HOCKEY

Ils ont dit

« Si les partisans de Montréal regardent un tant soit peu la Coupe du monde, ils savent ce qui les attend. Shea Weber est un homme incroyable, un excellent leader, et un défenseur hors pair qui, à mon avis, aurait dû gagner le trophée Norris au moins une fois dans sa carrière. Je pense que c’est un échange qui peut servir les deux équipes. »

— David Poile, directeur général des Predators

« C’est surréel. Sa présence, son énergie… C’est un gars amusant et chaque fois qu’il est dans la même pièce que vous, vous sentez la différence, l’atmosphère est positive. »

— Ryan Johansen, attaquant

« Tout le monde est gentil à Nashville, trop gentil, même. C’est impossible de ne pas se sentir à l’aise. Je suis ici depuis six jours, et j’ai l’impression que j’y suis depuis six ans. J’ai vraiment hâte que ma famille arrive ici pour ressentir ce que moi je ressens. »

— P.K. Subban

« On a changé la chimie et la culture de notre équipe. On espère que ce sera un changement positif, mais on ne le sait pas pour le moment. Il va falloir jouer pour le savoir. Alors ça ne fait pas de doute, c’est un pari qu’on a fait. »

— David Poile

Le rêve de P.K.

NASHVILLE — Quand on lui fait remarquer que sa séparation d’avec le Canadien peut s’apparenter à une peine d’amour, P.K. Subban hoche la tête.

« Il y a eu des hauts et des bas sur le plan émotionnel, au cours des derniers mois, admet le joueur. Ça, c’est certain. »

C’était hier au Bridgestone Arena de Nashville, le nouveau foyer de P.K. Subban. Il portait ses nouvelles couleurs, celles de sa nouvelle équipe, et plaisantait avec ses nouveaux coéquipiers.

Mais tout n’était pas nouveau autour de lui : quelques journalistes de Montréal avaient fait le voyage. C’était la preuve de l’appétit insatiable pour le hockey dans la métropole, mais peut-être surtout de la place privilégiée qu’avait prise Subban dans le cœur de bien des partisans du Canadien.

« Jouer à Montréal pendant six ans, me faire repêcher par cette équipe en 2007… J’ai connu beaucoup de grands moments avec cette équipe ; plus de moments positifs que de moments négatifs. »

— P.K. Subban

Si sa séparation d’avec le Canadien peut avoir des airs de peine d’amour, Subban, lui, n’a rien de l’amant plein de fiel pour son ex. Hier, aucun mot déplacé à l’endroit de Montréal, aucune pointe, pas le moindre regret.

« J’ai adoré Montréal, j’ai tout adoré là-bas. J’ai aimé la ville, j’ai aimé les médias, j’ai aimé l’atmosphère. Oui, il y a beaucoup de bruit autour de l’équipe. Mais c’est une ville passionnée qui aime son hockey. Je ne peux pas revenir sur mon passage à Montréal et dire : j’aimais ceci, mais je n’aimais pas cela. C’est un tout. C’est ça, être joueur du Canadien de Montréal. »

LA PIÈCE MANQUANTE ?

P.K. Subban est souvent présenté comme un homme spontané et imprévisible, capable de remplir les calepins des journalistes. La vérité, c’est qu’il est un joueur éloquent, certes, mais toujours réfléchi et posé dans ses réponses.

Hier, les journalistes montréalais ont tenté de l’entraîner sur un terrain glissant. L’affaire « Therrien-Pacioretty » ? « Je suis un joueur des Predators, un point c’est tout. Je ne me concentre plus sur ce qui se passe dans le vestiaire du Canadien », a dit Subban.

Les raisons de l’échange-surprise de cet été ? « Je dois tourner la page. Un échange a été fait et je dois regarder en avant », a-t-il répondu.

Subban a paru s’animer vraiment pour une seule question. « Beaucoup de gens vous présentent comme la pièce manquante dont les Predators avaient besoin pour gagner la Coupe. Cette pression n’est pas un peu trop grande ? », a demandé une journaliste locale.

Une lueur est apparue dans le regard de Subban. Les journalistes de Montréal, qui l’ont entendu parler de la Coupe mille fois, avaient une idée de ce qui allait suivre. Ceux de Nashville en ont peut-être appris davantage sur l’homme avec cette réponse qu’avec toutes les autres réunies.

« Je n’ai jamais eu peur de me mettre de la pression. Je n’ai jamais eu peur de dire que je voulais gagner la Coupe Stanley. C’est la première chose que j’ai dite quand j’ai été échangé à Nashville : je veux gagner la Coupe. À Montréal, c’était intéressant parce qu’on avait la chance de gagner la 25e Coupe Stanley. À Nashville, on a la chance d’en gagner une première, et c’est immense, ça aussi. »

« UN GARS SUPER COMPÉTITIF »

L’atmosphère en ce début de camp à Nashville ne pourrait être meilleure. L’équipe a connu une belle fin de saison. Ses séries, avec une élimination au second tour, ont prouvé à bien des joueurs qu’ils avaient leur place parmi les meilleurs. Et puis, il y a l’arrivée de Subban.

« On est très optimistes, a dit le directeur général David Poile. J’espère que ce sera une excellente transaction pour nous. Il n’y a pas un seul aspect plus important que la vitesse en ce moment au hockey, à part le sens du jeu, peut-être. La vitesse est primordiale. Et P.K. est un des cinq meilleurs patineurs dans la LNH. Pour nous, c’était la chose à faire. »

Hier, Poile a expliqué que l’équipe cherchait depuis un certain temps à s’orienter vers la vitesse. C’est le style de jeu de l’entraîneur Peter Laviolette. Et dans ce contexte, Shea Weber n’était pas tout à fait à sa place. Quand Poile et Bergevin ont ébauché l’idée d’un échange lors du dernier repêchage, l’état-major des Predators avait déjà beaucoup réfléchi à la chose.

« Dans une organisation, on se parle constamment de la vision. Quand une offre arrive sur la table, on est donc préparé. Mais je comprends que ça ait pu être un choc pour Shea », a expliqué David Poile.

Cet été, Mike Fisher a été nommé capitaine en remplacement de Weber. 

« J’ai passé l’été à dire aux partisans : “Vous allez adorer ce gars.” On est très optimistes. On pense qu’on est dans la course. On sait qui on est et on sait qu’on peut gagner. »

— Mike Fisher, à propos de P.K. Subban

En le côtoyant depuis quelques jours, qu’a-t-il découvert chez P.K. Subban qu’il ne soupçonnait pas ? Ce qui l’a surpris, c’est l’esprit de compétition du défenseur. « J’adore la passion et l’énergie qu’il apporte chez nous. Aussi, je ne pense pas que les gens lui donnent assez de crédit pour ça, mais c’est un gars super compétitif », lâche Fisher.

P.K. Subban sent lui aussi que tout est possible à Nashville. L’équipe n’est pas parmi les favorites. Mais dans la tête des joueurs, une idée semble bien installée : ils sont sur la bonne voie et tout est possible.

« Je ne sais pas si je suis la pièce finale ou s’il en faudra une ou deux encore, a dit Subban. Mais je suis content de faire partie d’une équipe qui peut gagner et je sens que c’est le cas ici. »

Il était planté là dans son nouvel aréna, portait ses nouvelles couleurs, plaisantait avec ses nouveaux coéquipiers. Mais son rêve n’avait pas changé. C’était celui qu’il traîne depuis ses premiers coups de patin.

Il sait maintenant qu’il ne la portera jamais à bout de bras dans la rue Sainte-Catherine. Si ça arrive un jour, ce sera sur Broadway, entre les bars de country et les boutiques de bottes de cowboy. La peine d’amour finira bien par passer. Le rêve de la Coupe Stanley, lui, est là pour rester.

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