Festival de Cannes

Notre envoyé spécial sur la Croisette fait le compte rendu des dernières nouvelles du Festival de Cannes.

71e Festival de Cannes

Le Québec à la Quinzaine

Cannes — C’est aujourd’hui le grand jour pour le cinéaste québécois Patrick Bouchard, dont le court métrage d’animation Le sujet a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Déjà lancé aux Rendez-vous du cinéma québécois plus tôt cette année, le film relate l’histoire d’un animateur qui fouille dans son propre corps pour en extraire tout ce qui est encore trop lourd de mauvais souvenirs. Le sujet, rappelons-le, est le seul film québécois ayant été invité au bal cannois cette année. Nous avons croisé le cinéaste à son arrivée sur la Croisette.

À quoi vous attendez-vous pour cette première présence à Cannes ?

Je suis impressionné. On se rend compte à quel point c’est gros, et à quel point c’est beau aussi. Donc, le festival m’impressionne et l’endroit me charme. Ça donne juste envie d’aller se mettre les pieds dans l’eau ! Plus sérieusement, j’arrive ici sans trop savoir à quoi m’attendre. Je me suis rendu compte qu’à chaque projection – je l’ai vécu pendant les Rendez-vous –, le film fait beaucoup réagir.

Quelles sortes de réactions votre film engendre-t-il ?

C’est justement ça qui est plus difficile à mesurer. Plusieurs spectateurs l’aiment et l’apprécient, mais d’autres le détestent parce qu’ils ne peuvent pas supporter ce qu’ils voient. Le sujet provoque une réaction viscérale, en fait. À mes yeux, il y a quelque chose de très libérateur dans cette histoire, mais il y a des gens qui ne le voient pas comme ça et le prennent davantage au premier degré. Même si l’aspect artificiel est très apparent, on dissèque quand même un corps et on l’ouvre. Quand ce film a été présenté au festival Regard à Saguenay, je me suis bien aperçu que les gens mettaient un petit moment avant de réagir, comme s’ils étaient un peu sous le choc.

À la Quinzaine, votre film sera présenté dans le cadre d’un bouquet de courts métrages. Préférez-vous cette formule ? Ou est-ce mieux de programmer un court métrage avant un long ?

J’aime la formule d’un programme consacré uniquement à des courts métrages, mais encore faut-il que ton film soit bien placé. Là, je ne sais pas encore où Le sujet sera placé dans le programme de la Quinzaine et j’avoue que ça me fait un peu peur. Au mauvais endroit, au mauvais moment, le film peut complètement tomber à plat. Les tonalités des œuvres présentées avant peuvent aussi jouer. Pour ce film, la place idéale serait au tout début du programme ou à la toute fin. C’est un film qui fait vivre quelque chose au spectateur, qui relève du ressenti et qui remue. Il est conçu comme ça.

Vous dites que ce film a été difficile à faire. Pourquoi ?

Ça a été dur en « ta ». Ça a été dur parce que chaque tableau que je devais faire remuait des choses. Comme je n’avais pas de scénario, un million de possibilités s’ouvraient aussi à moi et je devais me fixer sur quelques-unes d’entre elles.

Quand il a pris l’affiche à Montréal, votre court métrage a été jumelé à Ava, un film de Sadaf Foroughi. Est-ce encore la meilleure formule pour la diffusion d’un court métrage ?

Oui, mais il reste que dans la culture d’exploitation des films, les gens s’en vont voir un long métrage. Et s’ils ne sont pas bien renseignés, ils vont se demander ce que peut bien être cet ovni qu’on leur présente sans les avertir, et être frustrés par la chose. Cela dit, j’ai du mal à comprendre pourquoi, dans notre système d’exploitation, les longs métrages ne sont pas systématiquement précédés d’un court. Ça créerait une véritable habitude chez les gens.

Qu’espérez-vous de votre passage à Cannes ?

J’espère que mon film sera remarqué, c’est certain. Et qu’il sera repêché par les festivals spécialisés, car il s’agit du principal débouché pour les courts métrages. Le film est déjà sélectionné au festival d’animation d’Annecy, et là, plusieurs autres festivals commencent à m’approcher. Cannes a un gros impact sur ce plan.

Avez-vous d’autres projets en chantier ?

Ce film a tellement pris de moi-même que dans l’immédiat, j’ai davantage envie de mettre mon expertise d’animateur au service de projets réalisés par d’autres cinéastes. Ce qui ne veut pas dire que je m’éloigne de la réalisation pour autant !

71e Festival de Cannes

Vus sur la Croisette

RENDEZ-VOUS AVEC JOHN TRAVOLTA

Présent à Cannes pour accompagner Gotti, un film de Kevin Connolly présenté en séance spéciale, John Travolta a aussi souligné le 40e anniversaire de la sortie de Grease, projeté hier soir au Cinéma de la plage pour l’occasion, et il s’est également prêté au jeu de la leçon de cinéma. Cheveux poivre et sel, barbe grisonnante, l’acteur âgé de 64 ans a rappelé à quel point l’adaptation de Grease au cinéma constituait un grand défi, notamment parce qu’à l’époque, le spectacle était l’un des plus populaires de Broadway. « Saturday Night Fever et Grease ont défini ma carrière, a-t-il dit. Grease est régulièrement découvert par de nouvelles générations. Je me souviens que Benicio Del Toro est venu me voir un jour en me racontant qu’il avait dû regarder ce film une quinzaine de fois quand il était ado. Et qu’il était à l’origine de son désir de devenir acteur ! »

La carrière de John Travolta est aussi intimement liée au Festival de Cannes. En 1994, un « petit film » intitulé Pulp Fiction a carrément relancé sa carrière après plusieurs années creuses. « Personne n’aurait pu prévoir l’impact que ce film a eu. Pulp Fiction a changé l’histoire du cinéma, et la mienne aussi. Quentin Tarantino a exploré des territoires inédits, autant pour les réalisateurs que pour les acteurs. Personnellement, je m’attendais à ce que ce film ait le même genre de carrière que Reservoir Dogs. Il était impossible d’imaginer ce qui est survenu avec ce film ! »

BURNING

(en compétition)

Huit ans après le très beau Poetry, qui lui avait valu le Prix du scénario, Lee Chang-dong propose l’un des films les plus fascinants de cette compétition. Adapté d’une nouvelle d’Haruki Murakami intitulée Les granges brûlées, Burning suit le parcours d’un jeune homme (Yoo Ah-in) qui tombe amoureux d’une fille (Jeon Jong-seo) qui, elle, s’attache à son tour à un nouvel ami (Steven Yeun), un jeune homme mystérieux, très riche, mais dont personne ne sait d’où provient la fortune. Empruntant son style contemplatif habituel (certaines images sont sublimes), le cinéaste coréen réussit l’exploit de créer un vrai suspense à partir d’une histoire où, en apparence, il ne se passe rien. Pendant les 149 minutes que dure ce film, Lee Chang-dong trouve le moyen de retenir le spectateur à son histoire, un peu comme s’il aiguisait sa patience au départ pour mieux le gagner à l’usure. À la séance destinée à la presse, Burning fut l’un des films les plus chaleureusement accueillis de cette compétition.

UNDER THE SILVER LAKE

(en compétition)

David Robert Mitchell est l’un des deux cinéastes américains – l’autre étant Spike Lee – en lice pour la Palme d’or cette année. Très remarqué il y a quatre ans grâce à It Follows, un film d’horreur présenté à Un certain regard, le réalisateur nous propose cette fois un projet plus ambitieux, très attendu des festivaliers. Under the Silver Lake est un film noir éclaté et étrange – bonjour, David Lynch – qui, hélas, s’éparpille, sans jamais véritablement prendre ancrage. Voilà le genre de film qui regorge de bonnes idées (une scène avec un compositeur prétendant avoir écrit tous les tubes depuis trois générations sera très remarquée), mais celles-ci ne forment pas vraiment un ensemble cohérent. On aura ainsi du mal à souscrire à cette histoire d’un homme en mal de notoriété (Andrew Garfield, excellent) qui devient obsédé par la disparition d’une voisine, au point où il n’hésitera pas à mener une enquête qui l’entraînera dans les bas-fonds de Los Angeles. Sorte de L.A. Confidential trash, dopé à la mythologie du cinéma, Under the Silver Lake fait partie de ces productions qui, à force de trop vouloir en faire, en viennent à perdre leur direction. Déception.

71e Festival de Cannes

Cannoiseries

Vincent Lindon et le stress

Dans un entretien accordé à la chaîne télé officielle du festival, quelques minutes avant la tenue de la conférence de presse consacrée au film En guerre, Vincent Lindon, lauréat du prix d’interprétation il y a trois ans grâce à La loi du marché, a révélé qu’il était arrivé à Cannes encore plus stressé qu’à l’accoutumée. « Sur le tapis rouge, j’étais plus intimidé que jamais. Hier [mardi], je suis passé à côté de ma journée. Je n’ai pas eu le recul et le sang-froid pour profiter du moment et bien recevoir les applaudissements. Ce n’est que ce matin [hier] que je me suis dit qu’il fallait savourer tout ça et c’est ce que je vais essayer de faire. Mais plus je vieillis, plus je deviens conscient du métier que je fais. Je me préoccupe davantage de l’accueil que reçoivent les films aussi. » En conférence de presse, la modératrice Danièle Heymann a d’entrée de jeu fait remarquer qu’En guerre, qui marque la quatrième collaboration entre Vincent Lindon et le cinéaste Stéphane Brizé, avait reçu la plus longue ovation parmi toutes les projections officielles jusqu’à maintenant.

Le 25e gala de l’amfAR a lieu ce soir

La grande tradition du gala de l’amfAR, fondation américaine créée par Elizabeth Taylor dont la mission est de recueillir des fonds pour la lutte contre le sida, se tiendra ce soir à l’Hôtel du Cap. Cet événement caritatif, qui a permis d’amasser plus de 265 millions de dollars au fil des ans, sera présidé cette année par 25 femmes, parmi lesquelles Scarlett Johansson, Sienna Miller, Katy Perry, Vanessa Redgrave et Donatella Versace. L’an dernier, la table de 10 couverts valait de 175 000 $ à 705 000 $, selon le statut choisi : bienfaiteur ou grand philanthrope. Le rond de serviette individuel valait à lui seul 15 000 $. Harvey Weinstein, tombé en disgrâce depuis les accusations d’agression qui pèsent sur lui, a longtemps été l’un des grands donateurs de cette soirée.

De la station spatiale à… la Croisette !

Le « spationaute » français Thomas Pesquet, qui a vécu huit mois dans la Station spatiale internationale l’an dernier, est venu sur la Croisette afin d’accompagner la présentation du documentaire 16 levers de soleil (Pierre-Emmanuel Le Goff), film de clôture du Doc Day, une journée consacrée au documentaire au Marché du film. Au journal Le film français, le « spationaute » a expliqué la présence à Cannes du film qui relate son expérience la même année où l’on célèbre le 50e anniversaire de 2001 : l’odyssée de l’espace. « C’est drôle, mais je ne pense pas que cela soit une coïncidence. Ce documentaire est vraiment un film sur ce que j’ai vécu. Et nous serons en sandwich avec le nouveau Star Wars. Je pense que tout cela se nourrit mutuellement. »

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