Un désengagement de l’État

Depuis quelque temps, nous ne cessons d’entendre parler de la politique de maintien à domicile qui, pourtant, comporte des effets pervers dont on parle peu.

En termes de ressources, dans un contexte où la population active n’augmentera plus, où puiserons-nous la main-d’oeuvre pour offrir ces soins ? Comment, humainement, répondrons-nous à la demande quand ces patients seront éparpillés à des kilomètres parfois l’un de l’autre ?

Cette politique sera supportée inévitablement par les aidantes naturelles, déjà grandement essoufflées qui risquent de devoir quitter leur emploi pour soutenir leurs ainés en fin de vie. Avec les baby-boomers sans enfants, il est à se demander si cette politique sera longtemps soutenable.

En faisant miroiter aux personnes âgées qu’elles pourront terminer leurs jours dans leur maison, on décourage la mobilité résidentielle des ainés, on favorise leur maintien dans des résidences qui ne conviennent plus à leurs besoins, au détriment des jeunes familles qui doivent aller en troisième couronne. Avec les conséquences environnementales que cela engendre.

Pour plusieurs chercheurs, il est reconnu que le maintien à domicile, bien que souvent désiré, ne constitue pas la panacée. Rapidement, la maison devient une prison dorée dont on ne peut s’échapper. Le milieu extérieur mal adapté (à quand des bancs de rue plutôt que des bancs de parc) les oblige à confiner leurs déplacements à l’intérieur de la maison. Lentement elles s’isolent, perdent leur mobilité et par la suite leur autonomie. Plusieurs d’entre elles vont vivre dans la solitude la plus totale dans l’attente d’un aide soignant qui viendra leur prodiguer rapidement quelques soins ou des proches parents et amis qui viendront de moins en moins souvent.

Ma belle-mère, qui a quitté sa maison pour une résidence pour personnes âgées, avait retrouvé son autonomie avant qu’elle ne tombe dernièrement malade. Elle qui ne sortait plus seule de sa maison depuis une dizaine d’années au moins, sortait maintenant tous les jours de son appartement pour aller manger et participer aux activités offertes. Si tant de gens veulent vieillir dans leur domicile familial, c’est souvent comme ses filles le pensaient, que ceci demeure le meilleur milieu de vie pour les ainés. Ce qui n’est pas toujours le cas.

En 2031, près d’un ménage sur deux sera soutenu par une personne de 65 ans et plus. Indéniablement, comme le soulignent de plus en plus de chercheurs du domaine de la santé, une partie de la solution passe par l’urbanisme.

La problématique du vieillissement ne se résume pas à sauver quelques milliards comme le souligne souvent le ministre de la Santé, Réjean Hébert. La politique de maintien à domicile, c’est un désengagement de l’État face au vieillissement. Contrairement à ce qu’affirmait la Première ministre cette semaine, les personnes âgées n’auront pas le choix. À l’exception des mieux nantis qui pourront s’offrir des logements dans ces nouveaux « resorts » urbains pour aînés, les autres n’auront d’autres choix que de vieillir et mourir seuls dans leur logement. Un véritable choix serait d’accompagner la politique de maintien à domicile d’une production tout aussi importante de places en CHSLD.

Aujourd’hui, je regarde ma belle-mère dernièrement entrée à l’hôpital, et ses quatre filles dans le désarroi le plus total craignant que leur mère ne puisse retourner chez elle. Certes, leur mère bien accompagnée et en sécurité à l’hôpital, elles entrevoient mal qu’elle puisse poursuivre sa vie dans ce milieu inapproprié. Ce n’est pas tant le pire, que nous espérons le plus tard possible, qui nous afflige, mais bien le milieu dans lequel elle risque de passer ses derniers jours, si elle ne pouvait se rétablir. Aucun choix ne s’offre à elles, et la nouvelle politique n’y changerait rien.

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