Psychologie

Le cerveau organisé

À l’ère du multitâche et de l’infobésité, les livres qui proposent des stratégies pour mieux organiser son temps pullulent dans les librairies. Ce qui distingue The Organized Mind, l’essai de Daniel J. Levitin, des autres bouquins sur le sujet ? Il s’appuie sur les plus récentes recherches en psychologie et en neurologie. Car pour bien s’organiser, il faut d’abord comprendre le fonctionnement du cerveau humain, nous dit ce professeur de l’Université McGill. La Presse l’a rencontré.

Ce que dit Daniel J. Levitin sur…

LE SOMMEIL ET LE REPOS

« Le sommeil permet au cerveau de revoir toutes les expériences du jour précédent et d’établir des liens avec des événements plus anciens, tout ça dans le but de classer ces informations dans notre mémoire à long terme. »

« Si votre sommeil est troublé, ce processus l’est aussi et vous ne vous souviendrez pas beaucoup des événements de la veille. Si vous dormez bien la nuit suivante, votre cerveau essaiera de rattraper le temps perdu, mais ne sera pas capable de tout enregistrer. Une mauvaise nuit de sommeil peut perturber la mémoire pour des semaines et des mois, et il vous sera sans doute impossible de récupérer les souvenirs qui n’ont pas été enregistrés. »

Selon le professeur Levitin, nous nous racontons des histoires en pensant pouvoir bien fonctionner avec moins d’heures de sommeil.

« Le cerveau en manque de sommeil est comparable au cerveau quand on a bu trop d’alcool : il manque de jugement. Plusieurs tragédies – Exxon Valdez, Three Mile Island – sont dues en partie à un manque de sommeil. »

— Daniel J. Levitin

D’où l’importance, selon lui, de recharger ses batteries durant la journée. La sieste, une pratique de mieux en mieux acceptée dans les entreprises, surtout sur la côte Ouest, est un investissement dans la productivité. La rêverie aussi.

« Je sais qu’il est difficile de convaincre votre patron que lorsque vous avez les deux pieds croisés sur votre bureau, vous êtes plus productif, et pourtant c’est vrai, les recherches le confirment, une sieste dans le milieu de la journée recharge vos fonctions cognitives. »

LA TECHNOLOGIE

On a cru que la technologie allait simplifier nos vies. Or voilà que sa gestion encombre notre quotidien. Y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas bien compris ? « J’adore la technologie, je viens de la Silicon Valley », affirme cet ancien ingénieur de son qui travaillait pour des musiciens comme Santana et The Grateful Dead.

« Nos ordinateurs et téléphones peuvent être très utiles, mais si on veut améliorer de façon significative la gestion de notre temps, on n’a pas besoin du nouvel iPhone ou de la montre Apple. On peut très bien écrire ce qu’il y a à faire sur une feuille de papier. »

— Daniel J. Levitin

« Toutes les technologies qui nous entourent sont relativement nouvelles, poursuit le professeur Levitin. Elles exigent une certaine gestion, mais je crois que d’ici 20 ans, ce sera différent. Regardez les sécheuses à ordinateur intégré qui arrêtent quand les vêtements sont secs. Ou les voitures qui possèdent des petits ordinateurs intégrés qui contrôlent les lumières, le système de freins, etc. Sans compter que les ordinateurs classent désormais automatiquement les données sans notre intervention. On peut chercher un document avec un mot-clé qui ne figure pas dans le titre et on va le retrouver. Ce sont toutes des évolutions qui font en sorte que la technologie est de plus en plus autonome. »

LE MULTITÂCHE

« Si je lave mon auto, je peux écouter de la musique, observe Daniel J. Levitin, qui a enseigné la musique et l’informatique à l’Université Stanford. Si vous préparez le souper, que vous faites le lavage tout en surveillant les enfants, ça ne marche pas. Il y a des limites à ce qu’on peut faire. »

« Votre cerveau ne peut pas faire plusieurs choses en même temps, poursuit-il. Il passe d’une tâche à l’autre, comme un projecteur qui éclairerait un acteur à la fois sur la scène. Après une heure ou deux à ce rythme-là, on se sent fatigué, désorganisé. Le cerveau a produit des substances chimiques, l’esprit n’est pas clair. Vaut mieux accomplir une tâche à la fois, une à la suite de l’autre. »

LES MÉDIAS SOCIAUX

« Ils sont très efficaces pour rester en contact avec nos amis un peu partout à travers le monde, mais ils peuvent être à l’origine du syndrome de fatigue décisionnelle. » 

« En effet, chaque décision, aussi insignifiante soit-elle, utilise nos ressources neurologiques, rappelle Daniel Levitin. “Devrais-je utiliser un stylo vert ou rouge ? Acheter des Cheerios à la cannelle ou au blé entier ?” Ces décisions nous demandent de l’énergie. Or les réseaux sociaux imposent une série de décisions : “Est-ce que je regarde ma page Facebook maintenant ou plus tard, est-ce que j’aime le statut de mon ami, est-ce que je lui réponds ?” Ces petites décisions s’accumulent et nous épuisent à la longue. »

« Personne n’a à vous dire que vous devez moins utiliser les réseaux sociaux, estime le professeur de McGill, mais cela vaut la peine d’observer l’utilisation que vous en faites. Tenez un journal et inscrivez toutes les minutes que vous passez sur les réseaux sociaux durant une semaine, vous serez surpris. Après, vous déciderez peut-être d’aller sur Facebook tous les deux jours ou à la fin de la journée, quand toutes vos autres tâches seront accomplies et que le cerveau sera déjà saturé. »

QUI EST DANIEL J. LEVITIN ?

Professeur et titulaire de la chaire James McGill en psychologie et neurologie comportementale au département de psychologie de l’Université McGill

Ex-journaliste (Billboard, Grammy)

Ex-ingénieur du son (The Grateful Dead, Santana)

Auteur (This Is Your Brain On Music, publié en 2006, a figuré plus d’un an sur la liste des meilleurs vendeurs du New York Times ; The World In Six Songs, publié en 2008)

Consultant pour la série The Mentalist, diffusée sur CBS. Ami de la chanteuse et peintre Joni Mitchell, dans le jardin de qui son dernier livre a été en partie rédigé.

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