs besoins. »

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