Photographie

L’avant-Instagram

L’arrivée d’Instagram a vu naître l’obsession de la photo impeccable. Il n’est pas rare que des dizaines de clichés soient nécessaires pour en arriver à l’effet voulu. Et si on lâchait prise sur cette quête du contrôle excessif de l’image ? Zoom sur un mouvement appelé « lomographie », qui valorise les photographies parfaitement imparfaites.

Retour à la base

Adorablement rétro, la lomographie, une forme d’art uniquement vouée à l’argentique (sur film), fait un pied de nez à la photographie moderne. À l’antipode de la technologie, ce mouvement photo n’utilise que des appareils « jouets », c’est-à-dire des appareils à prix dérisoire et de basse qualité. Impossible, donc, de devenir lomographe avec une caméra numérique ou un téléphone intelligent. Désolé, mais un retour à la base s’impose.

Petite histoire

Au début des années 1990, deux étudiants autrichiens découvrent un appareil bas de gamme dans un marché aux puces de Prague. Il s’agit d’un Lomo compact, un appareil photo argentique provenant de Russie, entièrement composé de plastique et qui n’est alors plus en production. Cependant, les images qu’il produit se démarquent par leurs « qualités » artistiques (qualifiées par plusieurs d’« imperfections »). Sentant le potentiel commercial de leur découverte, les acolytes fondent la Lomographic Society International et convainquent l’usine Lomo de redémarrer la production. Ce sont les débuts de la lomographie.

Appareils bon marché

Plusieurs appareils peuvent être utilisés pour s’adonner à la lomographie. L’un des plus mythiques demeure le Holga, vendu pour la première fois à Hong Kong en 1982. Encore aujourd’hui, on peut s’en procurer un pour quelques dizaines de dollars. Fait intéressant : le Holga utilise un film de format moyen 120, résultant en des images sur pellicule de format carré (6 cm x 6 cm). En théorie, le Holga a tout pour être détesté des photographes : il n’est pas hermétique à la lumière, possède très peu de réglages, son objectif est en plastique et les images capturées sont souvent floues.

100 %… non automatique !

Dire que les réglages du Holga sont archaïques est un euphémisme. On ne contrôle à peu près rien. Même le viseur ne représente pas ce qui est capté par l’objectif (il s’agit plutôt d’un trou dans le haut de l’appareil n’exprimant pas le cadrage réel). Aussi, une fois la photo prise, aucun système automatisé ne fait avancer le film. Si on est le moindrement distrait, on exposera le film plusieurs fois à des prises de vue différentes. Quant à eux, les artistes ont tôt fait de saisir le potentiel de double exposition (et plus !) de l’appareil.

Les défauts qui deviennent des qualités

C’est justement l’addition de ces imperfections qui rendent le Holga si intéressant. Avec seulement 12 poses, on ne peut s’éterniser sur la prise de vue; la spontanéité s’impose. La qualité douteuse de l’objectif donne des zones floues et des zones nettes au sein d’une même photo, qu’il est impossible de contrôler. La lomographie impose un véritable lâcher-prise, car la chance y est pour beaucoup. Autre caractéristique des images capturées par un Holga : les vignettes (les coins arrondis et noircis), qui viennent donner aux clichés un côté artistique très assumé.

Quelques règles de la lomographie : 

1. Prenez votre appareil partout avec vous.

2. Photographiez n’importe où, n’importe quand. De jour comme de nuit.

3. Essayez différentes prises de vue.

4. Approchez-vous au maximum de vos sujets.

5. Ne réfléchissez pas et ne vous souciez pas des règles.

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