Infertilité

L’avis
du médecin

« On vient d’avoir nos 100 premiers bébés », dit le Dr Jacques Kadoch, directeur médical de la Clinique de procréation assistée du CHUM, où la fécondation in vitro est offerte depuis février 2012. Le taux de naissance de bébés vivants par transfert d’embryon y est de 43 % chez les patientes de 37 ans et moins, et de 17 % chez celles de 38 ans et plus. Le Dr Kadoch a accepté de répondre aux questions de La Presse.

Combien de couples n’ont pas d’enfants, malgré votre aide ?

Entre 15 et 20 % des patientes n’arriveront pas à concevoir malgré toutes les techniques qu’on peut apporter. Ça peut être parce qu’on est limités dans le nombre de tentatives (note : le Programme québécois de procréation assistée paie les frais liés à trois cycles de fécondation in vitro) ou parce que, par dépit, les patientes préfèrent arrêter les traitements. C’est difficile pour nous d’avoir ces données, puisque les patientes peuvent aller dans une autre clinique pour avoir un deuxième avis. Ce serait plus facile de voir les taux d’abandon et d’échec avec un registre national, mais il n’y en a pas.

Les échecs sont-ils surtout liés à l’âge avancé de la femme ?

Plus la patiente est âgée, plus le pronostic est réservé. On ne prend d’ailleurs plus en charge les patientes de plus de 43 ans avec leurs propres ovules, parce que les grossesses étaient anecdotiques.

N’y a-t-il pas aussi des patientes jeunes qui n’arrivent
pas à concevoir ?

Oui. Ce qui nous dérange le plus, c’est une patiente de moins de 37 ans qui devrait être enceinte mais qui ne l’est pas. À ce moment-là, on a recours à des tests qu’on ne fait pas en première intention. Quand on trouve quelque chose d’anormal, on corrige le problème et souvent, ça marche.

Il y a peut-être de 30 à 40 % des patientes jeunes qui ne sont pas enceintes après deux tentatives d’in vitro, après avoir épuisé tous leurs transferts d’embryons frais et congelés. À ce moment-là, on discute avec elles de l’option du don d’ovules, qui améliore le pronostic. Pour une troisième tentative, on passe peut-être de 20-25 % à 60-70 % de chances de succès.

Quand vous parlez de patientes enceintes, ça ne veut pas dire nécessairement qu’elles accoucheront d’un bébé vivant ?

Il y a à peu près 20 % de fausses couches, le même taux qu’on retrouve dans la nature. Le fait d’avoir eu une fécondation in vitro ne prévient pas la perte fœtale.

Le taux de patientes qui n’ont pas de bébé est donc plus élevé que les 15 à 20 % qui ne peuvent concevoir ?

Oui, bien sûr. On ne parlait que de conception. On peut comptabiliser trois rangs de grossesses : 

1. Le taux de grossesses biochimiques, c’est-à-dire un test de grossesse positif supérieur à 25 unités d’hormone HCG. Malheureusement, certaines cliniques trichent en comptant tous les tests positifs, même ceux qui sont inférieurs à ce seuil.

2. Le taux de grossesses cliniques. Là aussi, c’est le flou artistique. On compte le nombre de petits cœurs qui battent à 6-7 semaines de grossesse, mais certains considèrent que voir un petit sac dans l’utérus, c’est suffisant.

3. Le taux de naissances vivantes. Le mieux, ce serait de compter les naissances vivantes, parce que là, on peut difficilement tricher. (Note : Le ministère de la Santé ne comptabilise pas le nombre de bébés vivants conçus grâce au Programme québécois de procréation assistée.)

Comment maximiser les chances de succès ?

Ce qui fait la différence et améliore le diagnostic, d’une tentative à l’autre, c’est la personnalisation de la prise en charge et du traitement. Malheureusement, on voit qu’ailleurs, on applique souvent la même recette à toutes les patientes. C’est comme si on allait manger la même pizza, tous les jours, au même restaurant. Nous, on ne fait pas ça, mais ça se fait.

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