France

Les étranges bêtes mécaniques de Nantes

Un éléphant mécanique de 12 mètres et un carrousel de trois étages qui met en vedette les créatures de la mer ? Dans l’ouest de la France, à Nantes, deux hommes ont commencé un projet monumental : la création de machines inspirées des univers de Jules Verne et de Léonard de Vinci. Un succès artistique et touristique qui fait des petits…

Grand réaménagement

À quelques centaines de mètres du centre-ville de Nantes se trouve une île. L’endroit a longtemps accueilli des chantiers navals, mais quand ces derniers ont mis fin à leurs activités à la fin des années 80, le lieu est devenu une friche industrielle. Au tout début des années 2000, la Ville a décidé de mener un grand projet de réaménagement pour rendre l’endroit plus attractif. « On s’est dit qu’il fallait donner une âme à ce territoire et qu’on allait créer un atelier, avec des machines qui peupleraient le territoire. On n’allait pas laisser le monopole de l’imaginaire aux grands parcs d’attractions ! », relate Pierre Orefice, producteur d’une compagnie de théâtre de rue. En 2003, avec François Delarozière, un ami de longue date, ils créent Les Machines de l’île, un projet artistique et culturel qui a été présenté au public en 2007 (et qu’il ne faut pas confondre avec la compagnie de théâtre de rue Royal de Luxe, qui a transporté ses géants de bois au Canada pour le 375e anniversaire de Montréal en 2017). Et depuis, les touristes se pressent dans l’île de Nantes pour monter à bord d’un éléphant mécanique de 12 mètres, faire un tour de manège dans un immense carrousel ou découvrir le bestiaire imaginé par les deux amis. « On invente un univers, on emmène les gens dans un autre monde, on les fait rêver », avance Pierre Orefice. 

Le voyage en éléphant

L’éléphant mécanique, fait de bois et d’acier et inauguré en 2007, peut transporter jusqu’à 50 voyageurs, dans son ventre et sur dos, pour déambuler dans l’île, à une vitesse de 1 à 3 km/h. « Depuis l’éléphant, les gens voient la ville autrement. Ils voient la foule, les habitants et les processionnaires comme un tout, un ensemble… ça les unit. C’est un engin de voyage », confie Pierre Orefice. Le pachyderme barrit et se sert même de sa trompe pour éclabousser les visiteurs sur son passage.

Le Carrousel des mondes marins

L’éléphant dépose aussi des voyageurs au Carrousel des mondes marins, situé en face du musée Jules-Verne. Faisant 25 mètres de haut, il superpose trois manèges. Chaque étage représente un niveau de la mer : les fonds marins, les abysses et la surface de la mer. Les visiteurs montent à bord des créatures et prennent les commandes en appuyant sur les pédales ou en tournant des manivelles. Le thème n’a pas été choisi au hasard. « Nantes a été marquée par son histoire maritime. On l’appelait la Venise de l’Ouest, parce qu’il y avait plein d’îles et de canaux. La mer a une dramaturgie dingue : c’est autant la beauté, le calme, le côté rassurant, et en même temps, la peur des grandes profondeurs, des monstres marins, des histoires de marins, des naufrages… »

L’arbre aux hérons

Après l’éléphant et le carrousel, les deux hommes se sont lancés dans un autre projet colossal : l’arbre aux hérons. Il devrait être ouvert en 2022. Située au bord de la Loire, sur l’autre rive, cette construction mesurera 32 mètres de haut et 50 mètres de diamètre. L’arbre sera surmonté de deux immenses hérons, capables de transporter une douzaine de passagers pour un vol circulaire. En attendant, une branche prototype a été conçue et installée devant les nefs. Elle a permis de tester la solidité, la sécurité et la végétalisation des futurs jardins suspendus.

L’arbre aux hérons sera peuplé de créatures mécaniques. Certaines sont déjà entreposées sous les nefs, dans La galerie des machines, ouverte en 2007. Un espace à mi-chemin entre le musée et le spectacle vivant. On y croise un paresseux, un colibri, un héron, une fourmi, une chenille, une araignée… Lors de la visite, des machinistes expliquent au public l’histoire du projet, le fonctionnement de ces étranges créatures. Ils choisissent des visiteurs pour monter à leur bord et leur donner vie.

Si les coulisses de ce monde les intéressent, les visiteurs peuvent aussi découvrir l’atelier de la compagnie. Ingénieurs, techniciens, chaudronniers, soudeurs, sculpteurs, menuisiers… Plus de 30 métiers sont représentés.

À la conquête du monde

Depuis le lancement de La Machine, en 1999, François Delarozière réalise aussi des spectacles de rue partout dans le monde. Ainsi, une araignée géante s’est déplacée à Liverpool, à Yokohama et à Ottawa, un Minotaure de 14 mètres de haut a déambulé dans les rues de Toulouse, un monumental cheval-dragon a fait son chemin à Pékin… Avec, toujours, la même ambition : faire rêver petits et grands.

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