Opinion : Démographie

La population vieillit, les comportements évoluent

Le vieillissement de la population pose des défis importants et oui, la démographie doit faire partie du paysage électoral. Il ne s’agit évidemment pas d’une problématique spécifique au Québec ; le vieillissement caractérise aussi la population canadienne et l’ensemble des pays économiquement avancés. À terme, ce sont probablement tous les pays de la planète qui connaîtront la même tendance, à des rythmes et des niveaux quelque peu différents.

Il faut toutefois placer le vieillissement de la population dans une perspective beaucoup plus large qu’un simple changement dans l’effectif et la proportion des grands groupes d’âge. S’il est vrai, comme l'a mentionné Jean-Pierre Aubry dans La Presse+ du 3 août*, que la population dite en âge de travailler (20-64 ans) augmente moins rapidement que la population des moins de 20 ans et des plus de 65 ans, le fameux rapport de dépendance auquel il fait référence sert trop souvent à amplifier les craintes liées au vieillissement de la population.

Au fil du temps, la population ne fait pas que vieillir. Les caractéristiques et les comportements des individus et des familles qui composent cette population vieillissante se transforment et nous obligent à nuancer des propos trop réducteurs.

Par exemple, le rapport de « dépendance » des personnes âgées (nombre total de personnes de 65 ans et plus divisé par le nombre de personnes de 15-64 ans) est passé de 0,11 en 1976 à 0,26 en 2015, c’est-à-dire que le nombre de personnes en âge de travailler pour chaque personne âgée de 65 ans et plus est passé de 9 à moins de 4 au cours des quatre dernières décennies.

On aurait plus que doublé le « fardeau » de la population en âge de travailler. Alarmant ! Mais voilà, une population ne fait pas que voir le poids de ses grands groupes d’âge évoluer. Les caractéristiques et les comportements de ces derniers évoluent aussi… et c’est aussi pourquoi la population vieillit.

Une personne en âge de travailler n’est pas nécessairement une personne en emploi alors qu’une personne âgée de 65 ans et plus n’est pas obligatoirement sans emploi.

Les quatre dernières décennies ont vu, par exemple, les femmes réduire le nombre d’enfants auquel elles donnaient naissance. Mais elles ont aussi modifié leurs comportements face au marché du travail. Le taux de chômage a aussi diminué de façon importante.

Les changements de comportements ont fait en sorte que le nombre de personnes en emploi, et non en âge de travailler, pour chaque personne âgée de 15 ans et plus sans emploi est passé de 1,1 en 1976 à 1,4 en 2015, alors même que la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus passait de 7,6 % à 17,1 %.

On ne parle plus d’un « fardeau » de plus en plus grand, mais bien d’une diminution de celui-ci.

Bien sûr, pour estimer le poids réel de ce dernier, il nous faudrait calculer le coût associé à une personne sans emploi selon l’âge. Mais il nous faudrait aussi tenir compte de l’amélioration de la productivité qui fait en sorte que la productivité d'une personne en emploi aujourd’hui est nettement supérieure à celle d’une personne en emploi dans les années 1970.

Immigration et retraite tardive

Le futur maintenant ! Les gains en nombre de travailleurs se feront essentiellement par l’immigration, mais aussi par une plus grande participation des 60 ans et plus au marché du travail. L’élan est donné depuis déjà un certain temps alors que la retraite se prend de plus en plus tardivement depuis le milieu des années 1990 ; tendance qui ne risque pas de s’inverser au cours des prochaines années.

Devrait-on augmenter l’âge normal de la retraite pour y arriver ? Probablement pas.

Il suffirait que chaque travailleur, en moyenne, ajoute une année ou deux à sa vie professionnelle pour que l’impact économique du vieillissement démographique soit réduit de façon importante.

Pour y arriver on aura besoin d’une population scolarisée et en santé, ainsi que d'employeurs innovateurs qui offriront des conditions de travail qui sauront retenir et valoriser les travailleurs vieillissants. Plutôt que de se retirer du marché du travail à 61 ans par exemple, un travailleur pourrait alors reporter cette retraite à 62 ou 63 ans.

Il nous faudrait aussi davantage valoriser la contribution des retraités. Si les nombreux services qu’ils rendent à leur famille, leurs amis et à la société en général ne sont pas comptabilisés dans le produit intérieur brut si cher aux économistes, ils contribuent néanmoins de façon non négligeable au bien-être de l’ensemble de la population.

Oui, nos partis politiques devraient se soucier du moyen et du long terme. Quatre ans c’est très court comme horizon, surtout lorsque l’on doit répondre aux défis liés au vieillissement de la population. Éducation, santé, productivité, intégration des immigrants au marché du travail et valorisation du rôle des travailleurs âgés et des retraités sont des composantes essentielles d’une politique qui aura pour objectif de répondre à ces défis.

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