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Le DPCP confisque les « patchs » de quatre Hells Angels

Les vestes ont été saisies sans que leurs propriétaires soient accusés d’un crime.

Voilà qui fait mal à l’orgueil. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) vient d’infliger un camouflet à quatre membres en règle des Hells Angels en obtenant la confiscation de leur précieuse veste aux couleurs du club, sans même que les motards soient accusés du moindre crime.

Les vestes des motards, symbole par excellence du pouvoir d’intimidation de l’organisation criminelle, ont été confisquées vendredi à Sorel sur ordre du juge Denys Noël, qui a jugé qu’elles étaient « teintées par la criminalité ». Les vestes de plusieurs aspirants et supporters ont aussi été confisquées.

« C’est un pas important au niveau juridique, de dire que sans accusations criminelles, des biens peuvent être teintés par la criminalité », s’est félicité vendredi le procureur chargé du dossier, Me Pierre Goulet.

Un jugement à étudier

Le DPCP compte étudier attentivement le jugement du juge Noël pour voir comment la manœuvre pourra être répétée à l’avenir, mais Me Goulet a souligné que la saisie des vestes s’était déroulée dans un contexte bien précis, au cours d’une opération policière de l’Escouade régionale mixte de la Montérégie contre un réseau de trafiquants de drogue.

Les vestes ont été saisies lors d’une réunion dans le repaire utilisé par le réseau, ce qui a aidé à faire la preuve qu’elles étaient « teintées par la criminalité ».

Le jugement ne signifie pas que tout membre des Hells qui circule dans la rue avec sa veste pourra se la faire confisquer. Il faudra tenir compte du contexte chaque fois.

Opération antidrogue

Le 15 juin 2016, dans le cadre d’une enquête baptisée « Projet Néré », l’escouade pilotée par la Sûreté du Québec avait frappé un réseau de trafic de stupéfiants actif dans la région de Sorel-Tracy.

Le réseau était dirigé par deux membres des Beast Crew, un club-école des Hells utilisé pour faire le travail « de terrain » avec la bénédiction de ses grands frères.

Le local des Beast Crew était aussi utilisé comme lieu de rencontre hebdomadaire pour des membres des Hells Angels.

Le jour de l’opération policière, environ une demi-douzaine de membres à part entière des sections des Hells Angels de Montréal et de Trois-Rivières étaient sur place, tout comme deux « hangarounds », des aspirants qui occupent le premier échelon de l’organisation, ainsi que plusieurs membres des Beast Crew et d’autres clubs supporters.

Quatre membres en règle des Hells, soit Claude Pépin, Gilles Robidoux, Michel Vallières et Vincent Boulanger, portaient leur veste arborant la tête de mort ailée lorsque la police est débarquée. Celles-ci ont été saisies par la police, tout comme les vestes marquées d’un écusson incomplet portées par les « hangarounds » Daniel Giroux et Stéphane Jarry.

Outils d’intimidation

Même si seuls les membres des Beast Crew ont été accusés relativement au trafic de stupéfiants, le DPCP a entamé des procédures pour confisquer définitivement toutes les vestes des motards trouvées dans le repaire lors de l’opération, ainsi qu’une panoplie de bijoux, vêtements et meubles identifiés aux Beast Crew et à leurs grands frères des Hells.

« Les vêtements, bijoux, breloques, écussons affichant des signes distinctifs et exclusifs aux Hells Angels sont utilisés par ceux qui les portent comme outils d’intimidation et pour afficher leur lien avec l’organisation qui est réputée pour sa puissance et sa violence », a plaidé le procureur du DPCP.

Celui-ci a fait témoigner un expert policier pour démontrer que les Hells sont une organisation criminelle qui vit du trafic de stupéfiants géré par ses clubs satellites, qui lui versent des redevances. L’expert a aussi insisté sur le fait que le port des couleurs de l’organisation sert à imposer sa mainmise sur le territoire et à intimider tout concurrent potentiel.

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse

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