âge de consommation du cannabis

Un géant de la vapoteuse fera du lobby à Québec

JUUL Labs, géant américain des cigarettes électroniques visé par une enquête aux États-Unis pour ses pratiques alléguées de marketing agressif auprès des jeunes, s’invite dans le débat public entourant l’âge pour consommer du cannabis au Québec. L’entreprise vient de mandater un lobbyiste pour tenter d’influencer le gouvernement Legault sur son projet de loi 2. 

Le mandat enregistré au Registre des lobbyistes précise que JUUL souhaite « expliquer » aux élus et aux fonctionnaires québécois en quoi ce projet de loi, qui vise essentiellement à interdire l’achat de cannabis par les moins de 21 ans, « pourrait avoir une incidence sur le vaping au Québec ». 

L’entreprise a refusé de répondre à nos questions au téléphone, mais assure dans une déclaration transmise par courriel que son intérêt pour ce projet de loi « est strictement en relation avec [son] objectif de collaborer avec le gouvernement afin de s’assurer que les produits soumis à une restriction d’âge ne soient pas mis à la disposition des jeunes ». 

L’arrivée de JUUL dans le débat sur l’âge de consommation du cannabis au Québec survient alors qu’Ottawa mène des consultations sur un projet de réglementation qui devrait permettre, dès octobre 2019, la production et la vente de cigarettes électroniques au cannabis. Ces dispositifs, connus sous le nom de « vape pens », sont très semblables aux cigarettes électroniques à la nicotine, mais pourraient utiliser des cartouches rechargeables contenant un maximum de 1000 mg de THC sous forme d’huile, selon le projet de réglementation. 

Selon le spécialiste des politiques antitabac David Hammond, professeur à la Chaire de recherche en santé publique appliquée de l’Université de Waterloo, « il n’y a aucun doute que [JUUL] regarde le marché du cannabis ».

« C’est un marché de plusieurs millions de dollars. Le Canada représente le test parfait pour trouver un point de rencontre entre le vapotage de nicotine, fumer du tabac et consommer du cannabis, que ce soit sous forme de vapeur ou de fumée. »

— David Hammond, professeur à la Chaire de recherche en santé publique appliquée de l’Université de Waterloo

Aucun représentant du gouvernement n’a rencontré de lobbyiste de JUUL pour le moment, assure le bureau du ministre délégué à la Santé Lionel Carmant. Les consultations entourant le projet de loi 2 débutent aujourd’hui à l’Assemblée nationale. « Pour l’instant, nous n’avons eu aucun contact avec l’entreprise. Ils ne nous ont pas contactés et nous n’avons pas de rencontre prévue avec eux, zéro », a assuré la porte-parole Maude Méthot-Faniel. 

L’entreprise détient 70 % du marché des cigarettes électroniques à cartouches rechargeables aux États-Unis et est déjà très active à Ottawa, où elle a actuellement quatre lobbyistes qui représentent ses intérêts.  

Tabac et cannabis

En décembre dernier, la multinationale du tabac Altria, propriétaire du groupe Philip Morris et de la marque Marlboro, a acheté 35 % des actions de JUUL. La transaction a attiré l’attention du directeur du Service de santé publique des États-Unis (Surgeon General), Jerome Adams, qui a convoqué la semaine dernière les deux entreprises pour une rencontre à Washington afin de parler de ce partenariat « qui est contradictoire », selon lui, avec les récents engagements pris par JUUL de ne plus cibler les jeunes.

Altria a aussi acquis en décembre dernier 45 % des parts du producteur canadien de cannabis Cronos, dans une transaction évaluée à 2,4 milliards.

« L’industrie du tabac s’investit dans tout ce qui peut rapporter aux actionnaires. Les technologies qu’on voit dans l’industrie du tabac et dans celle du cannabis sont assez similaires, au point où des gens peuvent déjà fignoler des dispositifs prévus pour la nicotine afin de consommer du cannabis », souligne Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

Les deux plus importants producteurs de cannabis au pays, Canopy Growth et Aurora Cannabis, ont déjà annoncé leur intention d’investir ce marché des « vape pens », qui produisent, selon l’industrie du cannabis, une vapeur plus sécuritaire que la fumée. 

Canopy Growth a notamment fait en septembre dernier une demande de brevet international pour un dispositif de vaporisation « simple et intuitif qui attire instantanément les consommateurs non habitués [cannabis-naive customers] », que ce soit sur le marché médical ou récréatif. Aurora est pour sa part devenue la première entreprise canadienne autorisée à commercialiser des cartouches de CBD (une molécule non psychoactive du cannabis) pour vaporisateur. Ces produits sont actuellement en rupture de stock chez Aurora, selon son site web.

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