Élections provinciales Opinion

Le partage

L’économie au Québec a connu une croissance impressionnante ces quelques dernières années. Les perspectives d’emploi dans la plupart des régions du Québec sont encourageantes.

Je rencontre beaucoup d’expatriés qui veulent revenir au Québec. Non seulement ont-ils l’impression que le climat politique change, mais aussi qu’il leur est possible d’y trouver un emploi rémunérateur et enrichissant. De plus, pour ceux qui souhaitent s’installer à Montréal, l’émergence de nouveaux quartiers leur permet de vivre en ville – privilège qui a échappé à plusieurs de leurs parents.

En parallèle à cette activité économique, nous assisterons aussi – et le bal a déjà débuté – à un transfert de richesse sans précédent au Québec. Des entrepreneurs de tous les horizons – issus d’une génération ayant débuté surtout dans les années 70 et 80 – vendront leurs sociétés. Dans certains cas, il s’agira d’un transfert intergénérationnel et, dans d’autres, d’une vente à des tiers.

Mais le résultat sera la même – un pactole important sera généré par ces activités. Les gouvernements profiteront des circonstances de ces gains appréciables avec l’imposition d’impôts sur le gain en capital. Mais il est à espérer qu’une autre couche de la société civile en profite – le secteur philanthropique.

Je suis surpris qu’aucun parti n’ait pour l’instant planché sur les défis de financement des organismes de charité. Fréquemment, des études publiées sur le secteur caritatif nous apprennent que les Québécois traînent dans les palmarès de dons à l’échelle canadienne. J’ai toujours reçu ces conclusions avec un brin de scepticisme. Je ne les rejette pas – elles reposent habituellement sur la valeur totale des reçus de charité émis par province. Mais les Québécois ont toujours fait preuve de solidarité pour venir en aide à leurs concitoyens – ces gestes ne se comptabilisent pas toujours par l’émission d’un reçu. Qui plus est, ils comptent parmi les plus taxés en Amérique du Nord – n’ont-ils pas raison de présumer qu’une partie de leurs impôts sera dirigée vers le milieu caritatif ?

L’État soutient déjà plusieurs organismes qui viennent en aide aux démunis d’un coin à l’autre du Québec. Mais ces besoins, hélas faut-il le reconnaître même en cette période de faste économique, s’intensifient. Il y a des limites financières à l’intervention des gouvernements.

Et que dire de nos universités et hôpitaux, régulièrement en grande campagne de financement ? Leurs ambitions – comme celles de leurs pairs ailleurs dans le monde – dépassent aussi le cadre financier d’un gouvernement responsable. L’émergence de fondations partout dans l’horizon québécois n’échappe à personne – se passe-t-il une semaine sans qu’une connaissance nous sollicite pour une activité philanthropique qu’elle entreprend ? Les organismes de charité font preuve d’audace et c’est tant mieux.

La relève

Toutefois, on retrouve souvent les mêmes donateurs phares dans chaque grande campagne. Ces mécènes qui font la fierté du Québec moderne ont été d’une générosité exemplaire. Mais nous devons préparer la relève. Et cette relève émergera, j’espère, de ce transfert de richesse à venir. Cette nouvelle garde représente une occasion formidable pour le secteur philanthropique. Dans plusieurs cas, ce sera probablement la première fois que ces personnes songeront à faire un don important.

Ce serait naïf de conclure qu’elles ouvriront tout naturellement leurs chéquiers parce qu’elles en ont soudainement les moyens. Il faudra donc que le gouvernement travaille de concert avec le milieu philanthropique pour trouver des solutions créatives.

L’occasion ne serait-elle d’ailleurs pas choisie pour mousser les organismes de charité en région qui n’ont pas l’avantage de la proximité des sièges sociaux de Montréal ? Pourquoi un don dirigé vers ces organismes ne bénéficierait-il pas d’un traitement fiscal particulier ? De plus, le gouvernement pourrait s’inspirer du programme lancé il y a quelques années qui offrait un crédit d’impôt plus généreux pour des dons dirigés vers le milieu culturel, pour l’étendre à d’autres secteurs. Pourquoi ne pas considérer celui de la recherche médicale, ou la santé mentale ou l’aide aux nouveaux arrivants ?

Le gouvernement ne peut simplement pas rater cette fenêtre. Il s’agit précisément de mesures que seul un gouvernement peut proposer. L’effet de levier pour tout le milieu philanthropique au Québec serait exceptionnel. Le potentiel de nouveaux donateurs au Québec est trop important pour que nous n’agissions pas.

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