Portrait de Philippe Couillard
LE
SURDOUÉ
La Presse
Au bout du fil, de sa maison en Jordanie, le D Mahmoud Zuhair Karmi s’exclame en apprenant la nouvelle, à la fois incrédule et enthousiaste. « Philippe Couillard élu premier ministre ? Fantastique ! C’est un grand homme. »
Le D Karmi a bien connu Philippe Couillard, âgé de 56 ans. Ensemble, ils ont mis sur pied le service de neurochirurgie de l’hôpital construit par l’entreprise pétrolière Aramco, en Arabie saoudite.
Seuls neurochirurgiens dans leur ville d’exil, ils ont tissé des liens serrés, prenant plaisir à discuter pendant des heures devant un bon repas au restaurant. « Il a un bon sens de l’humour et moi aussi », souligne le D Karmi.
Le Jordanien lui a enseigné l’arabe. Vers la fin de son séjour, Philippe Couillard se débrouillait sans interprète dans la plupart de ses consultations. « C’est un homme très honnête, consciencieux, qui travaille fort. C’était un bon ami. »
Comme la plupart des médecins, Philippe Couillard a toujours été un premier de classe. Il a grandi à Montréal, dans le quartier Côte-des-Neiges. Il a joué au hockey. Il a fait ses études secondaires au collège Stanislas.
Brillant, doué, il est admis en médecine à l’Université de Montréal à l’âge de 16 ans, ce qui exige beaucoup de maturité. « Les gens comme lui ne sont pas juste bons en science, ils sont bons dans tout ! », lance un ami de longue date, le D Michel Bojanowski, neurochirurgien au CHUM.
À 22 ans, son diplôme en poche, Philippe Couillard se trouve trop jeune pour pratiquer la médecine. Il choisit la neurochirurgie parce qu’elle exige six années de spécialisation, soit une de plus que les autres. « Déjà, comme résident, Philippe Couillard dégageait beaucoup, il avait du leadership », se souvient le D Bojanowski, qui a étudié avec lui.
Il a toujours aimé apprendre et ça n’a pas changé aujourd’hui. En campagne électorale sur les routes du Québec, il lisait , volumineux ouvrage signé Serge Joyal.
Il se passionne pour le XIX siècle, et lit autant sur la guerre franco-prussienne que sur Napoléon. Il lit moins d’« œuvres de fiction », comme il les appelle, mais à cet égard, il aime beaucoup Milan Kundera.
Il faut dire que Philippe Couillard a grandi dans un univers de culture et de livres. À 3 ans, il apprenait déjà à décoder des sons en feuilletant des albums de Tintin, assis sur les genoux de sa mère, Hélène Pardé. Française d’origine, c’est la passionnée de politique de la famille.
Son père, Pierre, mort en 2001, était un professeur réputé à l’Université de Montréal, l’un des premiers francophones de la biologie moderne.
Le jeune Philippe voulait devenir archéologue, mais son père voulait qu’il fasse une carrière en science. « À cette époque, on écoutait ses parents », a-t-il déjà dit.
C’est à 35 ans qu’il décide de tout quitter pour l’Arabie saoudite. Il vend sa maison, démissionne de son poste de chef du service de neurochirurgie à l’hôpital Saint-Luc et s’envole avec sa première femme et leurs trois enfants, âgés de 3, 6 et 9 ans, pour une nouvelle expérience.
Le début des années 90 était une période difficile et morose pour les jeunes médecins, rappelle le D Luc Valiquette, chirurgien urologue au CHUM. Il se souvient des discussions qu’il a eues avec le D Couillard avant son départ, dans le salon des chirurgiens de l’hôpital.
« Plusieurs médecins ont été joints par l’Arabie saoudite, moi inclus. Je pense que plusieurs ont été tentés, mais bien peu ont eu le courage de le faire comme Philippe Couillard. » — Le D Luc Valiquette
Le salaire équivalait sensiblement à ce que le chirurgien gagnait dans son pays. Mais comme il était exempt d’impôts, c’était intéressant. « Un médecin pouvait amasser de l’argent rapidement pour ensuite se consacrer à une carrière universitaire », souligne le D Valiquette.
Le neurochirurgien vivra finalement quatre ans à l’étranger. Pendant ses congés, il voyage avec sa famille en Asie, en Afrique, en Australie. Il chérit particulièrement la Jordanie, terre d’origine de son ami, le D Karmi.
Le retour au Québec est plus brutal. Le couple se sépare. Philippe Couillard s’installe en Estrie. Il pratique au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et devient professeur à la faculté.
Le D Michel Baron, à l’époque doyen de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, se rappelle avec plaisir leurs discussions. Les deux hommes mangeaient tôt à la cafétéria de l’hôpital, avant que la foule n’afflue.
Dans le petit groupe, on trouvait aussi celui qui est devenu son fidèle ami, Juan Roberto Iglesias. Il le suivra plus tard comme sous-ministre, puis aujourd’hui comme secrétaire général. Les deux hommes ponctuent leurs conversations d’allégories et de citations latines.
Une façon de faire qui amuse leurs collègues, note le D Baron. « Philippe Couillard a une façon de s’exprimer avec goût et recherche. Ce n’est pas du snobisme, mais un pur plaisir pour lui. »
GOÛTS MUSICAUX
La vie de Philippe Couillard est remplie de lectures, mais aussi de musique. Et à ce chapitre, ses choix sont éclectiques.