Pénurie de professionnels… et hausse des services ?

L’assurance-autonomie me préoccupe à deux niveaux.

D’abord, celui de l’éventuelle organisation des soins à domicile : il y a déjà une pénurie criante de professionnels de la santé.

Il y a quelques mois, des CSSS avaient payé des firmes de consultants pour évaluer la façon d’augmenter le rendement du personnel des soins à domicile, déjà essoufflé, car les besoins des personnes à domicile dépassent les ressources professionnelles pour les donner. Si les soins à domicile augmentent l’offre de services, peut-on quantifier le nombre de professionnels additionnels requis ?

Une infirmière en soins à domicile voit beaucoup moins de patients sur son quart de travail, qu’une infirmière en CHSLD ; si on considère que le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer va en croissant, les besoins ponctuels et récurrents de ces personnes se manifesteront 24 heures sur 24 et ne seront pas comblés par la visite furtive à domicile, fût-elle quotidienne, du personnel soignant. Est-il réaliste de penser qu’on pourra répondre à la demande en n’augmentant pas le nombre de places en CHSLD, alors qu’il en manque aujourd’hui ? Et on n’a pas parlé de l’isolement prévisible que vivra la personne seule à domicile.

Ma deuxième préoccupation est d’ordre éthique.

Il est suggéré que dès maintenant, les personnes âgées cotisent à un fonds pour couvrir les dépenses des soins à domicile. Or, « les personnes ainées sont celles qui consacrent le plus grand nombre d’heures aux activités bénévoles, soit 268 heures par an en moyenne », peut-on lire sur le site du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale. On peut présumer qu’elles sont autonomes et « donnent » à la société. Est-ce au nom de cette solidarité qu’elles devraient contribuer à un fonds qui ne concernera que 10 % de la population âgée ? C’est en effet le pourcentage de personnes âgées non autonomes.

Si les personnes âgées doivent contribuer à un fonds pour un risque anticipé, va-t-on reconsidérer la même solidarité et la même équité pour d’autres groupes de personnes ? Par exemple, un fonds spécial payé par les fumeurs pour traiter les cancers du poumon ? Un fonds spécial payé par les parents de bébé de petits poids à la naissance pour payer les problèmes de santé récurrents de ces enfants ?

Le temps n’est-il pas venu, dans un contexte de déficit budgétaire, de reconsidérer toute la répartition des budgets afin de cibler ce qui relève vraiment de la responsabilité de l’État et ainsi dégager des sommes attribuées actuellement à des programmes, louables certes, mais qui relèvent davantage de l’individualisme ?

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