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OPINION

Il aurait eu 80 ans

Il aurait eu 80 ans

Demain, le 14 juillet 2013, Robert Bourassa aurait eu 80 ans.

Ses proches collaborateurs conservent le souvenir d’un homme attachant et rassurant qui fut premier ministre du Québec de 1970 à 1976 et de 1985 à 1994. Pour d’autres, il restera un politicien aguerri qui fut reconnu pour sa vision, sa détermination et sa résilience.

Tout en affirmant le caractère distinct du Québec dans son action politique, son leitmotiv politique était bien sûr le développement économique et le potentiel énergétique du Québec. Qui ne souvient pas de son obsession à développer ce potentiel hydroélectrique du Nord québécois comme facteur déterminant dans notre développement économique à long terme ? Il croyait qu’il fallait créer la richesse avant de la partager, laquelle conduirait le Québec à la prospérité économique et à plus de justice sociale. En établissant, entre autres, le régime d’assurance-maladie et en instituant des programmes sociaux d’importance comme l’aide juridique, il a aussi contribué à faire du Québec une société socialement plus juste.

Mais la conjoncture politique de son époque l’a emmené au cœur de dossiers polarisants et controversés, dont certains furent reliés à l’identité québécoise et aux intérêts supérieurs de l’État québécois tels que la langue et la constitution. Robert Bourassa fut l’un des grands architectes d’un État d’expression française, moderne et ouvert sur le monde.

Profondément attaché au Québec, mais par ailleurs fédéraliste convaincu, il n’hésitait pas à s’impliquer avec son homologue fédéral pour faire avancer le potentiel économique du Québec. Il fut un grand promoteur du projet de libre-échange avec les États-Unis et, plus tard, avec le Mexique, projet qu’il poursuivit avec le premier ministre canadien Brian Mulroney. Bref, Robert Bourassa savait bien remplir son devoir de premier ministre du seul territoire nord-américain à majorité francophone : celui de protéger l’identité du Québec, défendre les intérêts supérieurs du Québec à l’intérieur de l’État fédéral canadien et promouvoir le développement et la force économiques du Québec.

Certes, M. Bourassa aimait faire de la politique. Il aimait surtout la joute intellectuelle, ce qui l’emmenait à tisser des liens avec plusieurs de ses acteurs contemporains. En plus de sa propre famille politique, il entretenait des relations cordiales avec les journalistes, les gens d’influence venant de différents milieux et ses adversaires politiques.

Tous ceux qui ont collaboré avec Robert Bourassa parlent spontanément et avec beaucoup d’émotion de sa courtoisie, de sa générosité, de sa modestie et de son authentique gentillesse. L’humour désarmant qu’il affichait en privé et sa valorisation du service public lui attiraient aussitôt la sympathie des jeunes, dont il a toujours fait ses interlocuteurs privilégiés, quelle que soit leur allégeance politique.

Pour ma part, je préfère au tournant de ce 80e anniversaire de naissance me rappeler de l’ami et du collègue de travail. Comme plusieurs qui ont travaillé à ses côtés, au-delà de ses qualités d’homme politique, on aime se souvenir beaucoup plus de ses qualités humaines, de son tempérament et de sa façon de faire la politique. Je me souviendrai surtout qu’il a exercé son action politique avec conviction, intégrité, détermination et grande civilité.