Acériculture

Dix ans pour rendre le sirop d’érable plus vert

Polluante, la production de sirop d’érable ? Les producteurs disent que non, mais ils viennent quand même d’adopter un plan pour réduire de 26 %, d’ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la production de sirop d’érable.

Concrètement, le regroupement des Producteurs et productrices acéricoles du Québec veut remplacer 1200 évaporateurs au mazout par de l’équipement qui fonctionne à l’électricité ou aux granules de bois.

La moitié du sirop d’érable québécois est produite dans des évaporateurs au mazout. Le remplacement de 1200 de ces évaporateurs pourrait réduire la proportion de 50 à 33 %, en 2030.

Le sirop d’érable est un produit 100 % naturel, explique Simon Trépanier, le directeur général du regroupement des producteurs, lié à l’Union des producteurs agricoles (UPA). L’utilisation d’un évaporateur au mazout engendre des émissions de GES, mais ces émissions sont entièrement absorbées par les érables, explique-t-il lors d’un entretien avec La Presse.

Le bilan de l’industrie est positif, estime-t-il.

« [Mais] toute filière doit se poser des questions sur sa contribution aux émissions de GES au niveau mondial. C’est une question d’image du produit. »

— Simon Trépanier, directeur général des Producteurs et productrices acéricoles du Québec

Les producteurs ont donc mandaté une firme privée pour évaluer les gaz à effet de serre émis par la production du sirop d’érable pendant la vingtaine de jours que dure la saison chaque année.

L’étude ne sera pas rendue publique, mais selon La Terre de chez nous, le journal de l’UPA, les émissions totalisent 56 400 tonnes, soit l’équivalent des émissions d’environ 10 000 véhicules utilitaires sport pendant un an.

La presque totalité de ces émissions provient des évaporateurs au mazout, précise M. Trépanier. Les motoneiges, quads et autres équipements utilisés pour la production de sirop ne génèrent qu’une petite partie du total, selon lui.

La technologie à la rescousse

De nouveaux équipements, plus efficaces et moins polluants, ont fait leur apparition sur le marché. C’est le cas des évaporateurs électriques, comme l’Écovap, qui promet efficacité et absence d’émission. « On en vend de 15 à 20 par année », indique David Bédard, de Tôle Inox, l’entreprise de Princeville qui commercialise ces appareils.

Le coût des nouveaux équipements (environ 150 000 $ pour un évaporateur électrique) reste toutefois un frein, surtout pour les petits producteurs.

« Des subventions sont disponibles, mais elles sont difficilement accessibles aux petites entreprises. »

— Simon Trépanier

Le regroupement des producteurs entend aider ses membres à obtenir de l’aide gouvernementale pour réaliser leur transition énergétique.

Si la plupart des gros producteurs de sirop d’érable utilisent de l’équipement au mazout, le bois reste la source d’énergie la plus utilisée chez les petits et moyens producteurs. C’est aussi l’énergie la moins coûteuse pour les propriétaires d’érablières, quand on ne tient pas compte du temps passé à la gestion des forêts, soit la coupe et le transport du bois. L’électricité et les granules de bois sont aussi des sources d’énergie moins coûteuse que le mazout, mais leur utilisation nécessite un investissement en équipement.

Bio, le sirop ?

De plus en plus de producteurs apposent le logo « bio » sur leur sirop d’érable. Parce que le sirop est naturellement biologique, même celui produit avec de l’équipement au mazout. Il suffit d’utiliser des produits bio pour nettoyer l’équipement de l’érablière pour pouvoir s’afficher comme production biologique. Le nombre de producteurs bio a explosé depuis deux ans. Plus du tiers, soit 37 % des quelque 7000 producteurs, s’affichent bio, parce que c’est gagnant auprès des consommateurs et somme toute, assez simple. Le producteur de sirop bio reçoit 18 cents de plus que le prix de gros de 2,95 $ payé pour le sirop de la meilleure qualité. — Hélène Baril, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.