Hockey

Correspondance avec un joueur de la LNH

Imaginez le scénario. Vous avez 16 ou 17 ans, vous jouez au niveau midget AAA. Vous essayez de trouver l’équilibre entre le hockey, qui prend de plus en plus de place, et les études. Vous soupesez les options pour la suite de votre parcours.

Puis, un jour, votre entraîneur vous propose de communiquer directement avec un joueur de la LNH pour trouver les réponses à vos questions. Il vous donne son numéro de cellulaire, tout simplement.

Ce jeune, c’est Jeremy Davies, cet entraîneur, c’est Jon Goyens des Lions du Lac Saint-Louis et ce joueur de la LNH, c’est Mike Matheson des Panthers de la Floride.

« Mike était mon idole à l’époque, ça n’a pas changé, explique Davies, défenseur lui aussi. Je veux suivre le chemin d’un gars comme Mike et faire les mêmes choses que lui. J’avais des questions sur ce qu’il fait durant l’été, la manière dont il maintient son poids durant la saison. Il est vraiment gentil. Quand j’ai des questions pour lui, il n’a pas de problèmes à prendre de son temps pour me répondre. »

« Je sais ce que c’est que d’être un gars de 16 ou 17 ans qui essaie de vivre son rêve et d’aller à l’école, a dit Matheson. Le secondaire, ce n’est pas facile. Il y a des choses qui arrivent et qui sont difficiles et je les ai vécues moi aussi. »

Jon Goyens a mis Davies et Matheson en contact d’abord, car ils avaient un profil similaire. Davies se faisait dire qu’il allait perdre une année à jouer midget à 17 ans, même s’il était encore au secondaire. Le jeune joueur espérait ensuite passer en USHL, puis au niveau collégial américain, exactement comme l’avait fait Matheson avant lui.

Matheson a accepté le mandat, en grande partie parce que le programme de hockey du Lac Saint-Louis occupe une place de choix dans son cœur. C’est là qu’il a appris à jouer au hockey, c’est là qu’il est devenu amoureux de son sport. C’est là aussi qu’il a commencé à rêver à la LNH. Il voulait transmettre un rêve devenu bien vivant pour lui.

« Je vais toujours accepter d’aider Jon, a dit Matheson. En parlant aux jeunes, j’apprends des choses aussi. Des fois, je suis en cours de saison et je leur parle, et peut-être qu’au moment où je leur parle, les choses ne vont pas trop bien pour moi. Je réalise qu’ils sont encore midgets et qu’ils voudraient être à mon niveau. Moi, j’ai le droit de jouer dans la LNH. Quand j’avais leur âge, j’y rêvais. Les choses pourraient être pires pour moi. »

Quels conseils ?

Davies reconnaît qu’au départ, l’idée de correspondre avec un joueur de la LNH l’intimidait. Il avait peur de déranger. Mais il a fini par passer par-dessus ses appréhensions lorsqu’il s’est rendu compte que Matheson était, au fond, un fort sympathique jeune homme. 

« J’étais un peu nerveux, je le regarde depuis que je suis tout jeune. C’est cool parce que j’ai commencé à patiner avec lui quand j’avais 17 ans et j’ai commencé à le connaître un peu mieux. Je n’étais plus nerveux après un moment et on est de bons amis maintenant. Je le vois une ou deux fois par semaine à l’aréna durant l’été. Je le texte encore peut-être une fois par mois. »

Davies a demandé à son mentor ce qu’il devait améliorer pour réussir en USHL, puis ensuite au niveau collégial. Il a demandé des conseils sur l’entraînement, sur la vie en général. Matheson lui a conseillé de prendre de la masse musculaire, de ne jamais négliger son patin. Surtout, il lui a dit de diversifier sa pratique de sports, un conseil qui devient de plus en plus répandu ces jours-ci.

« Tu vois beaucoup de jeunes qui veulent tellement être dans la LNH qu’ils jouent au hockey tout le temps, a dit le défenseur des Panthers. Été, hiver, ils n’arrêtent jamais. Pour moi, l’été, j’ai arrêté de jouer au hockey. J’ai joué au soccer, au football, au golf. Ça m’a aidé beaucoup. »

« Quand j’arrivais au camp, j’étais tellement excité de jouer au hockey. Mais il n’y a aucun substitut au travail acharné. » 

— Mike Matheson

Le bruit extérieur

Pour Jon Goyens, ce programme de parrainage permettait aussi aux joueurs sous son aile de faire la distinction entre Goyens l’entraîneur et Goyens l’homme. C’était important pour lui que les plus vieux expliquent aux plus jeunes qu’un entraîneur sera toujours dur avec le joueur de hockey, mais que ce n’est pas personnel. Il y voyait aussi un moyen de leur permettre d’apprendre à vivre avec le bruit extérieur.

« J’ai réalisé qu’avec le succès de notre organisation et de nos anciens joueurs, ça peut donner une autre voix qui peut encourager les joueurs à faire face à l’adversité qui arrive dans une saison de midget AAA, a dit Goyens. Les aider à gérer tous les experts, parents, agents, qui leur disent de jouer de telle ou telle façon, de ne pas écouter l’entraîneur. Ça arrive souvent, malheureusement. Trop souvent. »

Matheson sera encore réquisitionné la saison prochaine. « J’ai déjà visé un défenseur de première année que je vais mettre en contact avec Michael. Je ne veux pas donner le nom. C’est un défenseur 2003 que tout le monde veut et il y aura beaucoup d’attentes. Je pense que Michael peut l’aider à gérer ça. »

Pour Davies, l’idée a porté ses fruits. Il a suivi toutes les étapes de son idole. Il est aujourd’hui à Northeastern, une université à 15 minutes de Boston College, où Matheson a étudié. L’an dernier, il a été le meilleur défenseur de Hockey East, en division 1 de la NCAA.

Et le voici qui revient tout juste du camp de développement des Devils…

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