Guichet d’accès à un médecin de famille

Loin d’être réglé

Hausse du nombre de Québécois ayant désormais un médecin de famille, « grande inscription » pour en desservir davantage : malgré les annonces des derniers mois, tout est encore bien loin de marcher comme sur des roulettes avec le fameux guichet d’accès à un médecin de famille.

Que des progrès aient été faits, c’est indéniable. Mais que la machine soit remise sur les rails et en bonne voie de se résorber d’elle-même ? C’est loin d’être acquis. En fait, on voit plutôt apparaître de nouveaux problèmes.

Plus de la moitié des dossiers de patients qui ont été retirés du guichet pour être proposés à un médecin sont actuellement hors délai.

La relève ne répond pas à l’appel avec autant d’enthousiasme qu’on s’y attendait.

Et plusieurs cliniques ferment leur sans rendez-vous aux patients orphelins.

Le cas des patients « dans les limbes », révélé la semaine dernière par la chroniqueuse du Soleil Mylène Moisan, est particulièrement dérangeant. Le délai entre le moment où un patient est attribué à un médecin sur une liste et le moment où il est soit inscrit, soit refusé, ne devrait pas excéder 60 jours, considère le ministère de la Santé. Or près de 60 % des cas actuellement en attente ont dépassé ce délai. Les dossiers d’un couple ont ainsi poireauté dans le cabinet d’un médecin durant plus de six mois avant d’être refusés, rapportait Le Soleil.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, qui s’étonne du nombre de dossiers en attente (quelque 48 000, dont plus de 27 000 hors délai), a demandé des précisions pour pouvoir déterminer les mesures à prendre. La nouvelle procédure annoncée en octobre dernier (les médecins qui reçoivent des listes de patients n’ont plus besoin de les voir pour les inscrire, et ils ont trois jours pour faire part de leur acceptation ou de leur refus) devrait plutôt réduire le traitement, dit-on à la FMOQ.

Ce sera à suivre. Les patients retournés au guichet ont beau retrouver leur place dans la file, ils sont en droit de se demander si leur séjour dans les limbes du système ne leur a pas fait rater la chance d’être envoyés à un autre médecin qui, lui, les aurait acceptés.

Les nouveaux omnipraticiens commencent habituellement à pratiquer, et à recruter des patients, vers le mois de septembre. Ils ne seront malheureusement pas aussi nombreux qu’on s’y attendait, a-t-on appris la semaine dernière. 

L’augmentation du nombre de postes de résidence en médecine familiale s’accompagne en effet… d’une augmentation du nombre de postes vacants. Les postes finiront par être pourvus, notamment par des médecins de l’extérieur, assure-t-on à Québec. Encore là, ce sera à suivre, car déjà, plusieurs des omnis qui prennent leur retraite laissent une clientèle nettement plus volumineuse que ce que peut prendre un médecin en début de pratique.

Restent les fameuses cibles d’assiduité, imposées par le ministre de la Santé pour que l’inscription à un médecin se traduise par un réel accès aux soins. Un objectif justifié, mais qui n’est pas sans contrecoups. Pour réussir à atteindre les taux d’assiduité requis, plusieurs groupes de médecine de famille (GMF) réservent leurs plages de sans rendez-vous à leurs patients inscrits, ce qui réduit encore davantage l’accès pour les patients orphelins. Une tendance qui, comme l’a dénoncé la CAQ, peut devenir carrément problématique dans certaines régions.

Le nombre de Québécois ayant accès à un médecin de famille a augmenté d’un million depuis avril 2014, nous a annoncé le ministre de la Santé à la fin de l’an dernier. Un chiffre maintes fois répété par son gouvernement, et qu’on n’a pas fini d’entendre en cette année électorale. C’est bien beau, mais il faudrait aussi avoir la décence de ne pas susciter de faux espoirs chez les quelque 428 000 Québécois qui patientent encore dans le guichet – dont bon nombre à qui le système prédit plus d’un an d’attente.

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