« LES AFFAMÉS »

Jour 2 – la pyramide

WOTTON — Le jour est à peine levé que des dizaines de personnes fourmillent déjà dans le sous-sol de la caisse populaire d’Ham-Nord, convertie en camp de base pendant la durée du tournage.

Une trentaine de figurants se font maquiller en affamés. Les zombies du film d’Aubert ne sont pas aussi morbides que ceux de The Walking Dead. À part les cheveux en broussaille, les vêtements sales, les taches de sang, le teint blafard et les cernes, ils demeurent assez humains. 

Les figurants, de tous âges, sont principalement des gens du coin qui ont remporté un concours. Ceux rencontrés étaient aussi excités qu’une bande de jeunes en pleine puberté débarquant dans un McDonald’s.

Joan Rivard est allée à l’école primaire avec Robin Aubert et sa sœur, à Kingsey Falls. « J’étais trop gênée, mais mes enfants m’ont dit : “Maman, c’est cool, ça, les zombies !” Alors, me voilà. Je ne sais rien sauf qu’on va courir dans le bois et qu’il fallait de bonnes espadrilles », raconte la figurante tout juste avant de passer au « patin », c’est-à-dire se faire enduire d’une couche de suie.

GRONDIN, CHOKRI ET LA PETITE ST-MARTIN

Le tournage du jour se déroule dans la municipalité voisine de Wotton, près d’un immense champ où s’élèvent une vieille grange et une étrange pyramide conçue à partir de toutes sortes de babioles.

On retrouve sur place les acteurs principaux Marc-André Grondin (qui prend le relais de Fabien Cloutier, d’abord annoncé), Monia Chokri et la petite Charlotte St-Martin, 7 ans, une révélation, à en juger par les commentaires dithyrambiques entendus à son sujet. Les maringouins sont aussi affamés que les zombies et forcent Marc-André Grondin à se vaporiser du chasse-moustiques. « Ça fait longtemps que je voulais travailler avec Robin Aubert. C’est un estie d’acteur et de réalisateur », affirme le prolifique comédien, ajoutant que le courant a passé dès leur première rencontre, même s’ils ne se connaissaient pas vraiment.

Facile de le croire à les voir badiner entre les scènes comme dans un vestiaire de hockey.

« J’aime faire un style qu’on a vu plein de fois, mais traité différemment. Les zombies sont accessoires là-dedans, ce ne sont pas des personnages principaux. »

— Marc-Andre Grondin

« À la base, c’est un gars qui conte des histoires et fait des jokes plates. Mais il y a un genre de poésie dans ce que fait Robin, une intelligence », ajoute Grondin, qui incarne le personnage de Bonin.

On en sait peu sur sa relation avec Tania (Monia Chokri) et la petite Zoé (Charlotte). Dans la scène tournée en matinée, le trio déboule à vive allure sur le chemin en gravier, à bord d’un vieux F-150 poussiéreux.

Bonin sort du camion, s’empare d’une arme à feu dans le coffre arrière et se met à marcher lentement vers la grange, sur ses gardes.

Changement de scène et d’angle. La caméra est braquée sur les visages tourmentés de Tania et de Zoé dans le camion, qui se demandent pourquoi diable Bonin ne revient pas. « Tu m’attends ici, bouge pas ! », ordonne Tania à la fillette, qui se cale dans le siège.

« Coupez ! », lance Aubert, en allant faire un high five à la petite comédienne, qui redevient une fille de son âge entre les scènes. « On va aller chez les cousins tantôt, hein ? », demande-t-elle à son père.

La collation des zombies

Un minibus débarque avec les figurants, dont Madané Zeghoudi, qui prêtera ses traits au chef des affamés. Un rôle silencieux, à quelques cris de mort près. « Ça nous change de notre petit train-train », confie d’une voix douce ce retraité, qui habite dans la région depuis une quinzaine d’années.

L’action reprend avec la course folle de Tania et Bonin vers le camion, pourchassés – littéralement – par la mort.

Comme l’esquive de zombies creuse l’appétit, la collation arrive. Des pierogis dans de petits contenants en styromousse. Robin Aubert et son équipe transportent ensuite leur attirail devant la pyramide. « On va d’abord pratiquer sans les zombies », ordonne le réalisateur.

Pour tuer le temps, les affamés grillent des cigarettes ou font des égoportraits sur le chemin un peu plus loin, pendant que des maquilleurs s’occupent des retouches finales. Le troupeau est finalement éparpillé autour de la pyramide, immobile.

Une vision à glacer le sang, magnifiée par d’épais nuages menaçants. « Fais-moi un peu plus de : c’est quoi c’te criss d’affaire-là », conseille Aubert à Grondin, au sujet de la réaction de son personnage en découvrant l’énigmatique construction encerclée d’affamés.

Ce dernier s’exécute, professionnel, capable d’entrer dans son personnage même s’il déconnait avec l’équipe quelques secondes avant le clac.

Les affamés convergent alors lentement vers la pyramide. Pendant que Bonin tombe des nues devant ce spectacle cauchemardesque, Robin Aubert observe la scène sur son moniteur en retrait, sourire aux lèvres.

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