Décryptage

Bloomberg en 2020, espoir ou délire ?

NEW YORK — Quelles sont les chances d’« un milliardaire de petite taille, juif et divorcé » d’être élu à la Maison-Blanche ? À l’approche de la campagne présidentielle de 2008, Michael Bloomberg avait soulevé la question en utilisant lui-même cette description de sa personne. C’était sa manière de faire comprendre à ses interlocuteurs que son scepticisme était aussi grand, sinon plus, que ses ambitions présidentielles.

Mais l’ancien maire de New York n’a peut-être pas renoncé à l’espoir d’être président des États-Unis. Au cours des dernières semaines, il a abandonné sa posture d’indépendant pour se ranger franchement dans le camp du Parti démocrate. Le fondateur de l’empire médiatique Bloomberg LP s’est ainsi engagé à dépenser 100 millions de dollars – une goutte d’eau dans sa fortune estimée par le magazine Forbes à 48,5 milliards de dollars – pour aider les candidats démocrates au Congrès des États-Unis à se faire élire le 6 novembre prochain, date des élections de mi-mandat.

Et il a annoncé hier qu’il était à nouveau officiellement membre du Parti démocrate, après s’être fait élire en tant que républicain à la mairie de New York en 2001 et réélire comme indépendant en 2005 et en 2009.

« À certains moments clés de l’histoire américaine, un des deux partis a servi de rempart contre ceux qui menaçaient notre Constitution. Il y a deux ans, lors de la convention démocrate, j’ai averti le pays de ces menaces. Aujourd’hui, je me suis réinscrit en tant que démocrate […] parce que nous avons besoin des démocrates pour fournir les freins et les contrepoids dont notre nation a tant besoin », a-t-il écrit sur son compte Instagram sous une photo le montrant en train de faire son inscription.

Se fier aux données

Technocrate auréolé de son succès dans les affaires et en politique, Michael Bloomberg faisait ainsi un pas de plus vers une candidature à l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2020. Sa petite taille n’a pas changé, ni sa confession religieuse, ni son statut de milliardaire. Mais ses 76 ans bien sonnés s’ajoutent aujourd’hui à ce qu’il considérait sans doute à la blague comme ses handicaps politiques il y a 10 ans. Ne faut-il pas être en proie à un certain délire pour rêver à la présidence dans de telles circonstances ?

« Mike Bloomberg est peut-être beaucoup de choses, mais il n’est pas délirant », répond Robert Shapiro, politologue à l’Université Columbia. « C’est un homme qui se fie aux données. Et il se lancera dans la course s’il pense que les données jouent en sa faveur. »

« Bien sûr, son âge deviendra un enjeu important s’il décide d’y aller. Mais Donald Trump a également franchi le cap des 70 ans, tout comme certains de ses adversaires démocrates potentiels, dont Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Joe Biden. »

— Robert Shapiro

Selon le professeur Shapiro, Michael Bloomberg doit rêver pour 2020 à une course à l’investiture démocrate semblable à celle que les républicains ont connue en 2016.

« Avec 17 candidats en lice, Bloomberg n’aurait pas besoin de récolter 50 % des appuis dans les premiers États. Il pourrait devenir le meneur avec 30 % des suffrages, et peut-être même seulement 25 %. Son objectif serait de monopoliser le vote des démocrates modérés », dit le politologue de Columbia.

Convaincre les progressistes

Dans certains dossiers, dont la lutte contre les changements climatiques, le contrôle des armes à feu et la défense du droit à l’avortement, Michael Bloomberg est bien ancré à gauche de l’échiquier politique américain. Mais il se démarque des démocrates progressistes, en ascension au sein du parti qu’il vient de réintégrer, sur plusieurs autres dossiers. Figurent parmi ceux-ci la régulation de Wall Street et le mouvement #metoo, auquel il reproche certains excès. Il faut préciser que Michael Bloomberg et son entreprise ont fait l’objet par le passé de poursuites ou de reportages comportant des allégations de sexisme et de misogynie.

C’est peut-être pour faire oublier ces histoires que le milliardaire a ajouté la semaine dernière aux 80 millions de dollars promis aux candidats démocrates à la Chambre des représentants une somme de 20 millions de dollars pour aider les candidats démocrates au Sénat. Il a expliqué qu’il voulait ainsi exprimer son dégoût par rapport à la façon dont les républicains ont géré la confirmation du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême.

Mais tout l’argent du monde ne permet pas de faire fi de certaines réalités politiques et démographiques, selon Susan MacManus, politologue émérite à l’Université de Floride du Sud.

« Il y a beaucoup de progressistes populaires parmi les candidats potentiels à la présidence qui représentent la diversité sur le plan de la race ou du genre », dit-elle en faisant allusion aux sénateurs démocrates Cory Booker, Kamala Harris et Kirsten Gillibrand, entre autres. « C’est quelque chose que les jeunes progressistes recherchent. Ils aiment la diversité chez leurs candidats. Pour cette raison, je ne sais pas si Michael Bloomberg est le candidat idéal. »

Ce qui serait un peu injuste. Après tout, les États-Unis n’ont pas encore élu à la présidence un petit juif milliardaire divorcé.

JOURNALISTE SAOUDIEN DISPARU

Washington aurait eu vent d’un projet d’arrestation

Les services de renseignement américains avaient connaissance d’un projet saoudien, impliquant le prince héritier Mohammed ben Salmane, consistant à attirer le journaliste Jamal Khashoggi dans un piège pour l’arrêter, a affirmé hier le Washington Post. Le collaborateur du quotidien a disparu il y a plus d’une semaine après s’être rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Des sources turques ont indiqué avoir des éléments accréditant la thèse d’une capture ou même d’un meurtre. Selon le Washington Post, le journaliste de 59 ans, qui avait choisi de vivre aux États-Unis, avait fait part à plusieurs de ses amis de sa méfiance à l’égard de propositions qui lui auraient été faites par des responsables saoudiens. Il se serait vu offrir une protection ou même un emploi de haut niveau.

— Agence France-Presse

Reconstruction de la Syrie

« Pas un dollar » en présence des Iraniens

Les États-Unis lient de plus en plus leur stratégie en Syrie à la lutte contre leur principale bête noire, l’Iran : Mike Pompeo a annoncé hier que « pas un seul dollar » américain n’irait à la reconstruction syrienne tant qu’il y aurait des Iraniens dans le pays. Le chef de la diplomatie américaine a semblé théoriser pour la première fois la nouvelle politique de Washington, esquissée par petites touches ces dernières semaines par plusieurs responsables. Et après sept années de conflit, on est bien loin des velléités de retrait exprimées au printemps par Donald Trump. Le régime de Bachar al-Assad « a renforcé son contrôle » sur le terrain « grâce à la Russie et à l’Iran », tandis que le groupe djihadiste État islamique, « bien que pas encore totalement éradiqué, n’est plus que l’ombre de lui-même », a indiqué M. Pompeo. — Agence France-Presse

Mouvement #metoo

Melania Trump demande des « preuves tangibles »

La discrète première dame Melania Trump « soutient les femmes » qui dénoncent des agressions sexuelles, tout en leur demandant d’en apporter des « preuves tangibles », a-t-elle affirmé dans un rare entretien. « Je soutiens les femmes, elles doivent être entendues. Nous devons les soutenir. Et aussi les hommes, pas seulement les femmes », a confié l’ancienne mannequin de 48 ans dans des extraits diffusés hier d’une interview accordée la semaine dernière à la chaîne ABC News pendant son déplacement en Afrique. La première dame, assise face à la savane kényane, un casque colonial à ses côtés, demande cependant aux accusatrices d’apporter des « preuves tangibles » de ce qu’elles avancent. — Agence France-Presse

Espionnage économique

Un agent chinois extradé de Belgique

Un agent chinois, arrêté en Belgique, a été extradé vers les États-Unis et inculpé de tentative de vol de secrets industriels à des sociétés aéronautiques américaines, a annoncé hier le département de la Justice des États-Unis. Cet agent du ministère de la Sécurité d’État de Chine, Yanjun Xu, alias Qu Hui ou Zhang Hui, a été arrêté le 1er avril en Belgique et extradé mardi vers les États-Unis, où il a été inculpé pour « tentative d’espionnage économique », selon un communiqué du Ministère. Le Chinois est accusé d’avoir, à partir de 2013 et jusqu’à son arrestation, cherché à obtenir des informations sur plusieurs entreprises aéronautiques, dont General Electric Aviation. Il devrait être jugé à Cincinnati, en Ohio. Il encourt jusqu’à 15 ans de prison.

— Agence France-Presse

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