À l’étude

Muscles, gras et cancer du sein

Une étude canado-américaine vient de percer le « paradoxe de l’obésité » en ce qui concerne le cancer du sein. L’obésité augmente le risque d'en être atteint, mais une masse musculaire élevée a un effet protecteur. Nos explications.

Le contexte

La relation entre obésité et cancer intrigue les chercheurs ces dernières années. Plusieurs études ont montré que le risque de cancer est plus élevé chez les personnes ayant un poids santé que chez celles qui sont en surpoids. « La masse musculaire n’est pas souvent prise en compte dans les études, mais elle a un effet protecteur qui explique le paradoxe de l’obésité », dit Bette Caan, épidémiologiste, chercheuse principale au programme médical Kaiser Permanente de la Californie du Nord et l’auteure principale de l’étude publiée début avril dans la revue JAMA Oncology.

« Nous avons examiné des femmes ayant eu un diagnostic de cancer du sein. Grosso modo, on peut dire que pour un même niveau d’exercice physique, les femmes qui sont en surpoids ont souvent plus de masse musculaire que celles qui ont un poids santé, parce qu’elles doivent faire plus d’efforts pour bouger. » Un poids santé correspond à un indice de masse corporelle (IMC, soit le poids au carré divisé par la taille) de 18 à 25, alors que l’IMC d’une personne en surpoids se situe entre 25 et 30.

La genèse

« Le lien entre obésité et cancer du sein se traduit par une courbe en J, explique l’épidémiologiste californienne. Les gens qui ont une obésité de type II ou morbide ont un risque très élevé, mais le risque chez les gens qui sont tout juste obèses est similaire à celui des gens qui ont un poids santé. On ne comprenait pas bien pourquoi. Nous avons eu l’idée d’aller au-delà de l’IMC, pour vérifier l’effet de la masse musculaire. » Les chercheurs californiens, qui ont travaillé avec des collègues albertains, ont analysé le dossier médical de 3240 femmes à partir du moment du diagnostic de cancer du sein, puis pendant six ans, ce qui couvrait le traitement et une période de cinq ans où le risque de rechute est plus élevé. L’obésité de type II correspond à un IMC de 35 à 40, et l’obésité morbide à un IMC supérieur à 40.

Ce que révèle l’étude

L’équipe de Mme Caan s’est penchée plus spécifiquement sur l’efficacité du traitement contre le cancer du sein. L’effet d’une faible masse musculaire était similaire à celui d’une adiposité élevée : il augmentait du tiers le risque de mourir du cancer du sein. « L’adiposité totale est différente de l’IMC », explique l’épidémiologiste, jointe samedi dernier à Chicago où elle présentait ses résultats lors d’une séance de discussion sur le paradoxe de l’obésité à la réunion annuelle de l’Association américaine de recherche sur le cancer.

« On mesure vraiment la quantité de graisse. Seulement une femme sur cinq qui était en surpoids avait une adiposité totale élevée. » Le pire est la combinaison d’une faible masse musculaire et d’une grande adiposité : le risque de mourir doublait alors. « Il se peut que chez les femmes très obèses, l’exercice physique devienne plus difficile et que cela explique qu’elles aient une faible masse musculaire. »

Et maintenant ?

Mme Caan a lancé deux études dans la foulée de ses résultats sur la masse musculaire. « On veut savoir si un programme d’exercice physique en même temps que la thérapie anticancer augmente les chances de survie. On veut aussi voir si une faible masse musculaire augmente le risque de toxicité de la chimiothérapie. Souvent, cette toxicité rend plus compliqué l’exercice et cause une diminution de la masse musculaire. »

Ces résultats pourraient-ils être utilisés dans le dépistage des femmes à risque de cancer du sein ? « Peut-être, mais je me concentre sur le traitement. Beaucoup de diagnostics de cancers sont faits avec des technologies qui permettent, avec une analyse supplémentaire relativement simple, de calculer la masse musculaire. »

En chiffres

12,4 % : Probabilité pour une Canadienne d’être atteinte du cancer du sein durant sa vie

3,2 % : Probabilité pour une Canadienne de mourir du cancer du sein

De 80 % à 87 % : Probabilité pour une Canadienne de survivre plus de cinq ans à un diagnostic de cancer du sein

Source : Société canadienne du cancer

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