Un hiver en dents de scie

Montréal a connu une quinzaine d’épisodes de gel-dégel depuis le début de l’hiver, révèle une compilation des données recueillies par Environnement Canada. La métropole québécoise a également reçu deux fois plus de pluie que la normale. La région de Montréal n’est toutefois pas la seule à connaître un hiver difficile. Les deux ponts de Québec ont dû être fermés à la circulation vendredi, les fortes précipitations reçues cette semaine ont forcé Toronto à revoir ses pratiques de déneigement… et l’Australie bat des records de chaleur.

Le mercure fait le yoyo

L’hiver 2019 de Montréal restera gravé dans les mémoires comme l’un des plus variables, les températures ne cessant d’osciller au-dessus et au-dessous du point de congélation. La métropole a connu 15 épisodes de gel-dégel, selon les données de la station météorologique de l’aéroport Montréal-Trudeau. « L’hiver, c’est normal que les températures varient. Mais cette année, l’échange se fait très rapidement. Tous les trois ou quatre jours, ça monte et ça descend », résume Simon Legault, météorologue à Environnement Canada. Le plus long épisode de froid continu a eu lieu du 25 janvier au 5 février, alors que la température est demeurée sous le point de congélation pendant 11 jours.

Pas un record, mais…

Mardi 6,6 °C

Mercredi - 10,2 °C

Jeudi - 6,6 °C

Vendredi 6,4 °C

La journée de vendredi illustre bien ces importantes variations, alors que la température a grimpé à 6,4 °C. Montréal est ainsi venu tout près de battre le record de 6,5 °C atteint en 1990. Le plus rapide écart de température a toutefois été enregistré du 22 au 24 janvier. Les températures sont alors passées de - 22,2 °C à 2,4 °C en moins de 48 heures.

Plus de pluie

Montréal a également reçu nettement plus de pluie que la normale. Deux fois plus, pour être précis. Bon an, mal an, la région connaît en décembre et en janvier quatre jours de « pluie significative », soit des précipitations de plus de 5 mm. Cette année, Environnement Canada a dénombré neuf de ces épisodes de pluies hivernales. Les quantités de pluie ont aussi été deux fois plus importantes. La région de Montréal a reçu plus de 120 mm de pluie en décembre et en janvier, alors que la moyenne est plutôt de 66 mm.

Plus de bris d’équipement

La météo capricieuse complique les opérations de déneigement de la Ville de Montréal, qui constate une augmentation des bris d’équipement. Les épisodes successifs de gel et de dégel créent des couches de glace difficiles à enlever qui finissent par briser les appareils utilisés pour déblayer les rues et trottoirs. « Pour palier cette augmentation des bris d’équipements, la Ville de Montréal a procédé à la location d’équipements supplémentaires à l’externe, afin d’éviter de trop ralentir les opérations et ainsi assurer la sécurité et la mobilité de tous les usagers », explique Marilyne Corbeil-Laroche, porte-parole de la métropole.

Ponts de Québec fermés

La métropole québécoise n’est pas la seule à subir les soubresauts de la météo. La pluie verglaçante a entraîné la fermeture des deux ponts reliant Québec à Lévis vendredi. Les autorités ont décidé d’y interrompre la circulation en raison de la formation de glace sur les structures, qui tombait sur les véhicules. C’était la deuxième fois cette semaine que la météo perturbait lourdement la circulation dans la capitale. Mardi, le pont de Québec a été fermé à la circulation pendant l’heure de pointe du retour à la maison en raison de chutes de glace sur les véhicules.

Toronto révisera sa politique de déneigement

Plus à l’ouest, Toronto a été pris au dépourvu par l’ampleur de la dernière tempête l’ayant balayé et a décidé de réviser de fond en comble sa politique de déneigement, rapporte le quotidien Toronto Star. Le 28 janvier, 20 cm de neige ont recouvert la métropole canadienne, perturbant les déplacements. Des centaines de plaintes de citoyens excédés ont poussé le maire John Tory à demander que les 1100 km de trottoirs du centre-ville soient déblayés par la Ville, ce qui n’est pas le cas actuellement. L’élu veut également serrer la vis aux automobilistes qui bloquent le passage des tramways en se garant dans leur chemin, les rues étant rétrécies par les amoncellements de neige. Le budget de déneigement de Toronto s’élève à 111 millions par an, soit moins que celui de Montréal (165 millions).

Record de chaleur en Australie

L’Australie, située de l’autre côté du globe, vit aussi les soubresauts de la météo, selon le Bureau australien de la météorologie. Le pays a connu en janvier son mois le plus chaud depuis 1910, alors que les températures ont été de 2,9 °C au-dessus des moyennes. Le mercure a atteint 49,5 °C le 24 janvier à Port Augusta, dans le sud du pays. Ce mois de janvier record a suivi un autre record, le mois de décembre 2018 ayant été le plus chaud jamais connu en Australie.

Réchauffement climatique

La NASA a indiqué que le réchauffement climatique observé explique les épisodes de météo extrême. Plus tôt cette semaine, l’agence spatiale américaine a annoncé que 2018 avait été parmi les années les plus chaudes depuis 1880, les températures ayant été de 1,5 °C au-dessus de la moyenne observée entre 1951 et 1980. « Les impacts du réchauffement climatique se font déjà sentir, avec des inondations côtières, des vagues de chaleur, d’intenses précipitations et des changements dans les écosystèmes », a dit Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA.

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