D'abord attaquer, puis se défendre

Le Canadien a su profiter d’un bon début de match samedi contre les Kings, inscrivant trois buts en première période, ce qui lui a permis de résister aux attaques du club californien en fin de match.

ANALYSE

Une chance à saisir pour Suzuki

Samedi matin à l’entraînement du Canadien. Commencent les exercices faits en trio, qui permettent de savoir à quoi ressemblera la formation en soirée. Comme à l’habitude, Phillip Danault et ses ailiers partent en premier. Vient ensuite le tour du trio de Max Domi.

Puis, en troisième, c’est Nate Thompson, que l’on voit généralement partir avec le quatrième groupe, qui s’élance. Le portrait est complété par Nick Suzuki, qui formait donc une bien drôle de quatrième unité avec Tomas Tatar et Artturi Lehkonen.

En soirée, à l’échauffement d’avant-match, c’était finalement Suzuki en troisième, et Thompson en dernier.

« Je ne porte pas vraiment attention à l’ordre. Je pars quand on me dit que c’est mon tour ! », nous a lancé Thompson, l’air amusé, après la victoire de 3-2 du Tricolore contre les Kings de Los Angeles.

L’ordre des trios peut en effet être très anecdotique. Il ne constitue en rien un contrat que l’entraîneur doit respecter, avec de petits caractères illisibles et tout le reste. D’ailleurs, au bout du compte hier, Suzuki a joué 10 grosses secondes de plus que Thompson.

Il y a là néanmoins quelque chose de révélateur sur la hiérarchie du CH au centre. D’une part, le vétéran Thompson est arrivé à Montréal l’hiver dernier avec près de 700 matchs derrière la cravate, la plupart dans le rôle d’un joueur de quatrième trio. D’autre part, il occupe en fait un rôle de troisième centre, puisque son utilisation n’a jamais même baissé sous les 12 minutes dans un match cette saison. Même offensivement, il a inscrit samedi son sixième point de la saison, en 17 sorties. Ce n’est peut-être pas la production d’un joueur de troisième trio, mais c’est supérieur à celle d’une majorité de joueurs étiquetés quatrième trio.

« Il nous donne l’expérience dont on a besoin, parce qu’on peut être jeunes au centre, que ce soit avec [Jesperi] Kotkaniemi, [Ryan] Poehling ou Suzuki. »

« Si on a besoin d’un gars en relève tard dans un match ou après un avantage numérique, quand les équipes reviennent avec leur gros trio, c’est important d’avoir de l’expérience. [Nate] Thompson est capable de jouer contre les meilleurs trios. »

— Claude Julien

Futur rôle de Suzuki

« Tard dans un match. » C’est justement ce que Julien a fait samedi. Suzuki, Tatar et Lehkonen sont rentrés au banc avec 3 min 41 s à écouler au match, et Suzuki n’est plus retourné sur la patinoire.

Deux minutes plus tard, Tatar et Lehkonen étaient de retour, mais leur centre était plutôt Thompson. Pas plus tard qu’il y a six mois, quand il survolait la Ligue junior de l’Ontario, Suzuki aurait à peine eu le temps de reprendre son souffle qu’il aurait été renvoyé dans la mêlée. Mais en tant que recrue de 20 ans, qui jouait son 17e match dans la LNH, et son 3e match au centre, il a dû patienter.

« Tout le monde veut jouer ce rôle quand on essaie de créer l’égalité ou de protéger une avance en fin de match. Mais c’est quelque chose que tu dois mériter, a rappelé Suzuki. Nate le fait depuis longtemps et il le fait très bien. Je veux simplement qu’on ait les meilleures chances de victoire. »

Et foi de Thompson, Suzuki y arrivera avant longtemps. « Évidemment. Regardez-le jouer, il est si intelligent, il est toujours bien positionné, il est bon défensivement et il est fort. Il exécute bien les petites choses. Il jouera les dernières minutes pendant de nombreuses années. »

Malgré tout son beau potentiel, Suzuki n’est pas rendu là encore, mais voilà que les problèmes et la blessure de Kotkaniemi lui donnent une belle occasion de se faire valoir. Reportez-vous au mois dernier, quand la saison commençait : si Kotkaniemi progressait comme on s’y attendait, c’était à l’aile que Suzuki était condamné à jouer. Mais le Finlandais a connu un départ difficile et on est en droit de se demander quel poste il occupera à son retour.

Thompson, lui, « excède les attentes », dixit Julien. Mais il a 35 ans et n’a jamais joué autant de minutes depuis l’âge de 28 ans. Il n’est pas impossible que la réalité le rattrape et qu’il doive revenir à un rôle plus limité, même s’il ne montre aucun signe de ralentissement jusqu’ici.

« J’ai été un centre naturel toute ma carrière, a rappelé Suzuki. Les entraîneurs m’aiment à cette position. Je dois simplement démontrer que je peux jouer ce rôle défensif tout en créant de l’attaque. »

Dans ce contexte, il y a une belle occasion à saisir pour Suzuki. Et puisque l’intelligence est unanimement reconnue comme sa plus grande qualité, sa progression sera intéressante à suivre. Il montre jusqu’ici une belle capacité d’adaptation.

Ils ont dit

« C’était un but bizarre, le premier – non, je n’ai jamais joué au cricket, même si le mouvement y ressemblait. Nos supériorités numériques nous ont permis de prendre l’avance en première période. Nous voulions connaître un bon départ. C’est toujours mieux de jouer avec l’avance. J’ai senti que les gars voulaient m’en faire marquer un troisième, mais en même temps, les options y étaient, ce n’est pas comme s’ils avaient forcé le jeu pour me faire marquer. »

— Shea Weber

« On a connu un gros départ, on s’est peut-être sentis un peu trop à l’aise par la suite, mais on est heureux d’avoir récolté deux points. Ça ne me dérange pas de jouer sur d’autres trios, c’est une décision des entraîneurs. Nous avons quatre trios qui jouent de façon assez égale, alors ça m’importe peu. Je veux seulement aider l’équipe à gagner. »

— Tomas Tatar

« On a très bien joué du début à la fin. Il y a eu des changements de “momentum”, mais nous avons bien joué dans l’ensemble. Quand Shea obtient la chance de tirer, il en profite généralement. Ils n’ont pas abandonné, et leur gardien a très bien joué. Quicky [Jonathan Quick] a vraiment très bien joué et a volé quelques buts de son côté. »

— Carey Price

« On a un peu ralenti, mais on a continué à contrôler le match. Ce n’est pas tous les soirs qu’on peut profiter autant du tir sur réception de Shea Weber. Cette saison, pas mal d’équipes ne permettait pas à Shea de tirer, et il fallait jouer de l’autre bord. Ce soir, les lignes de passes vers lui étaient ouvertes. On n’a pas compliqué les choses, on lui remettait la rondelle et on le laissait compter. On ne forçait pas pour le faire marquer trois buts, il était très ouvert. »

— Jonathan Drouin

« Il était revenu en milieu de saison d’une blessure. C’était difficile pour lui de jouer au niveau auquel il le souhaitait. Cette fois, il a commencé en même temps que tout le monde, et ça fait une grosse différence. »

— Claude Julien, au sujet de Shea Weber

Propos recueillis par Matthias Brunet, La Presse

UN TRIO D’OBSERVATIONS

Nate Thompson se fait plaisir

Nate Thompson ne menacera jamais les records de Wayne Gretzky. Mais le quatrième centre du Canadien est devenu un élément important de l’équipe et n’a presque rien coûté. Hier, il s’est gâté en marquant son premier but de la saison contre le club qui l’a échangé à la date limite des transactions. Pour obtenir ses services, le CH a simplement inversé son choix de quatrième ronde en 2019 pour celui de cinquième ronde des Kings. Los Angeles a repêché un défenseur de 5 pi 8 po, Kim Nousiainen, au 119e rang, le CH a jeté son dévolu sur le gardien Frederik Dichow… 19 rangs plus loin. Thompson, 35 ans, vient de porter son total à six points cette saison, autant que Jeff Carter, des Kings. Il vient aussi au huitième rang chez les attaquants au chapitre de l’utilisation avec une moyenne de 14 minutes par match. En fin de match, il se chargeait des grosses mises en jeu en territoire défensif. Il a néanmoins terminé avec un taux de réussite de 44 %, contre 60 % pour Phillip Danault.

Match en deux temps pour Jonathan Quick

Jonathan Quick, 33 ans, n’est plus que l’ombre de lui-même depuis l’an dernier. Les blessures n’ont pas aidé dans son cas. Avant de se présenter au Centre Bell, où il a toujours connu beaucoup de succès, Quick montrait une fiche de 2-7, une moyenne de 4,40 et un faible taux d’arrêt de .859. Un seul gardien fait pire dans la Ligue sur le plan des statistiques : Cory Schneider. Quick n’a pas été vilain hier. Le premier but, celui de Weber, était difficile à empêcher. Le défenseur du Canadien a frappé la rondelle au vol tel un golfeur, et Nick Cousins dérangeait la concentration du gardien des Kings. Quick n’y pouvait rien sur le deuxième. Thompson avait été laissé seul sans surveillance à sa gauche. Il aurait peut-être pu arrêter le troisième, un autre tir de Weber en supériorité numérique. Le capitaine du Canadien possède un lancer foudroyant, mais Quick a été battu du côté court, et personne n’obstruait sa vue. Il s’est bien ressaisi par la suite et a réservé ses plus gros arrêts pour la troisième. Il a permis aux Kings d’espérer la victoire jusqu’à la fin.

Des défenseurs plus productifs

Il y a 11 jours à peine, au départ de l’équipe pour l’Arizona, les défenseurs du Canadien avaient marqué 7 buts en 11 matchs. Avec les deux buts de Shea Weber hier soir, ils viennent d’en compter huit lors des six dernières rencontres. Weber en a quatre, Mete et Chiarot en ont deux chacun. Petry n’a pas marqué, mais n’est pas en reste, avec quatre aides à ses six derniers matchs. On sent beaucoup plus de mouvement chez les défenseurs du CH. En première période, par exemple, ils permutaient de façon à faciliter le tir sur réception du côté opposé, tant au sein du duo de Weber qu’au sein de ceux de Petry et de Fleury. On a même vu des défenseurs faire de l’échec-avant profondément en territoire adverse. Le Canadien s’ajuste à la nouvelle tendance. Weber a compté ses deux buts en supériorité numérique de sa position familière : du côté gauche pour le tir sur réception du droitier. L’adversaire devait pourtant être au courant…

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