Le bel été de Bergevin

Commençons par une prémisse, en utilisant les mots de Claude Julien après la victoire éclatante contre les Penguins de Pittsburgh : « C’est 2 matchs sur 82, on ne va pas se laisser emporter. »

C’est juste. Ne partons pas en peur. Les rivaux vont s’ajuster au Canadien, les vidéos de la nouvelle mouture de l’équipe vont circuler, on va décortiquer le nouveau système de jeu.

Reste que le Canadien est peut-être meilleur que ce que plusieurs avaient conclu, avec trois points inespérés sur la route contre les Penguins et les Maple Leafs de Toronto pour le prouver.

On peut bien analyser ce nouveau club sous tous ses angles, il y a beaucoup de Marc Bergevin derrière. C’est lui le premier qui a modifié sa vision du hockey pour la calquer notamment sur celle des Golden Knights de Vegas. En fait, jusqu’à présent, il a pleinement profité d’une autre chance, peut-être sa dernière, de faire ses preuves.

Voici comment son été a forgé la formation actuelle du Canadien. 

Transactions 

Il a donné Max Pacioretty, Alex Galchenyuk et Simon Bourque du Rocket de Laval. Il a soutiré de ces transactions Tomas Tatar, Max Domi et Joel Armia, en plus de Nick Suzuki, promis à un bel avenir. Les trois joueurs de la formation actuelle, surtout Tatar et Domi pour l’instant, contribuent largement à la mise en place du nouveau système de jeu axé sur la vitesse, le travail acharné le long des rampes et la hargne en récupération de rondelle. On ne peut pas dire que c’étaient les forces de Pacioretty et de Galchenyuk.

« Ce n’est pas seulement ces deux-là, a précisé Claude Julien. On joue avec de meilleurs bâtons cette année. On coupe beaucoup de jeux, on met beaucoup d’emphase sur ça. Insister sur couper les jeux avec un bon bâton et gagner les batailles le long des rampes. Les gars sont déterminés à faire ça. »

Joueurs autonomes 

Bergevin a été peu actif de ce côté : Xavier Ouellet, Tomas Plekanec et Matthew Peca. Le premier s’est établi et le sort de Karl Alzner est directement lié au fait qu’il est aujourd’hui le cinquième défenseur de la formation. Plekanec, pour sa part, joue le rôle effacé que l’on attendait. Il reste Peca, qui a encore beaucoup à prouver après deux matchs en deçà des attentes pour un joueur de qui on disait « qu’il n’avait besoin que d’une chance », pour reprendre les mots de son ancien coéquipier Yanni Gourde.

Repêchage 

Force est d’admettre que le DG a frappé dans le mille avec Jesperi Kotkaniemi. Bergevin et Trevor Timmins étaient pourtant allés à contre-courant dans un repêchage où on parlait surtout des Brady Tkachuk, Filip Zadina ou Quinn Hughes. Le jeune Finlandais a encore beaucoup à apprendre, à 18 ans seulement. Il a été dominé au cercle des mises en jeu à Toronto, il a été pénalisé deux fois par sa faute à Pittsburgh. Mais il a un potentiel immense et sa vision du jeu saute aux yeux. Il sera là pour longtemps, au centre des premiers trios.

On peut aussi ajouter ceux qui n’étaient pas avec le Canadien à pareille date l’an dernier : Noah Juulsen et Mike Reilly, les deux meilleurs défenseurs de l’équipe en ce moment. Le premier est un choix de premier tour en 2015, une réussite, et le deuxième a coûté un choix de cinquième tour (!) sur le marché des transactions.

« Reilly a beaucoup de confiance, il est sûr de ses décisions, ça paraît, a dit Julien. Il n’a pas peur de transporter la rondelle. On a vu un peu de ça l’an passé, mais pas comme cette année. Il s’est amélioré, que ce soit la confiance ou le fait qu’on privilégie un système rapide qui convient mieux à son style. C’est un de nos meilleurs défenseurs. »

On peut même ajouter à la liste Victor Mete, qui se retrouve maintenant avec de vraies responsabilités et un vrai temps de jeu, comparable à ceux d’autres petits défenseurs au grand talent comme Torey Krug ou Samuel Girard.

Donc, on récapitule : Domi, Tatar, Armia, Ouellet, Juulsen, Reilly, Kotkaniemi, tous nouveaux au premier match, tous avec un impact immédiat. Des joueurs qui se greffent aux Danault, Gallagher, Byron, Lehkonen, qui ont ouvert la voie tant bien que mal la saison dernière.

Modèle revisité

Marc Bergevin a beaucoup à y voir, comme il est à blâmer pour le fiasco de la dernière saison. Il a revisité son modèle après les nuits blanches dont il a parlé sur toutes les tribunes. On est loin du DG qui priorisait les matamores au talent limité, comme Steve Ott, Andreas Martinsen ou Dwight King, il n’y a pas si longtemps. Ou qui choisissait le « bas risque » avec des joueurs au bout du rouleau comme Ales Hemsky ou Mark Streit.

Marc Bergevin répète sans cesse que la construction d’une équipe passe par le repêchage et le développement. Pourtant, seulement 7 des 20 joueurs en uniforme au premier match ont été repêchés par le Canadien, et la moitié de l’équipe n’était pas au match d’ouverture l’an dernier. C’est en ce sens que Bergevin a peut-être répondu à son pire été… avec son meilleur.

Carey Price

Carey Price connaît un début de saison qui inspire confiance. Sa moyenne est à 1,98 et son taux d’efficacité, à ,917, ce qui ressemble beaucoup plus à ce à quoi il nous avait habitués. En gagnant à Pittsburgh samedi, il a également mis fin à une horrible séquence de 13 matchs sans victoire à l’étranger. Price a expliqué cet été au site NHL.com qu’il avait travaillé à changer sa position de base après discussion avec son entraîneur personnel Eli Wilson. « Mes pieds étaient souvent trop éloignés l’un de l’autre. En conséquence, tu te compromets trop envers le tir. On y travaille beaucoup. J’essaie de garder une position de base plus efficace qui me permettra de mieux me déplacer. » On a vu cette nouvelle technique en action surtout contre les Maple Leafs, dans un match où il a multiplié les bijoux sur des déplacements rapides. Hockey Night in Canada a d’ailleurs illustré clairement la différence, comme on peut le voir sur l’image tirée du compte Twitter de HabsLink.

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