Montréal 

Un chantier sur deux reporté

Montréal lève le pied de l’accélérateur. Alors que la métropole augmentait d’année en année le nombre de chantiers, l’administration Plante juge que la coupe est pleine. Un chantier sur deux prévu à l’été a ainsi été reporté pour éviter de paralyser le centre-ville.

Nombre record de refus

« On a refusé un nombre record de chantiers », a indiqué Sylvain Ouellet, élu responsable des infrastructures, au moment d’annoncer les travaux prévus à l’été. Puisque les rues, aqueducs et égouts de Montréal avaient longtemps été négligés, la métropole avait entrepris depuis 2013 de rattraper son déficit d’entretien. On avait ainsi décidé d’augmenter la cadence des travaux d’année en année. Et ce, jusqu’en 2024. Mais le rythme n’est plus soutenable, estime Sylvain Ouellet. D’autant moins que la Ville de Montréal n’est pas la seule à devoir rénover ses infrastructures : la Société de transport de Montréal, le ministère des Transports, Hydro-Québec et les entreprises comme Énergir et Bell font de plus en plus de travaux. « Tout le monde est en rattrapage, alors on a dû faire des choix », a résumé Sylvain Ouellet.

Éviter d’alourdir la congestion

Montréal calcule avoir refusé une demande de permis sur deux. L’administration Plante dit ainsi vouloir éviter d’alourdir davantage la congestion au centre-ville, où se concentrent les besoins en travaux. « Ça ne veut pas dire que les chantiers ne se feront jamais, mais on les reporte dans le temps. C’était inévitable pour l’activité économique du centre-ville », a estimé Sylvain Ouellet. Ce virage ne signifie pas que Montréal mènera moins de chantiers. Il prévoit simplement maintenir le rythme observé en 2018. Impossible d’en faire moins, en raison de l’état des infrastructures. « On est conscients que ce n’est pas facile, ce n’est pas une situation agréable, mais on ne peut pas juste rien faire », a dit Sylvain Ouellet.

766 millions en travaux

En 2019, la Ville de Montréal a ainsi prévu réaliser pour 766 millions en travaux. La part du lion ira à la réfection du réseau d’eau, soit 388 millions. La Ville prévoit ainsi refaire 135 km de conduites d’égout et d’aqueduc, soit autant que l’an passé. Pour les infrastructures routières, Montréal prévoit refaire pour 260 km de chaussées, soit légèrement moins qu’en 2018. Parmi les principaux chantiers prévus, l’avenue Papineau sera refaite entre les rues Gauthier et Marie-Anne. Les travaux de construction du SRB Pie-IX ainsi que la réfection de la rue Sainte-Catherine Ouest, entre De Bleury et Mansfield, battront aussi leur plein.

Opposition inquiète 

L’opposition à l’hôtel de ville s’est inquiétée de voir l’administration Plante lever le pied de l’accélérateur. « Je suis préoccupé par le fait qu’on veuille diminuer les investissements. On a tellement de rattrapage à faire. Ce sont les Montréalais qui vont écoper. Ils devront attendre plus longtemps pour avoir des infrastructures de qualité », a déploré Lionel Perez, chef d’Ensemble Montréal. Celui-ci estime qu’il aurait été possible de continuer à accélérer la cadence en améliorant la coordination des chantiers.

Escouade des chantiers

Au moment de lancer la saison des travaux routiers, l’administration Plante a par ailleurs annoncé la mise en place d’une Escouade des chantiers. L’an dernier, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) avait soulevé des doutes sur la surveillance de certains travaux d’asphaltage, après avoir constaté des irrégularités sur des chantiers. Montréal a donc décidé de se doter d’une équipe afin de faire des visites surprises et de valider que tout est fait dans les règles de l’art. « On surveille nos chantiers, on peut y aller à n’importe quel moment », a résumé Sylvain Ouellet.

Six surveillants

L’Escouade des chantiers entrera en service en mai. Elle sera composée de six employés. Ses membres feront des visites surprises sur les chantiers pour s’assurer que les exigences techniques de la Ville sont respectées. Ils pourront notamment faire du carottage, soit creuser dans une chaussée, afin de s’assurer que les matériaux correspondent à ceux demandés. Ils ne pourront pas donner des contraventions, mais pourront exiger la reprise des travaux non conformes. Lionel Perez a critiqué l’Escouade, estimant que celle-ci ne fera que dédoubler le travail déjà réalisé par les surveillants embauchés par la Ville.

Pas comme l’Escouade mobilité

Bien qu’elle en soit inspirée, l’Escouade des chantiers ne fera pas le même travail que l’Escouade mobilité, mise en place l’an dernier. Cette dernière a notamment pour mandat de s’assurer que les chantiers ne nuisent pas à la circulation. Ses membres ne surveillent pas la qualité des travaux, mais vérifient que leur déroulement n’entrave pas la fluidité dans les rues. Les patrouilleurs ont fait 4700 interventions à leur première année en activité.

Respect de l’environnement

Conscient que les travaux usent la patience, Montréal prévoit adopter une Charte des chantiers d’ici 2020 pour en réduire les impacts. La Ville s’engagera ainsi à limiter les nuisances. Elle veillera aussi à assurer la sécurité des riverains et des gens se déplaçant. Enfin, la métropole souhaite désormais utiliser des méthodes et des matériaux respectant l’environnement. L’opposition, qui a proposé l’adoption d’une telle charte il y a un an, estime que l’administration tarde trop à implanter cette mesure.

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