Plage

Secrets de châteaux de sable

Comment résister à l’envie de se plonger les deux mains dans le sable pour s’improviser architecte des plages ? Quelques notions de base pour ériger une construction qui, bien qu’éphémère, ne sera pas oubliée de sitôt, et rencontre avec un bâtisseur.

UN DOSSIER D'ISABELLE MORIN

Devenez un as des châteaux de sable

Envie d’impressionner les membres de votre famille lors de votre prochaine sortie à la plage ? Voici les bons outils et les étapes à suivre pour construire un domaine de sable.

Les bons outils

• Des seaux sans fond de formats différents pour contenir le mélange de sable pendant qu’on remplit les seaux par le haut.

• Cuillère, couteau, petite spatule et trombone : l’attirail complet pour creuser et définir les fenêtres, marches, arches ou tourelles.

• Une paille : pour dégager délicatement les amas de sable.

• Un pinceau : à utiliser en touche finale pour polir votre création.

• Un vaporisateur : un peu d’eau suffit pour fixer le sable une fois votre château terminé.

L’emplacement stratégique

Un château de sable est une construction temporaire, mais encore faut-il pouvoir la terminer avant qu’elle ne soit engloutie par la marée. Pour vous garder le loisir de l’admirer un peu une fois votre mission accomplie, construisez votre château au-dessus de la ligne de marée haute. Mais pas plus loin, pour ne pas perdre trop de temps dans le transport de l’eau de mer.

Plan de construction et préparation du terrain

Dans votre tête ou sur papier, concevez le domaine de vos rêves et imaginez chaque étape de sa production. Vous saurez ainsi quelle direction prendre et comment guider vos troupes, si troupe il y a. Préparez ensuite votre terrain en le compactant avec les pieds et en l’aplanissant, après avoir humidifié le sol à l’aide de quelques chaudières d’eau.

Collage et compactage

Les grains de sable viennent en formats différents selon les emplacements. Sachez que plus ils sont gros, plus le défi sera grand pour les amalgamer. Dans tous les cas, la solidité de votre œuvre dépend de ces deux étapes cruciales : le collage et le compactage. Remplissez vos seaux en alternant entre sable et eau. Le mélange devrait être comparable au sable mouillé lorsque la mer vient de se retirer et qu’il est compact. Mélangez bien, puis pressez avec vos pieds.

Le démoulage et la sculpture

C’est le moment de vérité, celui qui vous indiquera si votre mélange est assez solide pour ne pas s’effondrer. Tapotez doucement les parois de chaque seau pour faire décoller le mélange de sable et retirez le contenant en retenant votre souffle. Votre château tient debout ? Excellent ! Vous êtes maintenant prêt à utiliser vos outils pour le travail de minutie, qui consiste à enjoliver votre création d’ouvertures, d’arches et de fioritures, afin de lui donner un air royal. L’un des principes de base est de ne jamais ajouter du sable, mais plutôt d’en enlever. Procédez de haut en bas, car l’excédent de sable tombera inévitablement sur les structures inférieures.

La touche finale

Utilisez une paille pour dégager délicatement les amas de sable et lissez le tout au moyen d’un pinceau. Vous pouvez d’ores et déjà être fier du travail accompli : dégainez dignement votre vaporisateur pour fixer les modules et nombreux détails de votre construction avec de l’eau. Pour que votre œuvre soit bien mise en valeur, nettoyez la surface qui l’entoure avec une serviette mouillée ou un râteau, ou encore, lancez-vous dans l’aménagement d’un jardin digne de ceux de Versailles !

Conseils tirés du livre Du plaisir à la pelle, le petit guide de construction de châteaux de sable, produit par les Artisans du sable.

Bâtisseur de châteaux

Albert Cummings travaille le sable depuis toujours, mais plus particulièrement depuis qu’il en a fait sa spécialité en cofondant une boutique consacrée aux produits du sable, aux Îles de la Madeleine. Près de 40 ans plus tard, il construit inlassablement ses châteaux de sable dans son coin de pays bordé de kilomètres de plages et d’une mer qui s’étire à l’infini.

« Je ne suis pas un sculpteur, prévient-il d’emblée. Certains façonnent le sable de manière professionnelle ; ce sont des artistes. Mon idée était plutôt de montrer aux gens à faire des châteaux de sable. » Pas des dragons, des silhouettes ou des paysages, mais bien des châteaux. Parce qu’ils sont accessibles à tous et qu’ils n’exigent aucun talent artistique particulier, explique le contremaître des plages.

« C’est une œuvre collective faite pour plaire, si on veut. » Pour s’amuser aussi et pour reconnecter avec un bonheur tout simple : celui de jouer dans le sable aux quatre vents.

Créer à même ses ressources

En 1981, Albert et sa femme, Nicole Grégoire, ont eu l’idée d’utiliser les ressources de l’archipel afin d’offrir aux visiteurs des produits fabriqués à même les interminables bancs de sable. La boutique Les Artisans du sable est toujours solidement campée sur la Grave de l’île d’Havre-Aubert et a même généré un concours de châteaux de sable qui se tient depuis 32 ans.

Depuis les débuts, environ 1800 châteaux de sable ont été construits dans le cadre de ce rendez-vous annuel : entre 50 et 60 créations par année, bon an, mal an. « Il n’y avait pas de tradition, alors qu’on a de sacrées belles plages ! », estime son fondateur en précisant qu’il s’y fait des choses merveilleuses, bien qu’il s’agisse d’un concours amateur.

Assurer la relève

Maintenant âgé de 76 ans, Albert Cummings a pris sa retraite et passé le flambeau à sa fille, Pauline-Gervaise Grégoire, qui a racheté la boutique et qui continue, avec son équipe, à peaufiner la technique qui permet de transformer les particules de sable en objets divers.

Albert n’a cependant pas raccroché sa pelle. Chaque lundi, durant la saison touristique, il fait du bénévolat en consacrant une journée entière à construire un château de sable haut de 4 ou 5 pi. Les visiteurs ont alors le loisir d’observer ses techniques et de suivre l’évolution de son œuvre.

Les jeudis, il offre des ateliers gratuits à ceux qui souhaitent s’initier à la création de châteaux de sable. C’est deux bonnes journées de travail par semaine, dit-il. Ou de plaisir, c’est selon. « J’ai mal dans le dos et je fais de l’arthrite, mais je prends ça comme un exercice. »

Le charme de l’éphémère

Les châteaux de sable ne sont pas faits pour durer, convient-il. Mais c’est justement là que réside leur attrait : dans ce côté éphémère qui ramène au seul plaisir de créer. Parfois, le lendemain, ils sont encore beaux. Parfois, c’est pour quelques jours encore. Ce n’est ni la pluie ni la tempête qui en auront raison, mais bien le soleil et le vent.

Tranquillement, ils se vident de leur humidité et deviennent plus vulnérables aux éléments, raconte le bâtisseur de châteaux. Ils s’effritent d’abord par le haut pour former des stalagmites étonnantes qui feront place, à leur tour, à des ruines qui ont aussi leur poésie.

« C’est ça, la magie ! »

Et tant qu’Albert pourra résister aux éléments, tant qu’il y aura aussi du sable fin et des rêveurs, il continuera, encore et encore, à faire émerger des châteaux du sable de la Grave.

Le concours de châteaux de sable des Îles de la Madeleine aura lieu du 10 au 12 août, cette année.

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