Opinion : Communauté LGBTQ+

Orlando :  se souvenir, se mobiliser, poursuivre nos luttes

Il y a un an, jour pour jour, nos cœurs s’arrêtaient quand la nouvelle est tombée : une tuerie au bar Pulse à Orlando faisait 49 morts, la plupart latinos et queer – la tuerie commise par une seule personne la plus mortelle de l’histoire des États-Unis. À la cérémonie en hommage aux victimes qui s’est tenue à Montréal, Arc-en-ciel d’Afrique a prononcé un discours rappelant que « chaque microagression, chaque acte homophobe, transphobe ou raciste ont aidé à appuyer sur la détente cette journée-là ». D’où la pertinence du combat que nous continuons de mener chaque jour au sein de nos communautés.

Meurtris encore un an après, nous n’oublions pas. Surtout, ce drame a amené une prise de conscience profonde sur la représentation des communautés LGBTQ+ racisées, même ici à Montréal. Cette prise de conscience a provoqué un changement dans les pratiques et dans la représentation de la diversité au sein de la communauté LGBTQ+ ; nous accueillons ce changement favorablement, mais nous restons vigilants, car il reste de notre devoir d’offrir des discours, des actes et des cadres encore plus inclusifs, surtout pour la jeunesse LGBTQIA+ racisée.

Premier point de contact 

Ce triste anniversaire nous rappelle que sur le sol canadien, beaucoup reste à faire pour aider les migrants et réfugiés LGBTQ+ qui traversent, plus nombreux que jamais, la frontière canadienne dans l’espoir d’une vie meilleure, attirés par les idéaux de notre pays. Cette année encore, AGIR (Action LGBTQ avec les migrants et réfugiés) a soutenu plus d’une cinquantaine de réfugiés et migrants LGBTQ+ issus de 16 pays différents (respectivement l’Albanie, l’Algérie, les Bahamas, le Cameroun, le Chili, le Ghana, la Guinée, l’Irak, le Liban, le Mali, le Mexique, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, la Tunisie et le Venezuela), apportant un soutien individuel tout au long du processus de détermination du statut de réfugié ou du processus d’immigration, et travaillant en collaboration avec plusieurs organisations, notamment le Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, premier point de contact des réfugiés LGBTQ qui arrivent à Montréal.

AGIR ne parvient à remplir sa mission que grâce au travail acharné de ses bénévoles.

Le Canada se doit de faire plus en matière d’aide aux réfugiés LGBTQ+, que ce soit en termes de soutien financier aux organisations sur le terrain, ou en termes de politique des visas. Les associations canadiennes et québécoises de défense des droits des réfugiés LGBTQ fonctionnent avec des budgets dérisoires bien en-deçà des besoins réels et urgents.

Francophones et queer 

Bref, la tuerie à Orlando a cimenté beaucoup de choses. Cimenté les liens du Conseil québécois LGBT, interlocuteur privilégié du gouvernement sur les enjeux LGBTQ+, avec les organismes de personnes racisées LGBTQ+ résidant au Québec. Cimenté notre désir d’être une présence francophone et queer à travers le Canada et le monde. Cimenté l’idée que les migrations des populations LGBTQ sont nécessaires et qu’on ne peut plus fonctionner en vase clos… Et cimenté l’évidence que nous ne vivons vraiment pas dans un monde post-homo/bi/transphobies.

Nous avons passé la dernière année à canaliser notre deuil collectif pour passer à l’action, que ce soit en s’associant à l’Initiative pour la dignité, un regroupement pancanadien né de la World Pride à Toronto en 2014 pour pousser le gouvernement fédéral à agir pour les réfugiés LGBTQ+, ou en concrétisant notre implication à ILGA North America (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association – section Amérique du Nord). Dans les deux cas, le Conseil québécois LGBT, AGIR et Arc-en-ciel d’Afrique sont une présence francophone quasi unique et nous prenons conscience que nos collègues allophones ont besoin de nous. Ça tombe bien, on a besoin d’eux aussi. Et on est là pour rester.

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