Matières premières

L’or perd de son éclat

La demande mondiale a touché un creux de neuf ans

Londres — La demande d’or a plongé à son plus bas niveau pour un premier semestre depuis neuf ans, plombée par le manque d’appétit des investisseurs américains et par la baisse des monnaies en Chine et en Inde, affirme le Conseil mondial de l’or (CMO).

Sur les six premiers mois de l’année, la demande a atteint son plus bas niveau depuis 2009, à 1959,9 tonnes, selon un rapport publié la semaine dernière à Londres par le Conseil mondial de l’or.

Au deuxième trimestre, la demande mondiale s’est établie à 964,3 tonnes, en baisse de 4 % par rapport à la même période en 2017.

Selon John Mulligan, un des responsables du CMO, « les investisseurs américains continuent de miser sur une croissance robuste », ce qui les pousse vers les marchés des actions et réduit la demande de métal jaune.

La demande d’ETF (fonds d’investissement adossés à des stocks physiques d’or) a ainsi reculé de 46 % par rapport à l’année précédente, à 33,8 tonnes, tirant vers le bas la demande de l’investissement (- 9 % à 281,4 tonnes).

La demande de ces produits financiers représente l’essentiel des achats d’investisseurs institutionnels occidentaux.

Dans le détail, la demande d’ETF a diminué aux États-Unis mais augmenté en Europe.

« Des problèmes [en Europe], comme les élections en Italie, ont créé de l’aversion au risque. »

— John Mulligan, du Conseil mondial de l’or

En revanche, les investisseurs chinois ont multiplié les achats de lingots et de pièces, dont la demande dans le pays, premier consommateur d’or au monde, a augmenté de 11 %, à 69,5 tonnes.

« Les investisseurs ont répondu à différents facteurs, comme la rhétorique autour de la guerre commerciale », a expliqué John Mulligan.

Essoufflement indien

Alors que la tension monte entre les États-Unis et la Chine, les achats d’or comme investissement se sont multipliés en Chine. Les consommateurs plus prudents pourraient en revanche à terme limiter leurs achats de bijoux, même s’ils ont également augmenté au deuxième trimestre (+ 5 %, à 144,9 tonnes).

Autre pays en conflit avec les États-Unis, l’Iran, qui a vu sa demande d’or en lingots et en pièces doubler à 15,2 tonnes, tandis que sa demande de bijouterie s’effondrait (- 35 %, à 6,6 tonnes).

En Inde, en revanche, la demande de bijouterie du deuxième consommateur d’or a reculé de 8 %, à 147,9 tonnes. 

« La demande a été forte en avril en raison d’un festival et de la saison des mariages, mais elle s’est effilochée au fil des mois. »

— Le Conseil mondial de l’or dans son communiqué

En cause, la faiblesse de la roupie face au dollar américain, qui pèse sur le pouvoir d’achat local alors que le prix de l’or sur le marché international est fixé en dollars américains.

Le cours de l’or a reculé de 7,4 % sur le trimestre, pour finir à 1253,17 $US fin juin, mais « l’or peut paraître très cher quand la monnaie locale est faible », a reconnu M. Mulligan.

Les banques centrales ont pour leur part diminué leurs achats de 7 % au deuxième trimestre, à 89,4 tonnes, même si la Russie a continué d’acheter massivement des lingots (+ 49 %, à 53,2 tonnes) dans un effort pour être moins dépendante de ses réserves en dollars.

La demande du secteur technologique a de son côté continué de croître (+ 2 %, à 83,3 tonnes) pour un septième trimestre de hausse de suite, en raison de la démocratisation de certaines technologies, notamment dans l’industrie automobile.

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