Bob Bissonnette : Rockstar – Pis pas à peu près

L’homme derrière le phénomène

« Je l’ai fait pour moi, la famille, les chums, les fans et tous ceux qui n’ont pas eu la chance de croiser son chemin. »

La mort de Roberto « Bob » Bissonnette, dans un tragique accident d’hélicoptère le 4 septembre 2016, à 35 ans, a solidement ébranlé Bruno Lachance – l’onde de choc s’est répandue partout au Québec. Il s’est lancé dans le projet un peu fou de tourner un documentaire sur ce marchand de bonheur afin de révéler l’homme derrière le phénomène. C’en était tout un. Assez pour attirer 7000 personnes hier au stade Canac, à Québec, pour la projection du film… « Ça va être particulier ! », comme disait le réalisateur.

Présenté à sa famille et à ses amis intimes hier matin, le long métrage a généré beaucoup d’émotion et de rires, à l’image de ce passionné qui plaçait amour et amitié au-dessus de tout.

Pas juste un bon vivant

Bob Bissonnette : Rockstar – Pis pas à peu près trace le portrait d’un chansonnier punk-folk charismatique et avenant, qui savait jouer de l’autodérision à propos de son talent limité pour s’attirer encore plus de sympathie. Un gars qui brûlait (un peu) la chandelle par les deux bouts, qui incarnait sa devise à fond : Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie.

En marge de l’industrie et des médias, le bon vivant a réussi à remplir des salles de convaincus, dans une débauche de bière et de sueur. De loin, il symbolise le gars de party, un peu tête brûlée. Rien n’est moins vrai.

Roberto Bissonnette a grandi à Sainte-Foy, benjamin d’une famille de cinq. Ses parents lui transmettent leur amour de la musique : le garçon jouera du violon pendant neuf ans. Mais très tôt, comme bien des petits Québécois, Roberto ne vit que par et pour le hockey. Par la seule force de sa détermination et de sa volonté, ce qui lui servira plus tard, il parvient à grimper les échelons jusqu’à la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Son premier entraîneur chez les Olympiques de Hull sera un certain… Claude Julien. L’entraîneur du Canadien n’a que de bons mots pour Bissonnette. Parce que le jeune homme s’impose comme un joueur qui fait passer l’équipe avant tout. Il se bat souvent, mais il marque aussi des buts. Au point de devenir capitaine, ce qui en dit long sur ses capacités de rassembleur.

Son coup de patin déficient le pousse toutefois à la retraite. Lui qui grattait la guitare avec sa gang dans le garage d’un chum va d’ailleurs en faire une chanson. Un trait de génie : en alliant hockey et musique, il va rapidement susciter l’intérêt. Et le cultiver.

Le titulaire d’un baccalauréat en marketing est une machine à idées. Dès 2010, ce travailleur acharné va se servir de sa tête et des réseaux sociaux pour entretenir sa marque de commerce. Lorsque le chanteur extrêmement populaire part en tournée – 550 spectacles en six ans, jusqu’en Suisse (!) –, la camionnette est remplie de produits dérivés.

Avec des titres comme Chris Chelios, Les barbes de séries, Chantal Machabée (« le plus bel hommage de ma vie », dira-t-elle), le succès est au rendez-vous dans tous les coins de la province, mais on le snobe en haut lieu. Trouve-t-on ses paroles trop vulgaires ?

Il attendra en vain une invitation au Festival d’été de Québec. Ou à Tout le monde en parle. Anecdote parmi d’autres : il restait parfois assis dans son véhicule à ressasser ce qu’il dirait à Guy A. Lepage…

Cinquante-cinq entrevues

Bruno Lachance et sa conjointe, Marie-Claude, ont consacré un an et demi à recueillir les témoignages de proches, amis, musiciens de tournée et anciens coéquipiers, dont Maxime Talbot. L’émotion est souvent à fleur de peau. Il a fallu faire des choix difficiles parmi ces 40 heures d’entretiens et des dizaines d’heures d’archives (sur la glace et sur scène).

Ce qui explique qu’on passe assez rapidement sur les aspects plus sombres de sa personnalité survoltée et sa consommation excessive d’alcool, qui inquiétait un peu tout le monde, lui compris. Difficile, dans le contexte, d’en tenir rigueur à Bruno Lachance.

De toute évidence, Roberto « Bob » Bissonnette avait un cœur gros de même. Pour chacun. Ce qui le rendait si attachant.

Présent à la projection, Cyrille Barette a bien résumé : « C’est un gars que j’aimais beaucoup. En voyant le documentaire, j’ai compris pourquoi. »

En salle le 20 septembre. Le DVD du film pourra être acheté en magasin et en ligne à partir du 19 novembre.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.