ALIMENTATION

2016 dans votre assiette

Le Food Institute de l’Université Guelph publie aujourd’hui ses prévisions de marché en alimentation pour l’année prochaine. Alors, chercheurs, de quoi seront faites nos assiettes ?

Des aliments plus chers 

Mauvaise nouvelle. « Pour 2016, nous anticipons encore un taux d’inflation alimentaire supérieur au taux d’inflation », lit-on dans le Rapport sur les prix alimentaires à la consommation. C’est la sixième année que le Food Institute de l’université ontarienne publie ses prévisions pour les mois à venir. La hausse prévue pour 2016 sera toutefois moins importante que celle observée cette année : une augmentation de 2 à 4 %, pour l’ensemble du panier d’épicerie.

Moins de bœuf 

Il ne fallait pas une grosse boule de cristal pour le prédire : les gens vont manger moins de bœuf. « La consommation diminue pour toutes sortes de raisons », explique Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires, coauteur du rapport. Le groupe de chercheurs a mené un sondage auprès de plus de 500 Canadiens, de partout au pays. Près de 40 % des répondants ont confié avoir diminué leur consommation de bœuf, ou même avoir cessé d’en manger. Pourquoi ? Surtout pour des raisons d’argent (62 %), mais aussi pour des raisons de santé (43 %) et de développement durable (22 %).

Le prix de la viande à la hausse

Le prix de la viande poursuivra sa montée. Des augmentations de 2,5 à 4,5 % sont à prévoir en 2016, dans l’ensemble. Cette année, au Canada, le prix du porc a augmenté de 12,8 % et celui du bœuf, de 9,5 %. Cela pousse les consommateurs à découvrir des viandes moins coûteuses, comme le cheval, précise Sylvain Charlebois.

Encore des charcuteries... pour l’instant

Elles ont beau être sur la liste rouge de l’Organisation mondiale de la santé qui les considère comme des agents cancérigènes, les charcuteries ne sont pas encore bannies des frigos canadiens. À court terme, cette annonce ne fera pas une grande différence dans les habitudes des Canadiens, estime Sylvain Charlebois. L’érosion se fera à long terme, dit-il. Contrairement au prix du porc qui a, dans son ensemble, beaucoup augmenté, celui du bacon a connu une hausse de 2,4 % en 2015. Il avait fait un spectaculaire bond de 25 % l’année dernière. Actuellement, le prix du bacon est à la baisse.

De la viande plus éthique

De plus en plus de consommateurs qui mangent de la viande s’intéressent au bien-être animal. C’est une importante tendance en alimentation. Assez pour que les grandes chaînes de restauration demandent à leurs fournisseurs de modifier leurs pratiques agricoles. L’annonce de McDonald’s d’utiliser du poulet exempt de certains types d’antibiotiques a beaucoup fait jaser cette année. Les gens préfèrent leurs poules en liberté, des élevages sans cages et avec soin. « À long terme, cette tendance poussera les prix à la hausse », note toutefois le rapport de l’Université Guelph.

Des fruits et légumes locaux

Les Canadiens consacrent en moyenne entre 15 et 25 % de leur budget d’épicerie à l’achat de fruits et légumes. On prévoit une hausse de 4,5 % des prix pour les fruits et de 4 % pour les légumes en 2016. C’est beaucoup, mais moins que l’augmentation observée cette année. Fait à noter : la hausse du prix de certains fruits et légumes importés avantagera les producteurs locaux. Cette année, les oranges ont augmenté de 15 % et les petits fruits importés, fraises et framboises, de 17 %. « Chaque fois que le dollar diminue, dit Sylvain Charlebois, cela favorise les producteurs locaux. »

L’achat local, un « fait » québécois

Les marchés publics ont connu une autre année record au Canada, indique l’étude du Food Institute. « Les gens veulent se rapprocher de l’agriculture en achetant des produits régionaux », explique Sylvain Charlebois, qui précise que l’achat local est encore plus populaire au Québec que dans l’ensemble du pays, et depuis plus longtemps. « Au Québec, l’achat local, ce n’est pas une tendance, c’est un fait », dit le professeur.

Affamés d’information

Dans les tendances alimentaires à venir, les chercheurs notent un intérêt marqué des consommateurs pour les rouages de la chaîne alimentaire qu’ils veulent plus transparente. Cela va dans le même sens que la philosophie de la ferme à la table, mais pousse le principe plus loin, explique Sylvain Charlebois. Le professeur donne en exemple un groupe de supermarchés allemands qui a créé un double code-barres sur ses produits. Les clients qui veulent en apprendre davantage sur la provenance de leurs produits doivent télécharger une application qui leur fournit toute l’information disponible au moment où ils font leur épicerie.

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